‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 110 sur 450 · RÉCIDIVES · texte numérisé non relu

RÉCIDIVES

En cours d’assises. .

En police correction- j

nelle(non compris les délits forestiers). . . ]

Totaux. . .

Encore le compte de 1833 nous apprend-il que, pendant cette année, 36,895 plaintes ou dénonciations faites au ministère public sont restées sans poursuite, et que, d’après l’expérience acquise, sur cinq crimes commis, il y en a à peine un de réprimé. Vous adoucissez les peines, par le désir d’en rendre l’application plus certaine : le motif est juste ; mais l’application a sa mesure. Si vous la dépassez, qu’arrivet-il? un effet contraire à celui que vous aviez désiré : les poursuites deviennent moins actives; la répression, moins énergique. A force de vous apitoyer sur le coupable, vous altérez les notions du juste, dans l’esprit de la multitude. L’image du crime la révoltait au premier abord; la com-

SECONDE PARTIE. LIVRE 111. CHAP. V

miscration succède à cette première et énergique impression , lorsque le public est témoin de la condescendance du législateur et de la faiblesse du juge.

Lorsque, comme dans quelques pays du midi de l’Europe on autorise les détenus à invoquer la pitié publique, en sollicitant les aumônes au travers des barreaux de leurs prisons, et qu’on établit des quêtes ostensibles en leur faveur, on fait le procès aux lois, et l’on accrédite l’opinion qui, dans le délit, ne verrait plus qu’une infortune. En général, il est toujours dangereux pour les mœurs publiques, de mettre le condamné en spectacle, et d’exciter, par sa présence, de vives émotions chez la multitude; l’imagination s’exalte à cette vue . plus que la raison ne s’y exerce à réfléchir; le spectateur se familiarise avec l’idée du crime par la vue du criminel, comme le lecteur par le récit des attentats. Quelles funestes impressions ne doivent donc pas laisser ces œuvres dramatiques, ces romans qui, en mettant sur la scène les plus atroces délits, osent encore intéresser à la personne du bandit, et le travestissant en une sorte de scélérat héroïque, surprennent presque une sorte d’admiration en sa faveur ! Si de telles productions ne sont pas une apologie expresse et doctrinale du crime, elles en produisent l’effet; elles enseignent à douter du bien et du mal.

Les choses odieuses demandent l’ombre.

Le premier besoin des mœurs publiques est, aujourd’hui, que l’honnêteté publique soit religieusement respectée; surtout, que les convictions morales et l’empire du devoir soient profondément affermis dans les âmes.

C’est d’après ce principe , que doit être apprécié le mérite des divers plans conçus pour la réforme du régime des prisons.

Le travail, sans doute, doit y jouer un rôle essentiel ; mais c’est surtout parce que le travail est pour l’homme un moyen naturel d’amélioration. C’est une idée fausse, que d’attribuer au travail l’idée d’un châtiment : ce serait déconsidérer le travail et décourager l’homme laborieux. Le travail est un honneur autant qu’un devoir; il est à plusieurs égards une jouissance. Le coupable, en travaillant, acquitte une dette, se distrait, entretient ses forces et sa santé; il

n’accomplit pas une expiation. L’expiation peut résulter seulement de quelques circonstances qui accompagnent l’occupation qui est exigée de lui.

Déjà c’est une chose utile, que le travail du détenu soit forcé; qu’il n’en ait pas le choix ; qu’il ne lui soit pas permis de s’en dispenser. Il est utile également que les opérations auxquelles il est appliqué, aient un degré de régularité et de constance; ainsi il est rappelé aux habitudes de soumission, aux idées d’ordre; il apprend à se contenir. 11 convient aussi qu’il soit employé à des occupations productives, pour qu’il comprenne le mérite du travail, et se rappelle ce qu’il doit à la société.

Cependant il est mille fois préférable d’occuper le détenu à un travail stérile , que de le laisser oisif. Tel est le motif qui a fait adopter dans quelques prisons de l’Angleterre , où les détenus ne font pas un séjour de longue durée , l’usage de la roue motrice ( tread-mill ) [i]; mais elle semble être le supplice de l’ennui , plus qu’une correction profitable. Cependant , le travail imposé comme un châtiment , ne doit pas devenir une distraction agréable. Il a besoin d’uniformité, comme moyen de discipline; il doit être sérieux; il doit, sans excéder les forces, laisser sentir le poids de la fatigue. Tous les genres de travaux ne sont donc point également efficaces, comme moyens de réformation. Us doivent être des punitions, non des récompenses.

Les condamnés dans les prisons des États- Unis tirent de leur travail un produit 8 fois plus considérable que celui qu’ils en recueillent dans les prisons d’Angleterre [2]. Sans doute cette supériorité est due en partie à ce que , sur le nouveau continent, les salaires sont en général plus élevés et la demande de travail plus abondante ; cependant, comme ces circonstances ne suffiraient pas à elles seules pour expliquer uneaussi énorme différence, on ne peut s’empêcher de l’attribuer en partie à une meilleure intelligence dans le choix du genre de travail, et à une meilleure direction dans l’exécution. Le condamné qui obtient de ses efforts une plus grande rémunération, non-seulement s’y livre avec plus de diligence, mais il se prépare aussi, pour sa sortie, des ressources plus abondantes; enfin, il

[i] Dans quelques-unes de ces roues, le prisonnier posées pour employer les détenus comme simples mofaisait 4950 pas en été, 5500 en hiver, dans d’autres teurs.— [2] Le produit du travail des premiers s’élève 17 000 en été, 11,500 en hiver, jusqu’à 48 pas par minute; à environ 82 dollars par tête et par an, celui des sed’autres machines ou engines ont été imaginées ou pro- conds à environ 2 livres sterling.

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