‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 122 sur 450 · PAR L’INDUSTRIE PRIVÉE · texte numérisé non relu

PAR L’INDUSTRIE PRIVÉE

ARTICLE PREMIER

Considérations préliminaires : quelques principes.

Lorsqu’un indigent, capable de travail, n’est cependant pas occupé, ou lorsqu’il ne l’est pas du moins autant qu’il pourrait l’être, le secours doit lui être donné sous la forme du travail , et ne doit lui être donné que sous cette forme.

Ce principe est fondamental dans le régime des secours publics.

Si la société doit assister l’infortuné, elle ne doit rien à l’oisif.

L’indigent qui refuse le travail dont il est capable, lorsque ce travail lui est offert, n’a aucun droit à recevoir, à titre de secours, ce qu’il eût pu retirer de son labeur.

Non-seulement il n’a aucun droit alors à être secouru ; mais tout autre secours doit lui être refusé. La libéralité exercée envers lui serait une injustice pour les hommes utiles, un dommage pour lui-même.

En acceptant l’ouvrage qui lui est offert, il ne fait qu’acquitter une dette. Celui qui peut subsister par ses propres forces n’est point autorisé à vivre aux dépens d’autrui.

La règle est certaine . manifeste , elle découle du principe qui vient d’être posé au commencement de ce chapitre. Elle est, dans plusieursétats, comme en Angleterre, en Allemagne, consacrée par l’autorité même des lois.

Eh! quoi! ces lois seraient-elles qualifiées d’actes barbares?

Viendrait-on qualifier de vexation, le refus d’un secours pécuniaire, fait à celui qui refuse le moyen de gagner sa vie? gémir sur le sort du fainéant obstiné , comme s’il était une victime? accuser l’administration d’être inexorable, parce qu’elle a voulu le sauver? appliquer ici les formules de proscription prononcées contre la cha-

rité légale? Cette règle n’est pas née avec la taxe des pauvres : de tout temps elle était écrite dans le code même de la morale. Mettre le travail pour condition à l’assistance, ce n’est pas seulement une mesure de justice, c’est une mesure salutaire; c’est un témoignage d’estime pour la personne assistée ; c’est pour elle plus qu’une aumône : c’est un service. Sa santé, sa moralité en sont affermies; sa dignité est respectée; son avenir est amélioré. Si le travail est productif, les sources de la richesse publique en sont fécondées. Donnera qui peut gagner, c’est récompenser la fainéantise, et par là encourager tous les vices , appeler tous les désordres.

Un second principe, parallèle à celui qui vient d’être exposé, dérive des mêmes motifs : c’est que l’indigent capable seulement d’un travail incomplet, doit recevoir encore toute la portion de travail dont il est capable , et ne doit recevoir de secours , que pour représenter la portion de travail qu’il est hors d’état de remplir. C’est, il faut le reconnaître, la situation la plus ordinaire chez les indigens.

u 11 est très-rare, dit , avec raison, Bentham, « qu’un indigent soit totalement incapable d’un « travail quelconque ; il n’y a pas un seul inouïe vcmeut de doigt ou de pied, un coup-d’œil, « un chuchotement qu’on ne puisse mettre à » profit dans un système aussi vaste. Une périt sonne, si elle est alitée, si elle a l’usage de la » vue et de la parole, peut servir à inspecter; <i si elle est aveugle, mais qu’elle puisse demeu- <( rer sur son séant, elle peut tricoter, filer, etc. ; « l’incapacité n’est que relative; on peut em- « ployer jusqu’à la moindre portion d’aptitude. »

Il n’est pas jusqu’aux insensés que, par intervalles du moins, on ne puisse occuper utilement, et le travail alors est encore un moyen de guérison.

Après avoir posé ces règles, après en avoir justifié la rigueur, il reste, pour une bien-

l'aisance éclairée, un autre devoir à remplir.

S’il est vrai que ce qui manque surtout à l’indigent, c’est l’amour du travail, la disposition au travail, plus souvent encore que le travail lui-même, cette disposition on devra cherchera la lui donner.

Un troisième principe, non moins fondamental, c’est que le travail librement accepté, a seul le caractère d’une véritable assistance , et qu’il doit être préféré toutes les fois qu’il est possible. Seul, en effet, il conserve la moralité et la dignité de la personne assistée; seul il entretient en elle l’énergie de la volonté, c’est-à-dire la source des forces physiques elles-mêmes.

Cependant, on est contraint de le reconnaître, c’est précisément l’amour du travail qui manque à une foule d’indigens; ils ne se portent à leurs occupations qu’avec répugnance; ils agissent mollement; ils opèrent avec lenteur; ils ne sont ni soigneux, ni appliqués, ni exacts; ils viennent tard à l’œuvre; ils s’en absentent sous divers prétextes. Ils disent, il est vrai, pour s’excuser, qu’ils manquent d’ouvrage; le fait est réel; mais, on ne les emploie pas, précisément parce qu’ils sont mauvais ouvriers.

Une autre partie des indigens, sans manquer absolument de bonne volonté, manque de capacité; ceux-ci sont maladroits; ils font peu; ils font mal; on ne s’adresse point à eux ; ou, si l’on ne peut s’en dispenser, on les paie moins. L’ouvrage aussi semble leur manquer; mais ce sont eux qui manquent à l’œuvre : c’est une seconde espèce de mauvais ouvriers.

De là un quatrième principe : avant de chercher à procurer de l’occupation à l’indigent, il est nécessaire de s’assurer si la faute en est aux circonstances ou à lui-même. Car les mêmes moyens ne sauraient avoir la même efficacité dans deux hypothèses si différentes.

Il est rare, toutefois, qu’un indigent valide soit réduit à manquer habituellement d’ouvrage, s’il est à-la-fois diligent et habile. Il y a presque toujours un peu de nonchalance, ou un peu d’incapacité, dans l’ouvrier qui ne réussit pas à s’employer : il est donc utile de lui procurer un mode et un genre d’occupation qui soit propre à éveiller et à entretenir son activité, et de choisir aussi l’espèce d’ouvrages à laquelle il se trouve spécialement propre. Ce dernier principe conduit à reconnaître qu’il est plus avantageux de trouver de l’emploi aux indigens par les combinai-

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