‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 128 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP

Ce système épargne aux indigens une perte de temps, de la fatigue , leur permet de vaquer à des soins domestiques , de vivre en famille, et ce dernier avantage est à lui seul d’un prix inestimable.

Malheureusement, par sa nature même, il n’est pas d’une application très-étendue , et il rencontre plus d’une difficulté pratique.

L’établissement public qui fournit aux indigens la matière première, pour retirer de leurs mains les produits confectionnés, se rend entrepreneur; il subit les inconvéniens et court les chances de toute entreprise de fabrication , avec les désavantages qui lui sont propres. 11 ne peut adopter cette marche que pour des objets destinés à sa propre consommation , et dont il fasse une consommation suffisamment étendue. L’expérience prouve qu’un semblable mode de fabrication est plus coûteux que celui qui s’exécute par le mouvement naturel de l’industrie. On ne peut d’ailleurs confier aux indigens , que des matières de peu de valeur, leur demanderqu’un travail facile; ils gagneront peu; ils ne seront pas surveillés; il y aura des malfaçons , des déchets, des pertes.

Une partie de ces inconvéniens et de ces dangers sera prévenue ou affaiblie, si l’on prend soin de n’admettre à ce genre de travail, que des indigens d’une moralité certaine, connus pour leur esprit d’ordre et leur diligence. Usera doux alors de leur donner cette preuve d’estime. C’est encore par l’administration des secours à domicile, que ces informations seront prises, ces garanties obtenues, et sa vigilance assidue procurera des garanties nouvelles et indispensables.

On peut aussi essayer de s’entendre avec quelques entrepreneurs privés, pour qu’ils consentent à occuper de la même manière un certain nombre d’indigens qui leur seraient désignés par l’administration des secours à domicile. On en trouverait peu sans doute qui fussent disposés à tenter une opération qui offre si peu d’avantages et tant de risques; mais le sacrifice d’une prime les déterminera peut-être, et il serait compensé par les bienfaits répandus. La société formée à Londres pour l’extinction de

[1] État clés pauvres. Livre n, chap. 3.

[2] Voy. le Rapport sur l'état des hôpitaux et hospices de Paris, publié en 1816, page 565.

[3] En 1834 , la perte sur une dépense de 535,684 fr., a été de 77,163 fr. ou de près de 15 pr. %. Elle présente

la mendicité , a employé avec succès celte méthode , pour occuper des indigens étrangers. Sir Morton Eden nous apprend qu’en Angleterre un certain nombre de paroisses contractent avec un entrepreneur, auquel elles afferment le travail de leurs indigens [1].

Cependant, en Angleterre, les essais tentés pour occuper les indigens à leur domicile, en leur procurant du travail , n’ont pas généralement réussi. Ce défaut de succès est principalement attribué à ce qu’on était trompé dans les combinaisons économiques, et qu’on était loin d’obtenir les produits espérés. On a essuyé, de la part des indigens, une résistance aussi vive que générale à toutes les mesures qui tendaient à triompher de leur indolence. On a rarement rencontré chez les administrateurs la sagacité et la patience qui sont nécessaires pour vaincre ces obstacles. 1 2 3

L’administration des secours de la ville de Paris avait tenté de donner quelque extension au travail des indigens à domicile; elle avait essayé de leur faire fabriquer des rubans, des padoux,des lacets, en même temps que des fils et des toiles. Mais l’expérience l’a bientôt contrainte de renoncer au premier genre d’ouvrages qui lui occasionnait des mécomptes considérables, pour se renfermer exclusivement dans la filature et le lissage [2] ; encore le tissage ne s’exécute-t-il pas à domicile, mais dans les ateliers de l’administration. Elle fournit à l’indigent la filasse, le dévidoir, le rouet, la quenouille, le métier à tisser. Les quatre premiers objets lui sont remis sous la garantie du propriétaire de la maison où il habite, et sur le vu d’un certificat de l’administrateur de bienfaisance. La filature occupe habituellement de 2500 à 5000 fileuses, et plus de 100 tisserands ; les toiles sont reprises par l’administration pour le service des hôpitaux et hospices. Le prix des fils est réglé suivant leur qualité et leur n° , par les arrêtés du conseil général des hospices. Les fileuses peuvent gagner, par jour , au plus 50 à 60 centimes , et les tisserands 1 fr. 50 c. à 1 fr. 75 c. Néanmoins, l’administration éprouve toujours sur cette fabrication , une perte assez sensible [3].

La société charitable de Zurich fournit aussi

un secours de 26 fr. 13 c., par an, et par individu. — La filature a occupé en 1834, 152 tisserands, et 2801 fileuses.

— Les salaires des tisserands se sont élevés à 71,152 fr., 89 c. ou 507 fr. 09 c., pour chacun, et pour les fileuses à 87,212 fr. 64 c. ou 26 fr. 13 c. pour chacune.

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