TROISIÈME PARTIE. l.IVRE I. CI1AP
Après avoir adopte ces règles fondamentales, le collège des fondateurs se détermina à adopter de préférence la filature du lin, soit parce que cet ouvrage convient mieux aux femmes qui composent les 4/5 de cette classe d’indigens, soit parce que l'écoulement des produits est en quelque sorte indéfini, soit enfin parce que le dévid°ii fournit un moyen simple de contrôle pour apprécier l’activité des ouvriers.
Le collège acquit bientôt par l’expérience, la conviction « que sans une surveillance indivise duelle sur les pauvres, sans les mesures par «t lesquelles on les astreint à un travail régulier, « la bienfaisance, alors même qu’elle puiserait “ a»x sources les plus abondantes, et qu’elle « serait animée des meilleures intentions, ne « pourrait échapper au danger de rémunérer •' les gens les plus indignes. Il vit un grand “ nombre de pauvres apparens, renoncer volon- <* tairement aux aumônes qu’ils étaient habitués « a recevoir, plutôt que de se soumettre aux re- « cherches et aux épreuves qui eussent accom- “ pagné l’offre de travail. » On distribua, dès la cinquième année, de l’ouvrage à un grand nombre d’indigentes; chacune reçut une livre de lin à filer pendant la semaine. Des hommes âgés ou infirmes prirent part aussi à ce travail. O11 leur remit des rouets, des dévidoirs. Pendant les seize premiers mois, 1814 malheureux obtinrent ainsi une occupation qu’ils n’auraient pu se procurer d’aucune autre manière, et confectionnèrent, par mois, pour une valeur d’environ 2400 marcs d’ouvrage. 11 n’en coûta que 11 à 12 marcs par tête, une fois payés , pour mettre chacun de ces infortunés en possession de cette ressource ; pendant qu’il en eût coûté 40 à 50 marcs par an, pour fournir à chacun d’eux les secours habituels nécessaires à leur subsistance.
L’institut d’abord opérait pour son propre compte, achetait les matières premières, et revendait le fil. Il perdait sur cette opération 14 p. 0/0 environ; mais il trouvait un gain dans ce sacrifice lui-même, par la réduction obtenue sur le montant des aumônes. En 1791, il adopta le système de traiter avec des fabricans, qui se chargèrent de faire tricoter et filer les indigens. On réussit à les faire occuper aussi à d’autres genres de travaux.
Pendant les trois premières années , il avait
ete dépensé pour écoles de travail, constructions, ustensiles et outils , perte à la vente, environ -50, 400 marcs [1]. Dans les années subséquentes. 1 institut de travail entraînait une dépense annuelle de 7 à 8000 marcs [2].
A l’aide de ce système, on parvint non-seulement à eteindre la mendicité qui désolait la ville de Hambourg, mais on réussit même à inspirer aux personnes de la classe inférieure, une confiance telle que, lorsqu’elles se trouvaient menacées par l’indigence, elles recouraient à la direction de l’institut, pour avoir les moyens de s’en garantir. Le collège publia des instructions pour enseigner aux personnes de cette classe, les moyens de s’aider elles-mêmes, et pour faire connaître l’appui que, au besoin, il pouvait leur prêter pour y réussir. Le nombre des indigens se trouva réduit d’environ un tiers [3].
En 1805, sur 800 indigens prétendus qui sollicitaient des secours, sous le prétexte de manque d’ouvrage , et auxquels il en fut offert, 150 seulement usèrent de la ressource qui était mise à leur disposition [4].
Diverses circonstances, cependant, et entre autres les malheurs de la guerre, l’occupation étrangère avaient, pendant le cours de plusieurs années, restreint ou même suspendu les salutaires opérations de l’institut des pauvres de Hambourg. Celles de ces opérations qui avaient pour objet le travail fourni à domicile, avaient été particulièrement interrompues, pendant un assez long intervalle de temps. Mais, Hambourg ayant recouvré son ancienne prospérité , la bienfaisance publique a pu aussi embrasser de nouveau toute l’étendue de sa carrière. En 1852, le collège passa un contrat avec un fabricant, pour faire tricoter quelques milliers de chaussons; il fit confectionner par les indigens, des objets d’habillement ou de chaussure destinés à la consommation des pauvres. Enfin, le travail offert et librement accepté, reprit tout son essor. » La « joie que témoignent nos indigens, en profitant u de l’occasion qui leur est offerte, de s’occuper, «disait le collège en 1855 [5], la soumission « avec laquelle ils en suivent les règles, quoique « sévères, l’aptitude qu’ils acquièrent parl’exer- « cice et l’application, sont la plus belle récom- « pense pour l’administration qui a formé la « difficile entreprise d’employer plus de mille
[1] Le marc banco équivalant à 1 fr. 88 c., c’est envi- Geschichte der Hamburgischen Armen-Anstalt , etc.
ron 106,032 fr. de notre monnaie. 1838, p. 11 à 34. — [3] Ibid., pages 37 à 52.
[2] Voyez l’ouvrage déjà cité : Gesammeltes ans der [4] Ibid., pages 79, 85. — [5] Ibid., p. 159.