MAISONS DE TRAVAIL, EN ALLEMAGNE
courent avec les règles de la discipline intérieure, pour exercer sur les mœurs une influence salutaire.
Les travaux sont fort variés : indépendamment de divers genres de fabrication, on a établi dans la maison une boulangerie qui confectionne le pain pour l’institut des pauvres.
La dépense totale de cet établissement s’élève annuellement à environ 30,000 thalers; et dans les revenus qui servent à l’acquitter, le produit du travail figure pour i/5c environ. L’entretien de chaque personne revient, terme moyen, à 47 thalers par an , ou à 4 gros environ par jour [i].
Des établissemens ont été formés sur ce modèle, dans les diverses provinces de la monarchie prussienne ; il en existe aussi dans la Prusse rhénane. Celui de Trêves a continué, mais en le modifiant, le dépôt de mendicité qui avait été érigé par le gouvernement impérial, dans le département de la Sarre. Sa destination aujourd’hui est complexe. La maison de travail de Trêves renferme trois divisions , dans sou organisation présente. La première est destinée aux indigens valides sans emploi, qui y sont admis sur leur demande ; la seconde, aux mendians de profession et aux mendians dangereux pour la sûreté publique; la troisième aux vagabonds, aux individus mis à la disposition du gouvernement ou sous la surveillance de la police, après avoir subi leur peine, et qui auraient rompu leur ban.
Les indigens valides qui forment la première classe, peuvent se retirer à leur volonté ; le produit de leur travail couvre les frais de leur entretien.
Dans le royaume de Wurtemberg, où le travail est considéré comme le secours le plus essentiel au pauvre, cette combinaison a été essayée, sous diverses formes, et en diverses localités. A Stuttgardt près de 100 indigens des deux sexes sont occupés à filer dans Y institut Catherine. Dans un grand nombre de villes et de villages, des travaux avaient été offerts aux indigens, auprès des hôpitaux, des hospices, des écoles, où une salle leur était réservée à cet
[î] Voy. Die oeffentliche Armen-pflege in Berlin, 1828, p. 141 et suiv.
[a] L’estimable auteur de la Charité légale (Genève, 1836) a été induit en erreur par des informations inexactes, lorsqu’il a cru que toutes les institutions fondées, dans le Wurtemberg, pour fournir de l’ouvrage
effet. On y faisait surtout filer et tisser; on y fabriquait les objets destinés aux établissemens publics, ou aux fournitures militaires; on passait des traités avec des marchands; on encourageait ces essais par des exemptions de droits. Cependant, les embarras et les difficultés qu’on a rencontrés dans l’application de ce régime, ont conduit à la restreindre; en 1824, le nombre des ateliers de ce genre où les indigens sont volontairement occupés , a été réduit à 0. L’expérience a fait reconnaître que le plus souvent la dépense en était excessive. On a craint aussi de faire naître une concurrence fâcheuse pour l’industrie privée [2].
La société générale de bienfaisance du royaume de Wurtemberg, dirige le travail des indigens dans les ateliers communs, vers les nouveaux genres de fabrication, ou les perfectionnemens qu’il est désirable d’introduire ou de généraliser dans le pays. Elle leur donne ainsi en quelque sorte le caractère d’ateliers modèles. Elle a fait établir de cette manière la double fdature, la fabrication des dentelles à point, des perles, de la mousseline, les travaux en paille, en bois, etc. [3].
Le grand-duché de Bade possède des maisons de travail, non-seulement dans les villes, mais au sein des campagnes. Les indigens y sont occupés en partie aux ouvrages intérieurs utiles à l’établissement lui-même, en partie à fabriquer des objets qui sont ensuite versés dans le commerce. On leur distribue en salaires l’excédant restant libre après le remboursement des frais. On ne se plaint que d’une seule chose; c’est de ce que ces établissemens sont trop peu nombreux pour occuper tous les indigens : mais c’est à tort qu’on leur en ferait un reproche.
L’institution fondée à Manheim, il y a 30 ans, réunit à-la-fois plusieurs modes de faire travailler les pauvres : aux uns, elle donne de l’ouvrage à domicile ; elle occupe les autres dans des salles. Ces derniers se partagent en deux classes : la première classe comprend les indigens qui ne sont pas encore assez habiles pour travailler utilement, et qu’on forme par une sorte d’apprentissage; la seconde, qui est exceptionnelle, se
aux adultes, ont successivement péri, et que toutes les tentatives faites, à cet égard, depuis 1817, ont échoué (Voy. tome 1er, page 256). — L’auteur du présent écrit en a visité plusieurs en 1832. — [3] Voy. les rapports publiés annuellement par cette société, et les instructions détaillées annexées à celui de 1825-26.
compose d’indigens adultes déjà formés au travail, mais qui n’ont pu trouver de l’emploi. Cette maison occupe environ 300 indigens ; la dépense à la charge de l’institution n’est guère que de 06 centimes de France, par tête et par jour.
La maison de travail d’Anspach emploie de 3 à 600 pauvres, les uns dans l’établissement même, les autres dans leurs propres habitations.
La maison de travail de Francfort-sur-le-Mein a aussi un double but : une partie des indigens qui y sont admis, y reçoit l’hospitalité et la subsistance; les autres sont seulement admis à y travailler pendant le jour ; parmi ces derniers, le plus grand nombre prend, à midi, un repas composé d’une soupe dont la valeur fait partie du salaire [i]. Le travail commence, en été, à sept heures du matin ; en hiver, à huit, et dure jusqu’à sept heures du soir ; une heure de repos est accordée dans l’intervalle. Une partie des produits est destinée à l’usage de la maison ellemême : ce sont des bas, du linge, des camisoles, des nattes de paille. Une autre partie est fournie à des entrepreneurs : ce sont des ouvrages de tricot, de couture, de fdature, de tissage et épluchage, de raccommodage, etc.; on n’éprouvejamais de perte sur la fabrication. Mais l’établissement entraîne une dépense d’environ 1947 fl., par année. Des soins particuliers sont donnés à la moralité des pauvres; des exercices religieux y sont célébrés; un pasteur est chargé d’instruire les travailleurs [2].
De sages dispositions réglementaires maintiennent l’ordre et la discipline.
L’Allemagne entière est remplie d’institutions de ce genre. On mentionne spécialement celles de Vienne, d’Halberstadt, de Lubeck, d’Altona, etc. Mais il en est une qui a surtout acquis, vers la fin du siècle dernier, une grande célébrité, c’est celle qui a été fondée , à Munich , sous la direction du comte de Rumpfort, en 1790. Elle a été diversement jugée ; il importe d’établir les faits principaux avec une scrupuleuse exactitude.
La Bavière était en proie au fléau de la mendicité, née des habitudes contagieuses de la fainéantise, lorsque la maison d’industrie fut ouverte
dans le faubourg d’Aude la capitale de ce royaume. De nombreux et puissans obstacles environnè-
[t] 55 mille rations de soupe y sont ainsi distribuées chaque année. (Voy. le 18e compte rendu , pour 1 année 1835.)
[2] Voy. le compte rendu, le 6 mars 1818.