WORKHOUSES D’ANGLETERRE
avantageuse. Il signala lui-même plusieurs exceptions honorables : telle était la maison de Shrewsbury, établie dans un ancien hospice, dont la discipline lui parut sévère et sage; telles étaient encore celles de Leeds, de Nantwich, etc. [i], 11 semblerait donc résulter de ses observations, qu’il ne considérait pas l'institution comme vicieuse par elle-même , qu’il blâmait seulement le mode suivant lequel elle était réalisée dans le plus grand nombre de localités.
On signale la maison de travail pour les centuries de Milford et de Launtdctch, dans le comté de Norfolk , mise en activité par un acte du parlement de 1773 , comme ayant le mérite d’être tenue avec une grande attention, en ce qui concerne le soulagement des pauvres, leur santé, leur moralité. Elle contient jusqu’à 300 indigens, dont la moitié se compose d’enfans au-dessous de 14 ans [2].
La maison de travail d’Edimbourg est généralement citée comme un modèle. Elle n’occupe pas moins de 900 indigens à-la-fois, dans une ville de 50 mille âmes de population. Le produit du travail n’est évalué qu’à 8 shillings par tête et par an ; mais les frais n’excèdent pas 4 livres st. et 10 sliil. pour chacun annuellement [3].
Quelques-unes de ces maisons de travail semblent être, au contraire, tenues avec une sorte de luxe. La maison de charité, établie à Naclon près Ipswich, peut être citée comme un exemple de ce genre. La dépense , pour chaque indigent, y était d’environ 10 liv. st. par année; leur travail ne représentait qu’un produit d’une livre et 14 s h i 1 . par an ; c’est donc environ 8 liv. et 0 sh. que coûtait à l’établissement chacun de ceux qui y sont reçus; aussi faisaient-ils, à ce qu’on assure, excellente chère. Leur nombre est d’environ 130 [4j.
Le refuge ouvert à Londres pour les indigens sans travail, en reçoit à-peu-près 120, moitié hommes, moitié femmes. Le mouvement «st de 100 travailleurs, à-peu-près, par année.
Le nombre des indigens admis dans les maisons de travail , dans l’Angleterre et le pays de Galles, seulement, était évalué :
[1] Voyez son rapport sur les Lazarets, in-4», page
[2] Voy. le premier rapport de la société, pour améliorer le sort des pauvres, n. 3.
[3] Voy. l’excellente Esquisse de lord Kaimer, suites pauvres.
en 1815 à 97,223
en 1814 à 94,085
en 1815 à 88,113
La maison de travail de Dublin ne recevait
pas moins de 1700 indigens, à-la-fois, vers la tin du siècle dernier. A la sollicitation du secrétaire Pelham, le comte de Rumpfort se rendit à Dublin, pour éclairer de ses conseils la réforme des abus auxquels cet établissement avait donné lieu, et les améliorations projetées. Le régime économique fut modifié dans tous ses élémens. Le réglement de cette maison impose à tous ceux qui sont en état de travailler, l’obligation de se procurer par leur ouvrage, au moins la valeur de leur habillement. On leur abandonne à cet effet, les 2/3 du produit, et la maison en retient 1/3 pour s’indemniser de ses frais [5].
L’expérience a fait reconnaître que le produit de ces établissemens croît, et que les frais diminuent, en raison directe de la sévérité de la discipline. Ainsi, à Falrnouth , par exemple, quoique depuis 1820 la population de la maison de travail se soit accrue, la dépense s’est progressivement atténuée, à mesure qu'un bon régime y a été introduit et développé; sous une discipline modérée , elle s’est réduite de 2521 liv. st. à 1578; et sous une discipline sévère, elle est descendue à 1029 liv. st. En 1832, chaque individu qui coûtait à l’établissement 9 s. 7 d. par an, ne lui coûte plus que 4 s. G d. [6].
L’expérience a également montré, ce qu’il était facile de prévoir, que les maisons de travail organisées sur une petite échelle, sont fort dispendieuses, et réussissent difficilement à remplir leur but. Les commissaires royaux, dans leur rapport présenté au roi d’Angleterre, le 20 février 1854, en citent un grand nombre d’exemples [7]. Qu’espérer en effet d’établissemens où l’on voit réunis 60 ou 80 pauvres seulement , dans les conditions les plus diverses; une douzaine d’enfans abandonnés, 20 ou 30 vieillards ou infirmes, des aveugles, des idiots, des aliénés, des filles-mères, des malades, et seulement 20 ou 50 adultes valides des deux sexes , employés au travail? Nulle classification ne peut y être établie; les séparations nécessaires 11e peuvent
[4] Voy. un écrit publié à Londres, en 1772, sous le titre d'Humanus.
[5] Voy. le rapport de la société pour améliorer le sort des pauvres, eu Angleterre, nos 49 et 57.
M Rapport des commissaires royaux, pour l'enquête de 1833, page 270. — [7] Pages 303 à 30G.
être observées. Une partie de ces inconvéniens provient sans doute du mélange ; mais ils deviennent encore plus sensibles par les étroites proportions des établisscmcns.
D’après le témoignage des mêmes commissaires, « les maisons de travail de l’Angleterre souffrent à-la-fois, et des conséquences attachées à leur constitution, et des défauts de l’administration qui les régit. Réunissant dans leur sein des indigens de tous les âges, des deux sexes, et de conditious fort différentes, les entans et les jeunes gens y contractent les vices des individus âgés 5 les filles, ceux des personnes de leur sexe déjà corrompues ; les pauvres honnêtes y sont exposés à de fâcheuses influences. Le plus grand nombre de ces maisons sont le séjour de la paresse, de l’ignorance et du désordre. Ceux qui sortent une fois par semaine, rentrent ivres; d’autres ne peuvent subir le joug de la discipline; on est contraint de les chasser. La maison d’Oxford offre un tableau effrayant. La condescendance des administrateurs est telle, d’ailleurs , que dans la plupart de ces maisons , les indigens sont mieux que chez eux. Us y trouvent la propreté, l’espace, un air pur, de bons lits, une bonne nourriture, tous les genres de bien-être. Non-seulement leur existence y est plus aisée et plus douce que celle des ouvriers indépendans, mais elle y est préférable même à celle d’un grand nombre de contribuables sur lesquels pèse la taxe destinée à les entretenir. »
Réformes proposées etordonnées en 1834, pour les maisons de travail, en Angleterre.
Cependant, les commissaires royaux n’ont garde d’étendre ces reproches à l’universalité des maisons de travail de l’Angleterre. Il en est où le régime auquel les valides sont soumis est assez rigoureux pour leur faire préférer une condition indépendante. Les maisons de travail de la capitale, en particulier , sont assez bien tenues, du moins par comparaison avec les autres [1]. Celle de Southvell présente un système excellent [2].
En conséquence de l’enquête et du rapport des commissaires royaux, le bill porté en 1834,
[1] Voy. le Rapport précité, pages 32 et 53.
[2] Ibid., pages 231 et 248.
. LIVRE I. CIIAP. II.
par le parlement d’Angleterre , après une discussion solennelle, a maintenu l’existence des maisons de travail, confirmé en partie les règles de leur constitution, mais en a aussi modifiéen partie et amélioré le régime.
Le bill a posé un petit nombre de règles fondamentales, ou plutôt il a rappelé ces règlesqui se trouvent déjà écrites dans le célèbre statut 43e d Elisabeth, et dans 4 autres statuts de Georges m. Ces règles prescrivent d’employer, suivant leurs forces et leur capacité, les indigens admis dans les maisons de travail. Elles pourvoient à l’entretien de la propreté , de la salubrité , autorisent à occuper les pauvres aux soins convenables pour cet objet; elles régissent la disposition des lieux, la classification deslogemens, la séparation des diverses especes de pauvres ; elles déterminent les heures de travail et les peines à appliquer en cas de refus, de négligence , de désordres , etc. ; elles embrassent la tenue des registres, du matériel, les divers services, les décès, les sépultures, les exclusions , les visites du gouverneur ; elles interdisent aux pauvres de sortir de la maison , aux étrangers d’y entrer sans la permission du gouverneur; elles défendent d’y introduire, sans la même permission , soit aucune boisson fermentée, soit aucune liqueur spirilueuse ; elles veulent qu’il soit donné, chaque mois, lecture publique du réglement; enfin elles assurent le service divin [3].
Mais le nouveau bill place l’exécution de ces règles , jusqu’alors trop souvent méconnues ou négligées , sous le contrôle et l’autorité de la commission centrale instituée pour l’administration des secours publics. Aucun changement , aucune addition ne pourront être faits à ce code fondamental, sans l’approbation de cette commission ; approuvés par elle , ils auront force de loi.
La commission est autorisée ’a ordonner, sous certaines conditions et formalités , soit la construction , soit la location d’une maison de travail ; elle peut prescrire des modifications pour celles qui existeraient déjà; les étendre, mais sous certaines limites; elle peut opérer la réunion de plusieurs paroisses , pour former et entretenir en commun une seule maison , et porter des réglemens pour chaque maison ainsi formée. Cette institution de maisons communes pour plusieurs paroisses, jadis facultative pour les
[3] Voy. l’art. 21 du bill, qui se réfère aux cinq statuts antérieurs.