MAISONS I)K TRAVAIL, EN SUISSE ET EN ITALIE
Les cantons fie Berne et de Zurich en ont surtout augmenté le nombre, et perfectionné le régime, dans ces derniers temps. On y a introduit une sage classification, un régime sévère. Dans le canton de Zurich , on a réussi à former et à lai re prospérer, de petites maisons de travail, occupant seulement GO pauvres.
La ville de Zurich , où règne une si active industrie, n’a pas ressenti le besoin d’une institution de ce genre.
La commission de travail delà direction charitable de Bâle, réunit dans le Klingenthal , à coté de l’école d’industrie ouverte aux enfans, une quarantaine d’hommes et de femmes; les occupe à carder, à filer du chanvre et de la laine, à décorder de vieux câbles, à nettoyer du crin, etc. Ce sont en général, des vieillards, des infirmes, ou des indigens, qui manquent d’ouvrage. Ils ne sont ni logés, ni nourris; ils gagnent de 30 à 60 centimes par jour.
Maisons de travail , en Italie.
On pourrait supposer que l’institution des maisons de travail n’a pas été favorisée en Italie par les mœurs locales ; cependant le zèle de la charité religieuse a aussi apprécié la nécessité d’un mode de secours qui prévient la fainéantise, et qui, par là, est aussi utile aux mœurs que propre à soulager l’indigence ; cette institution remonte même quelquefois à une époque assez reculée; elle a pris naissance en Italie, longtemps avant qu’on en eût senti l’importance dans les autres contrées de l’Europe.
La compagnie de Saint-Paul , qui , dans son zèle infatigable, a doté la ville de Turin de si utiles établissemens , fonda en 1382, l 'Albercjo di Carità; elle y recueillit les indigens pour les vêtir, les nourrir, les occuper aux manufactures de laine ; mais cet établissement a été converti depuis en une institution d’apprentissage pour les adolescens pauvres. En 1618, elle érigea dans la même ville, l’hôpital de la Charité, avec une destination analogue, et en 1717, cet établissement reçut la forme qu’il conserve encore aujourd’hui. 3320 indigens en recueillent les bienfaits. 1610 sont reçus dans la maison, y
compris 300 invalides. On a formé, pour occuper les valides, diverses manufactures, au compte de la maison : comme de lainage, de draps ordinaires , de tapis de pied, de toiles, de cotonnades ; différens métiers y sont aussi exercés; il y a même été organisé une école de musique, et le roi y prend des sujets pour sa chapelle. Une sage classification est établie entre les pauvres, et la séparation convenablement tracée et maintenue. L’établissement jouit d’une dotation de 70 mille fr. ; 200 mille fr. y sont ajoutés par l’état ou par les souscriptions des habitans, pour couvrir les dépenses. D’autres maisons de travail ont été formées dans le Piémont, sur un plan analogue. On cite à Carmagnole, Yhospice de charité, où les pauvres des deux sexes apprennent àfabriquer la toile ; à Novare, Yinstitut des pauvres , dont la création est due au chevalier Gaudence de Pagare, où 120 indigens des deux sexes sont distribués dans des ateliers; à Yigevano, la cotigré (jation de charité. L' hospice Saintc-Ilélène, fondé à Chambéry par le général de Boigne, entretient et occupe 90 indigens des deux sexes , qu’il arrache à la mendicité. Gênes, aujourd’hui réunie au Piémont, possède un asile, justement renommé par sa beauté, sous le nom d’ Albergo de poveri [i]. Cet établissement dont la fondation remonte à 1339, réunit jusqu’à 1800 indigens valides, savoir : 300 hommes et 1300 femmes. On a l’intention de porter ce nombre jusqu’à 2000, à l’aide de nouvelles constructions projetées. Les indigens sont employés à tisser la laine , le coton, le fil , le chanvre , et à fabriquer des lapis , des bas , des rubans de soie, etc. La maison fournit les objets nécessaires à sa propre consommation ; à celle des hôpitaux et hospices, une partie des objets fabriqués ; elle tient un magasin ouvert pour la vente de ses produits; elle vend aussi à des marchands de la ville. On loue la manière dont cet établissement est tenu et dirigé. Des médailles d’or et d’argent, et d’autres encouragemens sont décernés, chaque année, aux travailleurs des deux sexes qui se sont particulièrement distingués. La maison jouit d’un revenu d’environ 500,000 livres de rente, dont plusde la moitié provient de fondations pieuses.
Cette institution est généralement répandue dans le Milanais, sous la dénomination de maisons pieuses d'industrie. Leurs ressources se composent, de quatre élémens : leurs propres
[i] Emmanuel Brignole en est considéré comme le fondateur, à raison des bienfaits qu’il a versés dans cet
établissement, et du dévoûment avec lequel il l'a organisé.