MAISONS DE TRAVAIL, EN ESPAGNE ET EN FRANCE
plissement; un tiers est donné à chaque individu; le dernier tiers forme une masse commune qui se partage entre eux. Cet hospice renferme 550 homme et 550 femmes [î] .
Naples présente avec orgueil aux regards des amis de l’humanité son célèbre Albergo de Poveri [2] fondé par Charles 111, en 1704. Quoique essentiellement destiné aux vieillards et aux enfans, cet établissement renferme aussi un certain nombre d’adultes valides, surtout des lilles qui n’ont pu encore trouver à se marier. Cellesci s’occupent aux travaux de l’aiguille, A tisser, à filer; une fabrique de corail en emploie près de 300.
Du reste, la plupart des conservatoires érigés à Rome et dans les autres villes d’Italie, sont de véritables maisons de travail libre pour les personnes du sexe qui y sont admises.
Maisons de travail , en Espagne.
L "hospice de Saint- Hernando, fondé à Madrid, en 1608, par Anne d’Autriche, alors régente, a contenu jusqu’à 1200 indigens. Les réglemens ont été institués par le cardinal Molina. II renferme des ateliers pour les broderies, le tissage de la toile, des tissus de laine, etc. Un magasin de vente est ouvert dans la maison, pour les produits de la fabrication; ils sont achetés par des marchands ou des consommateurs du dehors. En quart de la valeur des ouvrages est laissé aux indigens capables de travail et occupes dans les ateliers; les trois autres quarts sont réservés à l’établissement; on distribue aussi aux pauvres le dixième des sommes obtenues par les quêtes et les aumônes. On va jusqu’à leur accorder, en argent, la valeur des rations qu’ils ne consomment pas, soit par défaut d’appétit, soit par spéculation. Les indigens amassent ainsi un petit pécule qu’ils emploient à se procurer ce qu’on appelle des douceurs dans le langage des hospices, ou qu’ils conservent pour leurs enfans.
Le refuge de Saint - Bernardin a été fondé dans la même capitale, en 1834, par les souscriptions particulières; il n’a pas d’autres revenus. 11 est très-bien administré. Les ateliers
dans lesquels les indigens sont répartis et occupés , sont conçus et dirigés avec intelligence. Pendant les trois premières années de son existence, il est entré dans ce refuge, à titre de volontaires :
805 hommes,
052 femmes,
702 garçons adolescens,
582 filles.
Au mois de février 1858, l’établissement occupait :
2G1 hommes,
225 femmes ,
545 garçons,
170 filles.
1,005 indigens.
Le prix de la ration est fixé au commencement de chaque année ; pour 1838, il était réglé à 41 centimes, monnaie de France; les alimens sont abondans et de bonne qualité.
Ce refuge sert aussi à recueillir les raendians envoyés par l’autorité; et le travail forcé s’y trouve ainsi réuni au travail libre [3].
Plusieurs grandes villes d’Espagne: Cadix, Tolède, Barcelone, etc., ont suivi l’exemple de la capitale , et ouvert aussi des asiles destinés à occuper les indigens à des travaux utiles.
Maisons do travail, en France.
Quoique les maisons de travail libre dont nous nous occupons en ce moment, diffèrent des dépôts de mendicité, par le mode d’admission des indigens, on ne voit guère ces deux ordres d’institutions dans les mêmes lieux. La France qui, depuis le règne de Louis xiv, avait généralement adopté Le système des dépôts de mendicité, ne connaissait guère celui des ateliers fondés sur le principe du libre travail. Ils avaient cependant été décrétés par la convention [4], et il n’eût certes pas manqué de malheureux pressés du besoin d'v recourir, s’ils eussent été réellement ouverts. Plus tard, et en même temps
[1] Ibid., chap. 6.
[2] Jiegium totius regni pauperum hospitium. Telle est l'inscription qu’on lit sur le portique.
[3] L’auteur est redevable de ces détails à l’amitié de M. Ha mon de la Sagra.
[4] Loi du 24 vendémiaire an 11.
que les dépôts de mendicité s’élevaient à la voix de l’empereur Napoléon, on recommanda la création d’ateliers libres dans les départemens ; on invita les manufacturiers et les fabricans à en former pour leur propre compte, près des établissemens de travail forcé , par des traités avec l’administration publique [1]. Ces recommandations eurent peu d’effet. Quelques essais tentés pour réunir librement les indigens dans des ateliers sédentaires ne se sont pas soutenus, parce que les produits ont trompé les espérances qu’on en avait conçues. Ils se sont renouvelés, mais avec des moyens différens, et avec de plus heureux résultats, depuis que les dépôts de mendicité ont de nouveau disparu sous le gouvernement de la restauration.
Plusieurs hospices des villes de département recueillent un certain nombre d’indigens valides, outre les vieillards, les incurables, les aveugles, les infirmes. Ils les occupent soit aux divers ouvrages relatifs au service de l’établissement, so.it aux travaux dont les produits s’écoulent au dehors. Tel est, en particulier, l’hospice de Rouen; les travailleurs y ont de la viande tous les jours.
Trois établissemens principaux, érigés spécialement dans ce but, et dont les destinées ont été diverses, méritent particulièrement l’attention. Tous trois ont dù essentiellement leur création à des associations bienfaisantes. Le plus important a pris naissance au sein de la capitale ; les deux autres se sont formés dans les villes de Bordeaux et de Strasbourg.
La maison de refuge ouverte à Paris, en 1829, dans la rue de l’Oursine, n’était point destinée, comme quelques personnes l’ont cru, à devenir un dépôt de mendicité; elle n’était point destinée non plus à servir d’asile permanent pour les indigens qui y étaient admis. Elle était conçue dans un but spécial, sur un plan nouveau, qui demande à être exactement défini.
La maison de refuge était proprement un établissement d’épreuve, de préparation, de passage, d’attente; une station, une sorte de portique placé à l’entrée des divers genres d’établissemens qui reçoivent, assistent ou occupent les pauvres d’une manière constante, pour en faire la séparation et le classement, et les diriger en conséquence.
[i] Voy. l’instruction ministérielle du 19 décembre 1808. Recueil des circulaires du ministère de l’intérieur, tome 2, page 132.