MAISONS DE TRAVAIL, EN FRANCE
en sortant, suivre la destination qui leur était relativement convenable : les uns entraient dans les hospices ouverts pour les vieillards et les infirmes; d’autres étaient envoyés définitivement aux dépôts de mendicité de Saint-Denis ou de Villers-Cotlerets; d’autres, enfin, étaient rendus à la vie ordinaire, mais avec des ressources et des habitudes nouvelles.
Les ateliers du refuge n’étaient point établis au compte de la maison; ils n’étaient point entretenus au moyen d’un traité avec un entrepreneur général. Le système par lequel ils étaient mis en mouvement consistait à offrir des travailleurs à tous les fabricans qui voulaient les occuper, et à fournir aussi le local pour les travaux. Le fabricant lui-même conservait la faculté de proportionner le salaire au travail.
Un tiers de ce salaire était remis immédiatement au travailleur; un tiers était mis en réserve pour lui former un petit pécule à sa sortie ; un tiers était retenu par l’établissement pour compenser une partie de la dépense.
Cette maison était conçue sur un plan qui lui permettait de contenir trois cents personnes. La plupart de ceux qui s’y présentèrent appartenaient à la condition de journaliers, c’est-à-dire, étaient du nombre des individus qui , ne possédant pas une industrie spéciale et déterminée, se bornent à louer leurs bras pour le service mécanique le plus simple. Une partie d’entre eux se composait de pères de famille; ceux-ci formaient le plus grand nombre des externes. On trouvait parmi les internes, des vieillards aspirans aux hospices, et capables encore de quelque occupation.
Sur 100 individus admis, on en comptait à-peuprès 25 de 60 ans et au-dessus; 25 de 51 à 60; oo de 30 à 50. Les premiers étaient ceux qui y faisaient le plus long séjour. Les plus jeunes n’y faisaient guère qu’un séjour très-passager [i].
Les bureaux de charité s’empressèrent d’adresser à la maison de refuge, des indigens secourus à domicile; plusieurs infortunés qui erraient sans asile, exposés aux horreurs de la faim, y furent admis dans les sept premiers mois. Mais la plupart des indigens qui sollicitaient leur admission dans celle maison comme une faveur, n’avaient garde de prévoir qu’elle n’était réellement qu’une épreuve ; ils croyaient y trouver une hospitalité douce, durable, une
[î] Voy. une notice sur cette maison de refuge, tirée des divers comptes-rendus , dans le premier vol. du
existence assurée, moins cruelle que celle a laquelle ils se trouvaient condamnés dans leurs demeures. Les bureaux de charité secondaient leurs démarches dans des vues analogues. On dut en refuser, pendant les premiers mois, plus de 700 qui demandaient à y entrer, par suite de cette erreur.
Depuis novembre 1829 jusqu’en juillet 1831, l’établissement admit, savoir :
Hommes. Femmes. Total.
Internes
Externes
En dépôt
Total
La durée moyenne du séjour fut de six mois.
Les résultats, l’investigation et l’épreuve firent constater que la fainéantise, fivrognerie , l’imprévoyance, la sottise et l’ineptie étaient les causes ordinaires qui avaient conduit les indigens à la situation dont on cherchait le remède; qu’elles formaient comme l’expression de leur détresse; mais il est juste de dire qu’il ne s’en est rencontré qu’un fort petit nombre dont les mœurs fussent dépravées.
Le terme moyen du produit du travail était de 45 cent, par jour.
La dépense ordinaire était calculée comme il suit, terme moyen , par tête et par jour :
Dépréciation de la literie. . fr. » 03 c.
— du linge. ... » » 10 »
Nourriture » » 43 1/2
ttlanchissage » » 06 »
Total fr. » 62 c.
L’habillement était soumissionné au prix de 19 fr. 75 cent, pour les hommes, et 10 fr. 50 c. pour les femmes, en sorte que la dépense totale s’élevait pour les hommes à environ 68 cent., et pour les femmes à 67.
Ce bel établissement dut le jour, comme on sait, au mouvement spontané d’une générosité qui fut invoquée avec confiance, et qui répondit noblement à cet appel. Une première souscription fut ouverte; les amis du bien, les citoyens les plus distingués y accoururent à l’envi; en peu de jours elle produisit un fonds de
Bulletin de la société des établissemcns charitables. Pages 460 et suiv.