‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 148 sur 450 · REPROCHES ADRESSÉS AUX MAISONS DE TRAVAIL · texte numérisé non relu

REPROCHES ADRESSÉS AUX MAISONS DE TRAVAIL

jusqu’à 42 5, le local destiné à les recevoir, les ressources nécessaires pour les entretenir ont dû se mettre en proportion avec cet accroissement. Des souscriptions volontaires avaient pourvu aux frais de premier établissement, et fourni de plus un fonds de réserve. Ce fonds était sans doute insuffisant pour compensera l’avenir l’excédant de dépense inévitable, prélèvement fait du produit du travail; les moyens d’obtenir le surplus sont soumis à l’éventualité que présente tou jours le système des souscriptions bénévoles, éventualité qui n’affecte les maisons de travail que comme tous les autres établissemens publics; l’administration municipale a comblé les lacunes, lorsqu’elles ont commencé à se produire. Les indigens sont convenablement logés, vêtus; les alimens sont sains, on donne même du vin. Cependant, le vin compris, la nourriture ne revient qu’à 26 cent, par jour et par tête, et la dépense totale à 45 [i].

Le refuge de Strasbourg [2] fait partie du système général des secours publics de cette ville, se coordonne avec ses autres branches, vit du même principe, tend au même but, est régi par la même administration. 11 se compose d’une maison principale qui renferme ordinairement 100 à 125 indigens, et d’une annexe sous un régime plus sévère qui est réservée aux indigens indisciplinés, et qui en reçoit 14 ou 15. Elle est essentiellement destinée aux vieillards des deux sexes qui sont encore en état de travailler. Car, on tient avec raison pour maxime, que la jeunesse doit travailler ou apprendre à travailler. Le mouvement annuel est d’environ 100 individus. Les uns sont employés au balayage des rues, moyennant un abonnement avec la ville; d’autres, au service intérieur de la maison. Le reste, suivant ses facultés et ses forces, est occupé aux différons ouvrages qu’on a pu leur procurer, tels que le tricot, la filature, le triage

fi] Voy. les rapports annuels publiés depuis 1827J

[2] Un vertueux citoyen, Charles Khrmann, eut sa part principale à cette création.

[3] Voy. le rapport de la société pour Vextinction de la mendicité à Strasbourg , année 1834, présenté le 2î) mars 1835.

L’auteur du présent écrit peut confirmer ces résultats favorables parson témoignage personnel.

Il n’y a rien là, heureusement, qui justifie les sombres pronostics de l’auteur de la Charité légale , sur l’avenir de cet établissement, rien qui nous présente Yinstitutionde Strasbourg , comme expirante (tome 1er, pages

des plumes, les chapeaux de paille. Le montant des salaires gagnés par les travailleurs est divisé en trois parts égales : une est retenue pour l’habillement, une seconde pour la nourriture; la troisième est mise en réserve pour fournir à chacun d’eux un pécule, lors de sa sortie.

En 1854, la dépense totale du refuge de Strasbourg a été d’environ 14,700 francs. La journée de nourriture est ressortie en 1855 à 20 cent. 3/4; en 1854, à 22 1/4. L’habillement coûte environ 24 francs par tête et par an.

Le produit du travail des indigens, au terme moyen de 05, et pour 54,400 journées, a été en 1855 d’environ 5400 francs, ce qui donne pour chaque travailleur, soit 57 francs 4 cent, par an, soit 15 cent. 57 mill. par jour.

Cet établissement, qui mérite d’être indiqué comme un modèle, est dans un état de progrès croissant, u Son état moral s’améliore de plus <t en plus; beaucoup d’indigens y ont contracté «t l’habitude du travail et même de l’économie, u Quarante d’entre eux, en 1854, ont pu faire « des épargnes qui montent à 1800 francs, et « qui ont été versées en presque totalité à la <( caisse d’épargnes, beaucoup d’autres ont quitté (t l’établissement pendant la belle saison, et ont (( trouvé le moyen de subsister par un travail <c indépendant. L’état sanitaire de la maison ne « laisse rien à désirer [3]. »

Reproches adressés à l’institution des maisons

de travail.

Il est peu d’institutions de secours publics qui aient donné lieu à une controverse aussi étendue, que celle qui nous occupe en ce moment, et contre lesquelles se soient élevées des objections plus

2GI et 262). Sans doute le refuge ne peut recevoir indéfiniment tous les mendians envoyés par la police; il s’est justement et sagement imposé la règle de n'en recevoir que jusqu’à concurrence de ses ressources; il a tenu parole, mais il n’était ni dans sa mission, ni dans son pouvoir, de détruire les causes qui alimentent la mendicité malgré le remède qu’il y appporte (Voy. le rapport de 1834, page 7).

Sans doute, il continue à invoquer le concours de l’administration et les bienfaits des particuliers; il le doit : ces deux appuis 11e cesseront jamais de lui être nécessaires. et c'est, sous plusieurs rapports, un avantage.

nombreuses et plus puissantes. Il ne faut pas s’en étonner. Il est en effet peu d’établissemens qui se composent d’élémens plus variés, qui prennent des formes plus diverses, dont l’administration soit à tous égards plus difficile, qui soit plus sujette aux erreurs, aux abus. A la nature même de cette institution , se rattache d’ailleurs plus d’une question fort délicate. C’est en Angleterre et en Allemagne, que cette controverse, depuis un demi-siècle , a pris surtout un grand essor.

Afin de simplifier cet examen, il est bon d’éliminer d’abord une foule d’objections qui n’ont rien de solide, et qui ont été accumulées à l’envi par les adversaires de cette institution. C’est ainsi qu’ils ont argumenté de la suppression ou de la chute de quelques maisons de travail, sans prendre la peine d’établir que ce résultat fut une conséquence de la nature même de l’institution, et non des torts de ceux qui les dirigeaient, ou même de circonsiances étrangères. C’est ainsi qu’après avoir reconnu que la population naturelle de ces maisons devait se composer d’individus paresseux, souvent vicieux, ils se sont répandus en plaintes sur ce qu’on y fait régner une sévère discipline, sur ce que les chefs y jouissent d’un pouvoir discrétionnaire. C’est ainsi qu’on a supposé que cette institution repose sur une fausse combinaison économique, par la raison que les maisons ne peuvent subsister des seuls produits du travail ; comme s’il s’agissait de l’érection d’une manufacture, d’une entreprise purement industrielle; comme s’il n’était pas convenu que les indigens reçus dans ces établissemens appartiennent à la classe des personnes qui ne sont pas capables d’un travail suffisant pour les faire subsister. C’est ainsi que, confondant les maisons où le travail est libre avec celles où il est forcé, ils ont étendu aux unes les observations qui peuvent s’adresser aux autres. C’est ainsi qu’on a généralisé, à l’égard de tous ces établissemens, les accusations auxquelles peuvent donner lieu les abus introduits dans quelques-uns. C’est ainsi que, prenant l’effet pour la cause, on a imputé à l’influence de ces établissemens, les rigueurs de la police relative à la mendicité, tandis qu’ils n’en sont que la conséquence et l’adoucissement. C’est ainsi qu’on les a présentés comme essentiellement liés au système delà taxe des pauvres, quoiqu’ils puissent exister et existent souvent dans des contrées où

[1] Recherches sur les pauvres. Recherche lre, ch. 5. Recherche 2U, chap. 4.

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