LIVRE 1. CHAP. II
la taxe est inconnue; comme une branche nécessaire de ce qu’on appelle la charité légale, quoique souvent ils soient formés et entretenus par les tributs volontaires des associations bienfaisantes.
En laissant à l’écart ces argumens et d’autres moins solides encore , il reste dans cesujetbien assez de difficultés sérieuses. Mac-Farland, entre autres , les a exposées avec une lucidité remarquable [i]. Desauteurs récens les ont développées avec talent, peintes avec énergie [2]. Elles se fondent sur deux ordres principaux de considérations : les unes sont relatives au régime de la vie commune introduit parmi les indigens travailleurs; les autres, au système d’un travail commun fourni aux indigens par un établissement public : celles-là se rattachent principalement à des considérations morales, celles-ci à des considérations économiques.
Les nombreux inconvéniens auxquels est sujette, par sa nature même, toute réunion des indigens sous le régime de la communauté, s’aggravent encore très-sensiblement lorsqu’on rassemble ainsi des valides qui y apportent des passions plus vives, une indocilité plus prononcée, et qui peuvent plus facilement tromper la bienfaisance, en obtenant des admissions abusives. Attirés par l’espoir d’obtenir dans ces maisons une existence assurée , tranquille et commode, des pauvres vicieux, de faux pauvres, yaccourent et ne manquentpas de prétextes pour s’en faircouvrir les portes. Plus le sort qui leur yest offert est doux, et plus leur concours est empressé. Bien logés, bien vêtus , bien nourris, ils subissent peu de fatigues. Ils y portent leurs funestes habitudes, les propagent; ilscxcitent des querelles, ils troublent le bon ordre . ils résistent à l’autorité. L’indigent honnête n’y trouve pas, au contraire, ajoule-t-on , tous les agrémens dont il mériterait de jouir. Les indigens valides ainsi recueillis se voient dispensés de pourvoir par eux-mêmes à leurs besoins; ils s’accoutument à tout attendre d’autrui ; ils perdent la capacité de se diriger euxmêmes, il n’y a plus poureux ni industrie, ni économie domestique. En supprimant ces maisons, on éviterait à l’indigent la tentation de s’y introduire par le mensonge; on donnerait à l’assistance une forme moins humiliante , on ouvrirait des voies plus larges à l’activité de la classe laborieuse et malaisée.
II n’est pas, dit-on ensuite, de manière plus
[2] Spécialement M. le pasteur Naville. De la Charité légale.