CONSIDÉRATIONS
dispendieuse de secourir les pauvres , et le résultat de ces fabrications philanthropiques trompe les espérances qu’on avait conçues. Il ne se fait réellement que peu ou point d’ouvrage, dans ces prétendues maisons d’industrie; les matières premières n’y sont point ménagées ; l’exécution est négligée. Tantôt l’occupation manque aux travailleurs, tantôt les produits encombrent les magasins, faute de débouchés. On enfouit des capitaux énormes en constructions, réparations, métiers, mobilier de tout genre; un fonds de réserve considérable est nécessaire pour suppléer annuellement à l'insuffisance des ressources tirées du travail. Les frais d’administration sont énormes. La gestion est conduite avec moins de zèle et d’habileté, que celle d’une entreprise privée. L’indigent eut donc été entretenu et occupé chez lui à bien meilleur compte. Sa santé, d’ailleurs, s’altère par l’accumulation des personnes dans le même local, par le mauvais air, parla vie sédentaire. Lorsque ces maisons sont livrées à un entrepreneur particulier, les soins bienveillans et consolateurs disparaissent. L’intérêt général de l’industrie est d’ailleurs compromis par ces institutions. Les fabrications qui y sont introduites créent une concurrence fâcheuse aux manufactures et aux ouvriers qui existent dans le canton ; elles leur enlèvent une partie des demandes de la consommation ; elles livrent leurs produits à un taux plus faible; elles avilissent les salaires , en voulant donner de l’emploi à certains pauvres, elles l’enlèvent à d’autres qui étaient plus méritans; elles privent de pain ceux qui vivaient indépendans.
L’expérienee, plus d’une fois, on doit le reconnaître, a justifié ces reproches, et plus d’une maison de travail a succombé après des essais favorables; beaucoup d’autres, en Angleterre surtout, ont donné lieu à des critiques fondées. Sir Morton Eden fil, sir John Hill [2] , en ont signalé les inconvéniens. Ce dernier évalue de 3 shillings et 6 pence à 7 shillings par semaine, la dépense que coûte à chaque maison, chacune des personnes qui y sont entretenues.
Considérations présentées en faveur de ces établissemens .
D’un autre côté, la cause des maisons de Ira*
[1] État des pauvres. Livre 11, chap. 2.
[2] Moyens de réformer tes mœurs des pauvres. Sec-