CONTROVERSES SUR LES MAISONS DE TRAVAIL
tion et la séparation des classes , différemment traitées, nourries, placées sous des règles différentes. La classe des vieillards et des infirmes obtiendra les égards, les douceurs que réclament l’âge et les infirmités; la classe des enfans obtiendra les soins particuliers d’éducation.
Les commissaires royaux estiment, comme on l’a vu, que les maisons de travail ne peuvent bien remplir leur but, que lorsqu’elles sont construites sur une assez grande échelle; elles deviennent aussi alors moins coûteuses. « Si 1500 ((personnes réunies, disent-ils, coûtent cha- « cune 100 livres , ou en tout 15000 livres ; 1000 « personnes n’en coûteront que 9000, c’est-à- <( dire 90 livres par tète » Les indigens recueillis en communauté vivent aussi bien plus économiquement. Ainsi , l’institution des maisons de travail procure une réduction considérable dans la dépense des secours publics [i].
M. Mac-Culloch, qui a accordé dans le domaine de l’économie politique, une si juste place aux questions de la bienfaisance publique, et qui a approfondi avec tant de sagacité le système des secours publics de l’Angleterre, exprime une conviction semblable au sujet des maisons de travail. Il estime qu’aucun secours ne doit être accordé aux valides , si ce n’est dans ces maisons; qu’il convient d’y établir une discipline sévère, un travail pénible, un régime alimentaire très-frugal [2].
En quoi consiste l’utilité des maisons de. travail libre. — Conditions nécessaires à leurs succès.
Réflexions sur la controverse à laquelle elles ont donné
lieu.
La controverse approfondie à laquelle les maisons de travail ont donné lieu a servi à préparer, en éclairant ce sujet, le moyen de juger du mérite de cette institution, avec pleine connaissance de cause. Elle a servi en même temps à signaler les écueils contre lesquels cette institution peut
[1] Voy. le rapport précité, pages 270 et 514.
échouer, et à indiquer les conditions qui sont indispensables à son succès. C’est pour ce double motif que nous avons rendu compte de cette discussion, avec une scrupuleuse fidélité.
Il est facile de remarquer qu’il n’est presque pas une objection, dans le nombre de celles que l’on oppose aux maisons de travail, qui ne s’applique également, ou aux asiles dans lesquels les indigens sont réunis, ou aux moyens d’employer directement les indigens à des occupations utiles. En effet, une maison de travail n’est que la combinaison de ces deux modes de secours. Mais si elle est par là exposée aux inconvénicns de l’un et de l’autre, elle a aussi les avantages de tous deux.
S’il est une objection qui soit spécialement propre aux maisons de travail, elle s’adresse moins à l’institution elle-même, qu’aux élémens dont cette institution est composée, c’est-à-dire au caractère spécial de la classe d’indigens qu’elle est destinée à secourir. Les indigens valides, comme on l’a vu, appartiennent presque tous à une espèce d’êtres dégénérés, soit sous le rapport des mœurs, soit quant à l’énergie du caractère, soit quant à l’intelligence. I)e là l'extrême difficulté qu’on éprouve à les diriger vers un but utile. Les critiques adressées aux maisons de travail, à raison de cette difficulté, se méprennent en reprochant au remède, ce qui ne devrait s'adresser qu’au mal dont elles essaient la guérison. Autant vaudrait faire un crime à un hôpital, des maladies qu’il renferme. L’existence d’une telle classe d’indigens est assurément un fléau pour la société ; les maisons de travail doivent être condamnées, si elles l’aggravent; elles sont inutiles, si elles 11e peuvent le combattre avec succès; mais elles ne sont point coupables si, pour y remédier, elles ne font que le mettre en évidence.
Or, les maisons de travail ne pourront être accusées d’étendre ce fléau. Elles contribueront au contraire, sinon à l’éteindre, du moins à le réduire, si, au lieu d’offrir d’une manière vague et indéfinie de l’emploi à tous les indigens valides, elles servent uniquement pour eux et d’école et d’épreuve.
Telle est leur vraie destination, et, ainsi conçue, l’institution est sans reproche; elle est salutaire.
[2] Principles of polit irai economy . chap. 5, p. 420.
Vraie destination de ces établissemens.
La condition sur laquelle elle reposerait, suivant cette destination, serait, comme on le voit, que les indigens valides n’y fussent employés que d’une manière temporaire. La durée de leur emploi serait réglée pour les uns, sur le temps nécessaire à leur éducation; pour les autres, sur le temps nécessaire à l’épreuve de leur conduite.
On ne saurait admettre qu’une maison de travail reçoive un indigent valide d’une manière durable et permanente. Cette combinaison est à-la-fois inutile et nuisible. Elle est inutile : car, dans l’état présent de la civilisation européenne, si un individu valide, ayant reçu l’éducation du travail, manque d’occupation, ce ne peut être pour lui qu’une inaction momentanée, dépendant de circonstances passagères : dès que cette inaction se prolonge indéfiniment, il y a de sa faute. Cette combinaison est nuisible; car elle empêche l’indigent de chercher, par ses propres efforts, une occupation; elle le détourne des voies naturelles de l’industrie. L’individu pleinement valide doit être laissé à son indépendance, et sous la responsabilité de ses actes. Il faut qu’il sache découvrir, choisir un emploi, mériter la confiance, persévérer, conserver une situation acquise. Il est d’ailleurs des moyens de l’aider à trouver de l’emploi, et ils ont été indiqués dans le chapitre qui précède.
Mais la maison de travail sera souvent d’une haute utilité, comme éco/e, en offrant l’éducation du travail à ceux auxquels elle a manqué, ou chez lesquels elle a été trop insuffisante. Ils y trouveront à-la-fois et l’apprentissage de quelque métier productif, et, ce qui leur manque ordinairement d’une manière plus sensible, de bonnes et salutaires directions. Ils y contracteront les habitudes de l’ordre, de l'application; ils y seront entretenus dans une activité régulière ; ils y apprendront ce qu’ils ignorent peut-être, à bien vivre et 'a sentir la moralité du travail ; ils y seront stimulés par les exemples, les conseils, les encouragemens. Ainsi seront réparées les influences fâcheuses qui, parla faute de leurs parens, ou par les écarts de leur jeunesse, avaient paralysé leurs forces et les avaient rendus incapables.
La maison de travail ne sera pas moins utile comme épreuve. Là sera résolu le doute qui