RÉGIME DES MAISONS DE TRAVAIL
ils eussent très-difficilement obtenu à domicile, par le seul mouvement ordinaire de l’industrie privée; il leur évitera la peine d’aller chercher l’ouvrage, la matière première, le débit; il leur donnera une tâche proportionnée à leurs forces, sans en exiger davantage. 11 se contentera de leur faible tribut, et le fera valoir, ce qu’on ne saurait guère attendre d’un entrepreneur particulier. Les vieillards des deux sexes, les infirmes, en y retrouvant les moyens de produire une œuvre, d’entretenir un reste d’activité, apprendront qu’ils peuvent encore s’aider euxmêmes, s’encourageront par leurs mutuels exemples, conserveront quelques forces, par l’exercice même qu’ils en feront, et conserveront mieux aussi la sérénité de l’âme.
La maison de travail serait ainsi le refuge de ces infortunés, qui sont, dans le mouvement de l’industrie, ce que sont les traînards à la suite d’une armée ; traînards involontaires, détail lans, qui ne peuvent marcher d’un pas égal avec les gens sains et vigoureux, que dédaigne et délaisse le spéculateur, naturellement porté à préférer les ouvriers les plus capables de produire.
Du régime économique de ces établisscmens.
Une maison de travail ainsi composée ne peut être elle-même une spéculation avantageuse. Nonseulement on n’a aucun bénéfice à en espérer, mais il est inévitable que les produits restent inférieurs aux dépenses. Toute école d’apprentissage est coûteuse ; elle l’est davantage encore, lorsqu’en exerçant les élèves, il ne suffît pas d’instruire les ignorans, mais il faut aussi triompher de leurs habitudes. Toute épreuve est coûteuse ; car ceux à l’égard desquels elle échoue occasionnent plus de frais qu’ils ne donnent de truits. Un atelier formé de travailleurs à demi incapables, ne peut donner le même résultat que celui qui est formé de valides. On doit donc se résigner d’avance à considérer ce genre d’ètablissemens comme exigeant des sacrifices pécuniaires.
Mais l’administration publique ne doit pas se borner à ce premier calcul.
Elle doit examiner d’abord ce qu’il en coûterait pour assister les mêmes indigens , sans les occuper de la sorte. Le produit du travail qu’on obtiendra d’eux , dans l’établissement , dimi-
nuera d’autant le montant des secours qui leur eussent été nécessaires pour exister sans rien faire. Si le travail fait en commun est plus productif pour les indigens dont il s’agit , que celui qu’on eût pu leur procurer à domicile, la maison de travail procurera encore une économie égale à la différence. Or, pour un certain nombre d’entre eux , le premier mode de travail sera , en effet , plus avantageux que le second , comme nous allons bientôt le voir.
Ce n’est pas ici la maison de travail qui est une charge : la charge est dans la présence des indigens , dans la nécessité de pourvoir d’une manière ou de l’autre à leur subsistance.
Il y a plus : supposons qu’il en coûte autant pour entretenir les indigens dans la maison de travail, que hors de cette maison ; supposons que le produit de leur ouvrage n’entre point en déduction de la dépense : il y aura encore à recueillir, de ces établisscmens, plusieurs avantages certains et notables. Ils auront des avantages moraux , par l’effet des habitudes qu’ils feront contracter ; des avantages économiques, par les dépenses qu’ils éviteront dans la suite. Comme école , la maison de travail rendra à une existence indépendante des indigens qui fussent restés à la charge de la société ; comme épreuve, elle écartera de faux indigens qui eussent usurpé les secours publics ; elle dirigera , dans une voie d’industrie, ceux s’égareraient, faute de trouver la route ; comme refuge des demi-travailleurs, elle emploiera des forces qui fussent demeurées improductives.
Félicitons-nous si des souscriptions bienfaisantes viennent concourir à la fondation , à l'entretien de ces ateliers : provoquons , encourageons ce concours! Appelons alors quelques-uns des bienfaiteurs à leur administration ? mais que des dotations fixes , certaines, que des subventions régulières , assignées sur les fonds publics, assurent leur existence , garantissent leur durée; que jamais il ne soit opéré de prélèvement sur le fonds des dotations, pour couvrir les dépenses ordinaires; que de sages mesures préviennent toute collision entre les bienfaiteurs et l’autorité publique, et procurent, au contraire , entre ceux-là et celle-ci l’harmonie désirable ; qu’une surveillance assidue, éclairée, soi t exercée sur la comptabilité de ces élablissemens; que leurs comptes soient soumis à un contrôle légal et publiés annuellement ; que le produit des travaux y figure toujours d’une manière claire et distincte.