‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 157 sur 450 · ORGANISATION DES MAISONS DE TRAVAIE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES MAISONS DE TRAVAIE

lai res ordinaires donnés dans les professions analogues. Cette condition est indispensable pour n’attirer dans les maisons de travail , que les indigens auxquels elles sont véritablement destinées, et qui ne peuvent point s’employer par des moyens naturels. Elle est juste aussi : car, la maison de travail offre à l’ouvrier diverses facilités qui compensent une portion du salaire; elle lui évite des recherches, des pertes de temps, des incertitudes, des chômages. Si l’indigent qui y est reçu obtenait un salaire égal à celui de l’ouvrier employé par un particulier, la situation du premier offrirait donc un avantage ; or, elle doit toujours être inférieure à celle du second [1].

Confier à un seul et même fabricant l’entreprise totale des travaux, dans un établissement de ce genre, serait en bannir une autre condition qui lui est également convenable : la variété des occupations, pour les indigens qui y sont reçus. Chaque branche d’occupations pourra faire l’objet d’un contrat spécial avec un entrepreneur qui se chargera de fournir au moins les matières, et de recevoir les produits. Le régime de l’entreprise, réduit à ces termes, sera plus économique; il épargnera à l’établissement de graves embarras. 11 est à désirer que le travail des indigens soit, autant qu’il est possible, payé à la lâche, non à la journée, par l’entreprise. L’entreprise restera étrangère à la discipline intérieure de l’établissement, elle n’y exercera aucune autorité; le régime moral que doivent y maintenir les chefs de la maison ne sera ainsi troublé par aucune intervention étrangère.

Quoique l’entrée dans la maison de travail doive être volontaire, on n’est pas tenu d’y admettre tous ceux qui s’y présentent. On examinera, avant tout, si celui qui demande à y être admis ne serait pas plus convenablement occupé au milieu des siens et sous le toit domestique. C’est à l’administration des secours à domicile qu’appartient cet examen préalable, d’après la connaissance qu’elle a de la situation de chaque indigent.

De même, quoiqu’il doive être libre à l’indigent de quitter la maison de travail, dès qu’il en manifeste la volonté, il ne saurait avoir le droit de continuer à y résider indéfiniment et autant qu’il le trouvera agréable. Non-seulement il

doit en être exclu, s’il n’y porte que l’exemple de ses vices ; mais on doit exiger de lui qu’il reprenne une profession indépendante, dès qu’il en a acquis les moyens, et qu’il se présente, à cet effet, une occasion favorable.

Pour que la maison de travail remplisse sa destination essentielle, il suffit que l’indigent y trouve de l’emploi ; il n’est pas toujours indispensable qu’il y soit logé, vêtu, nourri. Une maison de travail n’est point nécessairement un hospice y et ne doit pas être confondue avec un hospice. Réduite à sa destination directe, elle aura un régime plus simple; elle séparera moins l’indigent de la société; elle lui laissera, avec le soin de pourvoir à ses arrangemens domestiques une plus grande indépendance, une plus grande responsabilité; elle lui permettra mieux de goûter les affections de famille, d’en remplir les devoirs.

D’un autre côté cependant, l’éducation du travail, la réforme des mœurs s’obtiennent mieux dans un établissement où les indigens sont recueillis à demeure ; les règles de la discipline embrassent alors tous les inslans de la journée, toutes les actions de la vie. Les indigens vicieux persévèrent plus facilement dans leurs mauvaises habitudes, lorsqu’ils ne sont surveillés et dirigés que pendant quelques heures du jour. Il est plus difficile de les soumettre 'a l’empire de l’ordre; on a moins de moyens de les contenir par les privations. Pour certains individus, la communauté absolue serait donc préférable.

Mais la maison de travail peut fort bien être annexée à un hospice, sans se confondre avec lui. La contiguïté de ces établissemens sera utile à tous deux. Les vieillards et les infirmes de l’hospice participeront au système du travail; les consommations de l’hospice offriront un débouché à la maison de travail [2].

Une maison de travail libre ne doit être réunie à un établissemement de travail forcé, qu’autant que l’une et l’autre formeront deux divisions tellement distinctes, qu’il n’y aura pas de communication entre elles; les sexes, les âges devront être constamment séparés. L’expérience a fait reconnaître qu'il y a de graves inconvéniens à réunir, dans une même division, les maris et leurs femmes, dès qu’ils vivraient tous en communauté.

[1] Il est bien entendu que, dans le taux du salaire, en nature à l’indigent travailleur.— [2] Celte combinaise trouve toujours comprise la valeur de ce qui est fourni son, comme nous l’avons déjà remarqué, existe à Rouen.

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