LIVRE I. CIIAP. II
De la discipline.
Ce régime se composera lout à-la-fois d’encouragemens bien entendus, et d’une sévérité rigoureuse. Ces encouragemcns consisteront dans des récompenses périodiques, et surtout dans des témoignages d’estime. En accordant à chaque indigent une part déterminée dans le produit de son travail, on l’excite incessamment à taire et le plus d’ouvrage et le meilleur ouvrage qu’il lui soit possible. Mais nous conseillerons de tenir cette portion tout entière en réserve, pour l’époque à laquelle il quittera la maison: alors même, elle ne devra lui être délivrée qu’avec certaines précautions. Elle sera surtout employée à lui fournir les moyens de s’établir, par l’achat de quelques outils, d’ustensiles, d’un métier, du mobilier indispensable. Plus la population de l’établissement sera nombreuse, et plus la sévérité sera nécessaire. Non-seulement il faut maintenir l’ordre parmi des personnes dont une partie peut avoir contracté des habitudes vicieuses ; mais il faut réformer ces habitudes elles-mêmes. Les encouragemens aiguillonneront l’activité, feront naître des sentimens honorables ; la sévérité réprimera la fainéantise, la dissipation, la débauche. 11 serait précieux de saisir celte occasion pour nourrir l’âme des indigens par des instructions morales , pour les ramener aux sentimens religieux. Quelques heures données chaque jour à de bonnes lectures, aux exercices du culte, à des avis salutaires, n’enleveraient rien au travail et le rendraient plus fécond. Les soins de propreté, le spectacle d’un établissement bien réglé, la vigilance des surveillans, concourront en même temps à opérercette réforme, à entretenir, avec uneconstante application, une émulation salutaire.
On ne saurait trop recommander de soumettre le régime de ces établissemens aux règles d’une bonne hygiène. La plupart du temps, la santé des indigens qui y sont admis est affaiblie, si même elle n’est altérée. Le bon air, l’exer-
cice, la propreté seront la base de ce régime. La nourriture doit être saine, assez abondante. Mais la sobriété devra être constamment observée ; toute cantine, absolument interdite.
Conclusion.
Les commissaires royaux, pour l’enquête faite en Angleterre, ont reconnu et prouvé que les maisons de travail doivent être établies sur une grande échelle, pour pouvoir y introduire les classifications convenables et pour en rendre les dépenses moins onéreuses. On pourrait ajouter que ces dimensions sont nécessaires aussi , afin de pouvoir porter dans les travaux offerts aux indigens, toutes les combinaisons désirables.
Il résulte de là, et c’est par cette considération que nous terminons la longue et difficile étude à laqûelle nous venons de nous livrer; il résulte de là que les maisons de travail ne sauraient être qu’en très-petit nombre, et qu’il convient de ne les placer que dans les villes de quelque importance, ou du moins auprès de ces villes. Là seulement, elles pourront recueillir un nombre suffisant d’indigens admis à titre d’épreuve ou venant y chercher l’éducation, d’indigens employés au travail, sans être logés et nourris.
Elles n’offrent donc qu’une utilité fort restreinte pour les indigens des communes rurales et des petites villes ; celles-ci ne pourraient participer à leurs effets, qu’en y envoyant à demeure ceux de leurs indigens qui seraient destinés à y faire un séjour permanent. Or, d’après les conditions mêmes auxquelles ces maisons doivent être soumises, de telles mesures ne pourraient être prises que pour des vieillards, des infirmes placés dans des situations exceptionnelles.
On arrive ainsi à une dernière conséquence, c’est que ce mode d’assistance ne peut guère se prêter à une application universelle ; qu'il atteindra mieux son vrai but en se restreignant à certaines localités, et dans une sphère circonscrite parles conditions qui lui sont propres.