‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 160 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CHAP. III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CHAP. III

ou l’on contient les passions violentes ; leurs orages sont passagers. Mais l’abattement léthargique de celui qui accepte la misère, la honte, la dégradation , converties en habitude, résiste à toutes les sollicitations. C’est une maladie qui demande à être guérie dans son principe; il faut avoir une volonté, pour celui qui ne sait pas vouloir; il faut prendre sur lui l’empire qu’il abdique. Est-ce donc réellement lui enlever sa liberté? Est-il libre, en effet, celui qui est incapable d’agir? Y a-t-il liberté sans volonté?

Ainsi comprise, ainsi appliquée, la contrainte au travail est juste, elle est utile; elle est bienfaisante , même pour ceux qu’elle enchaîne. Avant de la condamner comme une barbarie, venez contempler le tableau de ces êtres dégénérés qui croupissent dans la fange, indifférens tà tout, atteints d’une sorte de crétinisme, négligeant les premiers soins de la vie, se complaisant dans l’avilissement, insensibles à la reconnaissance comme aux encouragemens, et n’ayant pas même le désir d’un état meilleur! Tel est l’état que vous voulez respecter, consacrer, que vous craignez de troubler! Ranimer l’étincelle de la vie au sein de ce néant, voilà ce que vous signalez comme une oppression ! Non , non , nous ne saurions nous attendrir sur le sort de ces prétendues victimes; nous ne sommes point émus des lamentations qu’on leur prête, des reproches qu’on dirige contre l’autorité publique, parce qu'elle vient les tirer de l’abîme. Que ces êtres dégradés reprennent le rang des créatures humaines ! alors ils en recouvreront les droits. Or, ce rang, les dépôts de mendicité sont appelés à le leur rendre. Ils sont institués comme moyen de correction et de réforme.

Aperçu historique sur les dépôts de mendicité, dans les principaux pays de V Europe.

Italie, Espagne, Portugal.

Le travail obligé a été, comme nous l’avons

[1] Leur organisation fut réglée en détail par une suite de décrets en date des 51 mars , 4 juin, 29 août, 20 septembre, 21 octobre, 7 novembre 1809 ; 9 octobre, 14 novembre, 13 décembre 1810 ; 19, 29 novembre 1811; 18 avril 1812.

vu, associé dès l’origine au travail libre, dans la plupart des maisons pieuses d’industrie qui existent en Italie ; c’est ainsi que les deux systèmes sont combinés à Naples, à Florence, à Milan, à Turin. Seulement on y a introduit des régimes différons, pour les deux classes de personnes qui sont soumises à l’un, ou qui acceptent l’autre. La mendicité avait été interdite à Rome, par les souverains pontifes Pie v et Grégoire xm, et, tolérée pour les infirmes, elle avait disparu pouMes valides. L’administration française, pendant le temps de son occupation, créa, dans les départemcns alors réunis à l'empire, des dépôts de mendicité semblables à ceux qui venaient d’être établis en France : ceux du Pô, de Gênes, du Taro, de la Stura, de la Sesia, de la Méditerranée, de Marengo, des Alpes maritimes , de l’Arno , de la Boire , de l’Ombrone , de Rome, du Trasimène [i]. Cet exemple fut suivi par le royaume d’Italie. Une partie de ces créations a été conservée, une partie a été modifiée dans son régime.

En Espagne même, des lois prohibitives furent portées de bonne heure contre la mendicité valide. Dès 1551, le roi don Pédro ordonna que les indigens valides fussent contraints de travailler et de vivre de leurs propres ressources; une ordonnance de 1569, et la loi des cortès de Bursros en 1579, prescrivirent aux mendians robustes d'apprendre un métier ou de se mettre au service d’un maître [2].

Les cortès de 1555, en sollicitant l’exécution des lois contre les mendians, proposèrent la création d’une fonction de pères des pauvres, dont le ministère consistait à employer cette classe d’indigens à quelques ouvrages, ou aux travaux publics [3].

Cependant ces lois produisirent peu de fruits; l’exécution en resta imparfaite. On manquait d’établissemens propres à occuper les pauvres, ou ceux que l’on essayait de former réussissaient mal.

En 1545, le P. Juan de Médina publia les mesures qu’il avait fait adopter à Zamora, Salamanque et Valladolid , pour contraindre les mendians au travail , et proposa de les généraliser [4] ; mais il eut à combattre les opi-

[2] Bïblioteca espagnola economico - polit ica , t. 1. page 47.

[3] Ibid., page 77. — [4] Ibid., page 109. Voyez aussi les écrits de Jean de Médina et de Dominique Soto, publiés à Salamanque, en 1545.

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