ITALIE, ESPAGNE, ALLEMAGNE ET BELGIQUE
nions de quelques théologiens; il eut en particulier un puissant adversaire dans le célèbre Dominique de Soto, occupant l’un des premiers rangs parmi les théologiens et les publicistes de son siècle.
Diverses maisons de miséricorde lurent érigées d’après ce plan, pour occuper les mendians. En 11585, il en existait une à Barcelone. Quoique largement doté et dirigé par des administrateurs pleins de zèle, cet établissement ne put se maintenir. Le même essai tut renouvelé le siècle suivant et éeboua encore une fois. Les villes de Girone et de Vieil, après avoir conçu un dessein semblable, y renoncèrent [1]. Peutêtre le caractère des mendians qu’il s’agissait de soumettre à ce régime de réforme , résista-t-il victorieusement aux efforts de l’autorité. L’évêque de Barcelone ayant demandé, un jour, à quelques alcades et baillis pourquoi ils n’arrêtaient pas cette race d’hommes, vrais vagabonds, reçut pour réponse : « Qu’on n’osait pas l’entre- « prendre, parce que ces gens étaient trop re- «i doulables, et que, lorsqu’on avait tenté de s’en « saisir, ils s’en étaient vengés par l’incendie. >» Cependant, plus tard, et à une époque où les vues d’amélioration administrative se développaient en Espagne, sous le règne de Charles ni, un ordre général prépara et commença dans ce royaume, l’organisation d’établissemens destinés à prévenir et à réprimer la mendicité par le travail. Cette création ne put arriver à son terme; elle est restée en ébauche.
Le refuge de Saint-Bernardin, ouvert à Madrid, en 1854, et qui a été déjà mentionné au chapitre précédent, reçoit aussi les mendians contraints au travail.
Voici le nombre de ceux qui y avaient été conduits, pendant les 5 premières années :
Hommes
Femmes
Jeunes garçons. . . .
Jeunes filles
Moyenne, par année. .
Ce nombre, vraiment effrayant , s’explique
malheureusement trop bien par les tristes circonstances dans lesquelles gémit depuis quelques années ce beau pays [2].
Le Portugal a tenté la même institution, également avec peu de succès. Sous le règne de don Fernando, furent rendues des lois de police contre les fainéans; par des dispositions générales et par des mesures municipales, il a été statué que personne ne pourrait mendier sans la permission du magistrat. Mais des établissemens de réforme n’avaient point été organisés. Récemment et sous le règne de doua Maria i, on a voulu renfermer les mendians dans une maison où ils seraient soumis au travail; ce dépôt avait été placé dans une ancienne forteresse appelée le château. Ce dessein a échoué dans l’exécuiion, en partie parce que les fonds se sont trouvés insufïisans, en partie et surtout parce que l’opinion publique ou les préjugés locaux se soulevaient contre la sévérité de ces dispositions, y voyaient une injustice, et les accusaient de confondre la pauvreté avec le crime.
Allemagne, Belgique.
Dans presque tous les états de l’Allemagne, les lois prohibent la mendicité; les mendians sont punis par la réclusion. Ils sont enfermés dans des maisons de correction, et ils v sont assujétis au travail. Dans la plupart de ces maisons, on admet aussi les indigens qui sollicitent, à titre de secours, le travail volontaire. C’est ainsi que, dans la maison de travail de Berlin, sur environ 10 mille individus admis pendant quatre années, on compte 5G00 vagabonds 2700 mendians, 150 filles de mauvaise vie et 1000 individus sans asile, tous envoyés par l’autorité chargée de la police ; on y reçoit même des délinquans condamnés par les tribunaux, lorsqu’ils ne doivent subir qu’une détention de peu de durée, ou lorsque leurs infirmités ne permettent pas de les envoyer dans la maison de correction.
[î] C’est ce qu’on lit dans un écrit, publié, en 1636, par le frère Gaspard Salaz y Berard, de l’ordre de Saint- Augustin.
[2] L’illustre et savant philanthrope auquel l’auteur doit ces détails, annonce que « le nombre des mendians
« transitoires, arrêtés chaque jour dans les rues de Ma- « drid, chassés des campagnes par la misère, est vrai- « ment épouvantable. On a beau les renvoyer à leur « domicile, ils reviennent toujours, poussés par la « faim ! »