TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. III
Cet établissement ne recueille pas seulement des valides; il renferme aussi, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, des infirmes, des estropiés, que leur penchant à l’ivrognerie, ou leurs habitudes vicieuses, ne permettent pas d’admettre à l’hospice, et qui sont adressés par la direction des pauvres. 11 renferme encore des idiots [i]. Mais ces diverses classes de personnes ne sont pas soumises au même régime de vie. On voit avec surprise qu’à peine un vingtième de ces individus est envoyé à l’infirmerie pour cause de maladie, bien que plusieurs d’entre eux soient déjà atteints, en entrant dans l’établissement, de maladies incurables. Mais il faut y joindre un nombre presque égal de malades qui, atteints d’affections moins graves et pouvant continuer à travailler, sont traités hors de l’infirmerie. Ce qui est digne de remarque, c’est que le caractère ordinaire de ces maladies atteste les vicieuses habitudes et la dégradation des malheureux qui peuplent la maison. La mortalité totale est d’environ 7 sur cent [2]. Ainsi constitué, le dépôt ou l’asile, comme on voudra l’appeler, est un établissement complexe et mixte, mais dont le caractère général flotte entre celui d’un établissement de correction, et celui d’un institut de bienfaisance.
Le dépôt de mendicité organisé à Trêves pendant que la rive gauche du Rhin faisait partie de l’empire français, y a été conservé après les traités de 1814 et de 1815, par le gouvernement prussien; mais il a subi diverses modifications, et le régime a été amélioré. Le travail forcé y est maintenant en vigueur pour les vagabonds et les mendians ; mais on y admet aussi les infirmes, les malades et même les orphelins. On y fabrique des couvertures, du drap, de la toile, pour le coucher et l’habillement des troupes ; des souliers pour leur chaussure; on y exécute aussi
[1] Die oeffentliche armen pflege in Berlin. 1828, pages 143, 144.
[2] Ibid., pages 158, 159.
[3] Au 1er janvier 1837, la maison renfermait 92 indigens, soit admis sur leur demande, soit détenus, et tous occupés au travail, savoir :
60 hommes et 32 femmes.
Entrés en 1837. ... 110 63
Sortis ou décédés en 1837. 84 46
Restant en 1838. ... 86 49
Le produit du travail s’est élevé à environ 3000 écus
la menuiserie pour le service de l’établissement.
Les mendians de toutes les classes sont admis sur l’autorisation de la régence du cercle.
Les mendians et les autres individus détenus dans cet établissement, et qui y sont contraints au travail, sont retenus jusqu’à ce qu’on ait obtenu un certain degré de garantie, qui permette de reconnaître que le but de la détention est atteint, soit par une conduite constamment satisfaisante, soit par tout autre changement survenu dans sa personne ou ses relations.
De 1812 à 1819, sous sa forme primitive, il
reçut 2299 mendians.
De 1829 à 1853, sous sa forme nouvelle, il en a reçu 4075, en 4 ans [3].
Depuis l’époque de 1820, des écoles y ont été ouvertes; on a perfectionné et accru les ateliers, simplifié les vètemens, le coucher, en les rendant plus solides; on a introduit les lits de fer, adapté le régime de nourriture aux besoins des diverses catégories. On loue la discipline qui y règne et les effets qu’elle produit.
Indépendamment de ses trois maisons de correction établies à Manheim, à Bruchsal et à Fribourg, où le travail est imposé aux condamnés [4] , le gouvernement de Bade a organisé une maison générale de travail pour tout le grand-duché, à Pforzheim [5]. Elle est destinée à recevoir 4 classes d’individus, savoir :
1° Des heiniathlosen qui ne pourraient être renvoyés sans danger , ou sans des frais trop considérables ;
2° Des indigènes fainéans et vagabonds qui ont résisté à toutes les invitations et injonctions, en refusant de s’occuper utilement;
3° Des indigènes misérables, encore capables de travail, mais qui, à raison de leur condition physique, ne pouvaient être admis dans aucun hôpital ou hospice ;
ou 11,100 fr. Les frais de nourriture et d’entretien montent à environ 55 cent, par jour et par tête. (L’auteur est redevable de ces renseignemens à l’estimable M. le conseiller Steckens, directeur de l’établissement.)
[4] La première , sur une moyenne de 160 détenus, coûte 16,804 flor.
La deuxième, sur une moyenne de 222, coûte 21,232 flor.
La troisième, sur une moyenne de 180, coûte 18,574 flor.
[5] Voy. Heumsch.Beschreibung,etc. Description des institutions de bienfaisance de Bade. Heidelberg, 1833, page 226.