‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 166 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. III

Mais les faits bien appréciés [1] ne justifient point ces inductions.

Les suppressions ont eu lieu par des mesures partielles, spéciales, pour chaque dépôt de mendicité , d’après des considérations relatives à chaque localité.

La plupart des conseils généraux, dans leurs délibérations, n’ont pas manqué sans doute d’élever des objections plus ou moins plausibles contre l’utilité de ces établissemens ; ils ont reproduit celles qui ont été , à diverses époques, opposées par les adversaires de cette institution, et quelquefois ils ont fait la critique de l'établissement particuî ier qu’il savaient sous les yeux. Mais on ne doit pas perdre de vue que plusieurs de ces établissemens étaient à peine en activité ; que les autres n’avaient que 5 ou 4 ans d’existence ; qu’on en était encore à l’essai ; qu’une expérience réelle n’était point encore acquise. L’administration de quelques-uns d'entre eux pouvait être imparfaite et mal entendue, sans que le tort en dût rejaillir sur l’institution elle même.

La vérité est que la France était alors sous l’influence d’un esprit de réaction , qui faisait souvent considérer avec défaveur les œuvres de l’Empire; que les dépôts de mendicité ont succombé en partie à celte influence. Leur créateur, en les fondant par des actes de son gouvernement, avait trop négligé de les rattacher à l’administration des secours publics , d’appeler à leur organisation et à leur gestion, le concours des personnes bienfaisantes. Il avait imposé d’office aux départemens et aux communes, des dépenses considérables, sans les consulter, sans les éclairer suffisamment. Le poids de ces dépenses devint beaucoup plus pénible encore, à la suite des événemens désastreux des deux invasions, de l’occupation étrangère, de la disette. Les conseils généraux saisirent avec empressement l’occasion de se soulager de ce fardeau ; ils affectionnaient peu des établissemens qui n’étaient point leur ouvrage. Les vastes édifices dans lesquels on les a vai t établis étaient demandés pour d’autres services, plusieurs étaient réclamés pour des séminaires, on les affectait à de nouvelles destinations plus conformes à l’esprit du temps. Le gouvernement ne pouvait, ni entretenir ces dépôts aux frais du trésor de

[1] Tous les votes des conseils généraux ont passé sous les yeux de l’auteur. 11 a assisté et pris part aux délibéalions successives, qui ont préludé aux suppressions.

l’état, ni contraindre les départemens à continuer les sacrifices nécessaires. Mais, dans le sein même du gouvernement, des hommes sages pensèrent que les conseils locaux, cédant à une mobilité trop ordinaire dans notre nation, commettaient une faute, et les regrets n’ont pas tardé à se faire sentir.

Par un contraste singulier, pendant qu’on s’empressait ainsi de détruire en France l’ouvrage de Napoléon , on le conservait, en l’améliorant, dans les contrées que le sort des armes et les traités avaient enlevées à la France,

Ces établissemens demandaient encore en effet de nombreuses améliorations; ils avaient un caractère indécis : souvent on sollicitait d’y être admis , comme une faveur; ils s’écartaient ainsi de leur but ; le régime moral était imparfait. Le temps eût amené les réformes, les perfectionnemens désirables. Us n’offraient pas d’ailleurs à tous les départemens un égal degré d’utilité; ils étaient peut-être trop multipliés pour les besoins réels.

Les frais de premier établissement, pour les dépôts créés à cette époque, dépassèrent 12 millions. Les dépenses variaient suivant les localités. Il suffira de donner ici quelques exemples pris parmi celles de ces maisons qui ont eu une durée suffisante pour qu’on puisse en apprécier les résultats avec quelque certitude.

État actuel des dépôts de mendicité en France.

Les deux dépôts de mendicité formés pour le département delà Seine, l’un à Saint-Denis, l’autre ci Villcrs-Cotterets , n’ont pas précisément le même objet. Le premier est un établissement tout spécial, destiné à une classe d’individus propre aux grandes villes, aux capitales ; dont la présence est pour elles un fléau, dont l’accumulation serait pour elles un danger. Le second sert de refuge à des malheureux , en partie accablés sous le poids de l’âge ou des infirmités dont les uns y sont admis sur leur demande, dont les autres y sont enfermés d’une manière temporaire.

Le dépôt de Saint-Denis reçoit d’abord les li-

II a exprimé avec sincérité et persévérance une opinion contraire, que les faits postérieurs n’ont que trop justifiée.

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