‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 171 sur 450 · UTILITÉ DES DÉPÔTS DE MENDICITÉ · texte numérisé non relu

UTILITÉ DES DÉPÔTS DE MENDICITÉ

recueilli 160 mendians, terme moyen , sur lesquels 100 à peine ont été jugés en état de travailler. Le prix de journée a varié entre 48 et 50 centimes, et dans ce prix la nourriture est comprise pour 24 à 50 centimes. Le produit du travail ne figure, jusqu’à ce jour, dans les recettes, que pour une somme très-faible [ i ].

Dans leurs deux dernières sessions, plusieurs conseils généraux de département [2], aujourd’hui formés par l’élection , ont provoqué avec instance le rétablissement des dépôts de mendicité détruits depuis 1817. Ceux qui possèdent des dépôts ont exprimé le vœu formel de les voir conserver; enfin, vingt départemens, dans toutes les régions de la France, ont appelé la sollicitude du gouvernement sur les ravages qu’exerce le fléau de la mendicité [3], et sur la nécessité de prendre des mesures d’ensemble pour y apporter un remède. Éclairé par des avertissemens aussi répétés, le gouvernement est, en cet instant même , justement occupé de ce grave sujet, et fait espérer de proposer bientôt à la législature des mesures dont la discussion achèvera de répandre la lumière.

De l'utilité des dépôts de mendicité .

Objections et réponses.

L’institution des dépôts de mendicité a dû subir les objections générales qui se sont élevées contre les maisons de travail ; elle a essuyé aussi des reproches qui lui sont propres.

On s’est plaint de ce que ces dépôts, placés sur un seul point, au centre d’une province, retiennent les indigens éloignés du lieu de leur ancien domicile, rompent leurs relations habituelles, les privent ainsi, par une sorte d’exil, de l’appui naturel qu’ils eussent (rouvé dans les personnes qui prennent intérêt à eux. De la sorte, a-t-on dit, on dépense en frais pour leur transport, ce qu’on eût pu employer à leur sou-

lagement; il faut se charger quelquefois d’une famille entière, lorsque son chef est surpris mendiant.

Oti s’est plaint de ce que les infortunés réduits par une nécessité réelle et impérieuse, à implorer la pitié publique, se trouvent, dans les dépôts, confondus avec des êtres vils, que les habitudes de fainéantise ont seules conduits à mendier ; le système commun à ces deux classes d’individus, se trouve ainsi trop dur pour les uns, ou trop doux pour les autres.

Lorsque ce régime incline à la douceur, et telle doit en être la tendance, on s’afflige de voir que le séjour dans le dépôt de mendicité, parait à beaucoup de gens une existence plus tranquille et plus commode qu’une vie indépendante; que l’admission dans ces maisons est alors ambitionnée et sollicitée à titre de faveur; qu'un grand nombre d’indigens mendient précisément pour se faire arrêter, certains dès-lors de n’avoir plus à prendre soin d’eux-mêmes. A proportion que les mendians sont mieux traités dans ces maisons, l’affluence des demandes va en croissant, les dépenses augmentent, et le public supporte une plus forte charge.

Ces difficultés sont réelles, sérieuses. Elles proviennent précisément de ce caractère mixte qui est propre à l’institution dont il s’agit. Placée comme un intermédiaire, entre les prisons et les hospices, elle flotte entre ces deux ordres d’établissemens, et se dénature dès qu’elle se confond, ou avec l’un, ou avec l’autre. Aussi voit-on l'administration publique faire de continuels efforts pour trouver, saisir et maintenir ce terme moyen qui lui échappe. Aujourd’hui surtout que le travail est introduit dans les maisons de détention, la distance qui sépare ces maisons, des hospices, est encore abrégée. Comment les dépôts de mendicité pourront-ils se distinguer des premiers, sans s’assimiler aux seconds?

Mais l’institution des dépôts de mendicité répond-elle à un besoin réel de la société? voilà ce qu’il faut avant tout se demander. On examinera ensuite comment elle peut y satisfaire.

La réponse à cette question se trouve dans les mœurs de la classe indigente.

Partout où il existe un certain nombre d’indi-

[1] Voy. les comptes-rendus, publiés en 1833, 34 et 35.

[2] Notamment en 1837, ceux de la Drôme, d’Eure-et- Loir, des Hautes-Pyrénées.

[3] Notamment, en 1837, PA Hier, les Ardennes, l’Aube, l’Aveyron, la Dordogne, l’Isère, la Mayenne, l’Oise, le

Haut-Rhin, la Haute-Saône, la Sarthe, la Seine-Inférieure, Seine-et- Marne, Seine- et -Oise, Tarn-et-Garonne,la Vendée, les Vosges, etc..

Voir l’analyse des votes des conseils généraux , publiée en 1838.

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