TROISIÈME PARTIE. LIVRE 1. CIIAP. III
gens capables de travail, et qui, cependant, par leurs habitudes, répugnent au travail, qui refusent de l’accepter comme un secours; partout où se produit avec une certaine abondance, cette espèce d’ètrcs dégénérés que nous avons essayé de caractériser au commencement de cet article, le travail forcé, la vie réglée, la discipline dont les dépôts de mendicité sont le théâtre, deviendront un remède, un préservatif. Le lazaret sera utile, partout où existera cette espèce de lèpre morale.
Que les dépôts de mendicité remplissent cette destination ; mais qu’ils s’y renferment ; qu’ils soient exclusivement affectés à l’espèce d’individus que nous venons de signaler; alors leur utilité ne pourra être révoquée en doute. On n’aurait jamais pu supprimer les dépôts de mendicité de Saint-Denis et de Yillers-Cotterets, sans les plus graves dangers. C’est là qu’on peut bien voir et étudier cette espèce particulière de misérables, placée au-dessous des indigens ordinaires, qui ne saurait pas vivre indépendante, qui ne mérite pas d’être admise dans les asiles ouverts à la vieillesse honnête et malheureuse, et qui se reproduit avec plus ou moins d’extension dans toute grande cité.
Conditions à remplir par les dépôts de mendicité.
La première condition de leur existence est donc que , suffisant au nombre d’indîgens pour lesquels la correction du travail forcé est nécessaire, leur nombre et leur étendue n’en excède pas la proportion.
Cette institution semble demander à être plus restreinte que celle qui a pour objet d’offrir le travail libre. Elle convient principalement dans le rayon qui environne les grandes cités, et dans les régions où les habitudes de mendicité fainéante sont encore répandues. Conçue sur une plus grande échelle, elle s’écarterait de son but.
Il suit de là que les règles d’admission doivent être telles qu’elles laissent entrer au dépôt de mendicité, les malheureux atteints de la lèpre morale, et n’y laissent entrer qu’eux seuls. C’est ainsi qu’on se trouve constamment ramené à une classification exacte des indigens, comme base fondamentale de toute bonne constitution des établissemens d’humanité.
Il est à croire que ceux auxquels le séjour des dépôts de mendicité serait utile, n’y entreront pas volontiers ; il ne doit point inspirer le désir d’y être admis, à ceux auxquels il n’est pas nécessaire.
Le meilleur moyen de s’éclairer dans ces admissions, c’est de les faire précéder, sans doute, par des épreuves. Tel était le fruit qu’on se promettait de la maison de refuge qui a été essayée à Paris, et que nous avons regretté de voir fermer.
Si le dépôt de mendicité est restreint à cette destination précise, s’il est un véritable lazaret, loin de regretter que les individus qui y seront reçus se trouvent séquestrés de leurs anciennes relations, on aura lieu de s’en féliciter; car, pour les guérir, les réhabiliter, il sera nécessaire de rompre leurs habitudes et de leur faire respirer une existence toute nouvelle.
Le dépôt de mendicité se distingue de la prison , en ce que, dans la prison, le détenu doit subir un châtiment; le reclus dans un dépôt de mendicité doit seulement être soumis à un régime de réformation. Le condamné détenu est un coupable ; l’effet de la punition doit être pour lui le repentir: le mendiant reclus est un malade qu’il s’agit de guérir. On appliquera au premier les salutaires rigueurs du régime pénitentiaire, le silence, l’isolement : une vie réglée et active, la propreté, la decence , l’ordre, l’application, constitueront le régime donné au second. Chez le premier, on rencontre des passions à réprimer; chez le second, une inertie apathique, qu’il faut ranimer. Le logement, le coucher, le vêtement, la discipline , ne sauraient donc être semblables, dans ces deux ordres d’établissemens. La séquestration ne pourra être aussi rigoureuse. On pourra accorder aux simples reclus du dépôt de mendicité, une plus forte part dans le produit du travail.
Le dépôt de mendicité se distinguera de l’hospice. Dans l’hospice, le vieillard et l’infirme doivent obtenir le repos et le soulagement, pour le reste de leurs jours. Dans le dépôt de mendicité, le reclus doit trouver une rénovation qui le rende, s’il se peut, à la société. L’indigent admis dans l’hospice est incurable ; celui qui entre au dépôt doit y être régénéré.
Le reclus du dépôt sera donc tour-à-tour corrigé et encouragé ; une tâche de travail lui sera assignée; sa négligence à l’accomplir sera punie. Il ne jouira ni de la même nourriture, ni des mêmes commodités de la vie , que les inlortunés