‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 173 sur 450 · CONDITIONS A REMPLIR PAR LES DÉPÔTS · texte numérisé non relu

CONDITIONS A REMPLIR PAR LES DÉPÔTS

accueillis dans un asile. S’il ne se porte à l’ouvrage avec bonne volonté, il sentira la contrainte. En aucun cas, la situation du mendiant reclus ne doit paraître digne d’envie à quiconque peut vivre par un travail indépendant.

En appliquant aux maisons de travail forcé, les règles relatives aux maisons de travail libre, qui ont été exposées dans le chapitre précédent, il convient donc de leur donner un caractère plus rigoureux. La sévérité de la discipline est un bienfait pour des êtres dégénérés, privés de toute énergie morale.

Ces distinctions sont certaines ; ces limites sont positives. Mais il faut que l’administration sache reconnaître les unes et appliquer les autres. La tâche par elle-même est difficile ; elle demande le concours d’une philanthropie éclairée et d’une juste fermeté; son exécution se lie aux mesures d’ordre public et aux réglemcns de police.

Enfin, et celte considération explique aussi pourquoi les dépôts de mendicité ont souvent manqué leur but; cette institution ne peut se suffire à elle-même. Elle a besoin d’être coordonnée avec un système entier d’institutions dont elle est le complément. Elle suppose qu’il a été suffisamment pourvu aux nécessités des indigens estimables; que le travail a été offert à ceux qui, doués de bonne volonté, n’ont pas trouvé d’emploi. Si, en effet, le pauvre n’obtient ni un asile où il puisse se réfugier dans l’abandon, ni le pain qui doit le faire subsister, ni l’occupation qu’il sollicite, comment n’assiégerat-il pas les portes du dépôt de mendicité? Ne

préférera-t-il pas subir le régime austère qui est imposé au fainéant , plutôt que de périr de faim et de froid? Il se confondra lui-même avec le fainéant, pour obtenir la pitié, sous la forme de correction. On ne pourra le repousser sans barbarie ; ce serait le traiter plus durement dans son malheur, qu’on ne traite des individus méprisables. L'extension des dépôts de mendicité, alors, n’aura plus de limites; leur caractère sera dénaturé. Cependant, on croira avoir satisfait à tous les besoins; les autres branches de secours publics seront plus facilement négligées, et ainsi les dépôts de mendicité s’éloigneront d’autant plus de leur destination, qu’on attendra d’eux plus qu’ils ne doivent faire.

C’est seulement lorsque les secours à domicile, lorsque les asiles ouverts à la vieillesse et aux infirmités, lorsque les institutions de travail libre pour les indigens , ont reçu tout le développement exigé pour répondre, chacun dans leur sphère, aux besoins pour lesquels ils sont établis, que les dépôts de mendicité peuvent s’ouvrir avec fruit pour servir de refuge aux malheureux trop souvent dégradés, que les autres ordres d’établissemens ne peuvent recueillir. Ceci nous explique pourquoi l’institution des dépôts de mendicité est encore aujourd’hui celle qui reste la plus imparfaite, parmi les établissemensde bienfaisance de l’Europe. Par sa nature, elle ne vient qu’à la suite des autres : elle doit clore le système. Les bases sur lesquelles elle doit reposer sont elles-mêmes encore trop incomplètes, pour qu’elle puisse être solidement assise.

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