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LES INDIGENS

Il est facile de dire : Donnez du travail aux indigens ; mais rien n’est plus difficile que de leur donner un travail convenable.

^ Il faut d’abord trouver un genre d’emploi qui s’adapte à leur capacité individuelle ; il faut ensuite organiser les occupations, de la manière l i plus profitable ; il faut créer une entreprise industrielle, en assurer le succès, éviter qu’elle ne contrarie la marche générale et naturelle de 1 industrie 5 il laut consulter les circonstances du temps et du lieu.

ARTICLE PREMIER

Choix du travail d'après la capacité relative des

indigens.

« L’objet principal, dit Bentham, estd’adap- « ter le travail aux travailleurs » [i].

La plupart des indigens ne sont capables que d’une certaine espèce d’ouvrages , et la sphère en est fort circonscrite.

Voici d’abord les vieillards et les infirmes: leurs forces les abandonnent graduellement ; leurs organes s’affaiblissent; ils ne peuvent plus continuer leur ancienne profession ; ils ne sauraient commencer un nouvel apprentissage. Cependant, ils sont encorecn état d’exécuter quelques labeurs , et il importe de les y employer aussi longtemps qu’il sera possible. Cherchons pour eux une occupation sédentaire, facile. Encore ne sera-t-elle pas la même partout ; elle variera suivant la nature de leurs infirmités. L’un a tel ou tel membre paralysé, l’autre a la vue éteinte; celui-ci ne peut se mouvoir, celui-là est privé de l’usage d’un bras.

Voici, après eux, ceux qui sont atteints d’une

[i] Esquisse d’un ouvrage en faveur des pauvres. Liv. 2, chap. 4, sect. o.

maladresse devenue incurable, ou d’un défaut d’intelligence qui approche de l’idiotisme. En ' 0,ci d autres qui, pendant les années favorablés, ont négligé d’apprendre un métier, ou qui, ayant longtemps langui dans l’inaction, ont perdu toute dextérité. Ne leur demandons aucune opération qui suppose les combinaisons de 1 esprit , la dextérité de la main, les dons acquis par une pratique exercée. On pourra leur proposer des travaux pénibles ; mais on ne pourra en attendre que des ouvrages simples et grossiers. Ils pourront agir plutôt comme moteurs , que comme artisans. L’emploi auquel ils pourront être appelés, sans être plus relevé ni plus avantageux, sera fort différent sans doute de celui qui convient à la classe précédente. Ceux-là ne seraient pas capables des ouvrages qui exigent de la vigbeur; ceux-ci, des ouvrages qui demandent de l’habileté.

Or, la vigueur et l’habileté sont précisément les deux conditions qui constituent le mérite du travail de l’homme. Ces diverses classes d’indigens ne sont donc propres qu’au travail qui a le moins de mérite.

De là suivent trois conséquences :

1° Le genre d’ouvrages auquel seul les indigens sont propres, étant le plus facile en luimême, est celui dans lequel se présente la plus grande concurrence de travailleurs.

2° Dans ce genre d’ouvrages, les indigens rencontrent précisément pour concurrens ceux qui sont eux-mêmes le plus voisins de l’indigence.

3° On n’est pas moins embarrassé pour la quantité et la qualité du travail, que pour la nature de 1 ouvrage. Les indigens ne peuvent la plupart du temps, faire une besogne égale à celle des autres travailleurs ; la plupart sont lents et telle est précisément la cause de leur misère. Comment mesurer la tâche précise que chacun doit accomplir? Si l’on n’en fixe pas la mesure, chacun en fera le moins possible; on ne saura

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