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TRAVAIL DES INDIGENS

une assez grande proximité pour permettre ce genre d’alliances.

L’administration publique est favorablement placée pour préparer et établir un semblable concert, surtout lorsqu’elle est, elle-même, dirigée avec unité et harmonie. Elle peut compenser les sacrifices qui auraient lieu d’une part, avec les fruits qui seraient recueillis de l’autre.

Du travail des indigens, dans ses rapports avec les intérêts généraux de l’industrie.

Quel que soit l’ouvrage que vous mettiez entre les mains de l’indigent, vous entendrez des gens qui se récrieront sur la concurrence que vous allez opposer à ce qu’on appelle l’industrie indépendante. Les uns se plaindront parce que vous leur aurez donné des rivaux , et que vous aurez restreint le débit qu’ils espéraient pour eux-mêmes; d’autres répéteront aveuglément ces plaintes, et s’effraieront de l’abondance du travail, dans la crainte qu’elle n’excède les besoins de la consommation. On n’élevera jamais un seul atelier, on n’ouvrira jamais un seul magasin, qu’il n’y ait des personnes prêtes à en prendre ombrage.

Si l’on accordait à ces alarmes une confiance entière, et qu’on voulût à tout prix les calmer, il n’y aurait qu’un parti à prendre : il faudrait condamner les indigens à l’oisiveté.

Que dirait-on cependant, si ceux de ces infortunés qui ont le tort de végéter dans la fainéantise, venaient à se corriger d’eux-mêmes ; si ceux d’entre eux qui ont eu le malheur d’être privés d’une bonne éducation industrielle dans leur jeunesse, trouvaient à faire leur apprentissage; si les vieillards et les infirmes obtenaient, par la bienveillance de leurs amis, les moyens de s’occuper utilement? Leur reprocherait-on de se procurer ainsi des moyens de subsistance, en accroissant la masse du travail en activité?

Et que fait donc l’administration publique en occupant les indigens, si ce n’est de les conduire et de les aider à exécuter ce qu’il serait à désirer qu’ils accomplissent par eux-mêmes?

Si ce n’est pas là ce qu’elle fait, c’est du moins ce qu’elle doit faire.

Répétons-le : la concurrence, reconnue si utile pour stimuler l’activité de l’industrie, ces-

serait-elle d’être salutaire, alors que les indigens l’alimentent et cri profitent?

Sans doute cette concurrence a ses limites, pour la production d’un genre d’ouvrages déterminé, et en présence d’un nombre limité de consommateurs. Peut-être quelques familles sont tombées dans l’indigence, par cela même que leurs chefs se sont attachés à une branche de travail dans laquelle l’offre excédait la demande. Alors, loin de partager leur erreur, une administration éclairée s’attachera à la réparer. Elle n’appellera pas les indigens à créer un nouvel excédant de produits, pour un marché qui en serait déjà encombré outre mesure. Elle se garantira de cet écueil ; elle cherchera à employer les indigens, de manière à produire de préférence les ouvrages dont la consommation ou le débouché sont encore susceptibles de s’étendre. Mais elle ne s’inquiétera pas d’accroître la masse de la production générale, par l’emploi de bras qui fussent restés inactifs.

11 y a des gens qui sont obsédés par une crainte singulière : ils redoutent toujours de voir la société devenir, non trop pauvre, mais trop riche. Ils s’épouvantent de l’abondance. Il n’y a cependant à craindre, pour le bien-être social , que la maladresse et les faux calculs, dans la proportion respective entre la quantité des divers produits ; et ce sont précisément ceux qui ont commis ces erreurs, qui gémissent ensuite du résultat , sans en discerner la vraie cause. Il ne s’agit pas, pour prévenir ces inconvéniens, de frapper le sol de stérilité, et de condamner les bras à l’inaction. Produisez toujours; car la limite des consommations est indéterminée, tant qu’il y a de quoi les payer; et n’est-ce pas au moyen des produits qu’elles se paient? Mais renfermez-vous, pour chaque espèce de produits, dans les conditions données par les besoins qu’ils doivent satisfaire. D’autres besoins surgiront, s’étendront d’une manière indéfinie, et ofiriront un aliment à votre activité.

Les comices industriels, dont la formation a été proposée dans l’un des précédens chapitres [1], prêteront a la bienfaisance publique une précieuse assistance, pour la diriger dans le choix du genre de travaux auxquels elle pourra occuper les indigens, sans troubler le régime ordinaire et local de l’industrie.

Les produits du travail des indigens appartiennent ordinairement à la classe des objets

[i] Voy. ci-dessus ^ partie, liv. 3, ch. 3, art. 7, p. 147.

dont la consommation est la plus générale; ce sont donc à-la-fois ceux que le marché peut recevoir le plus abondamment , et ceux dont il est à désirer que le prix soit le plus modéré qu’il est possible. En supposant que la concurrence des indigens en réduise encore le prix, elle en étendra par là môme la consommation, et, par conséquent , le débit.

Les ouvrages qui exigent peu de forces , peu d’habileté , sont en quelque sorte le patrimoine naturel des indigens. N’auraient-ils pas eux-mêmes le droit de se plaindre de ce que des individus plus robustes, plus exercés, viennent leur disputer l’occupation qui est seule à leur portée? Ces derniers, du moins, ont une autre ressource; ils peuvent aspirer à confectionner des ouvrages d’un mérite supérieur , et ils y trouveront un avantage personnel.

Si l’on n’occupait pas les indigens, il ne faudrait pas moins les nourrir ; il en coûterait même davantage pour les faire subsister. La même somme , dépensée pour leur donner de l’ouvrage, sera ainsi employée en consommations. Eh quoi! ne serait-il pas possible que la société payât à un sujet utile, et comme le prix d’un service , ce qu’elle eût dû donner gratuitement à un fainéant ?

Toutes les fois qu’il y a dans les mains de la classe aisée des sommes disponibles pour elle, qu’elle peut employer à ses dépenses, une nouvelle production d’ouvrage peut se former pour employer ces sommes, sans réduire en rien l’activité de l’industrie existante. Car les besoins de l’homme sont inépuisables; il s’en crée, à défaut, de factices. Les sommes consacrées par la charité au soulagement des indigens eussent été employées par des personnes moins généreuses, à des dépenses personnelles qui eussent déterminé une quantité d’ouvrage correspondante. Consacrées à faire travailler les indigens, elles n’accroissent donc pas la masse générale de la production.

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