LIVRE I. GHAP. IV
Il y aurait réduction, au contraire, dans la demande d ouvrage , si les aumônes eussent été distribuées à des oisifs [1].
La bienfaisance publique crée d’ailleurs des consommations elle-même. Les établissemens qu’elle érige occupent au dehors une foule d’ouvriers pour la construction et l’entretien des édifices, pour les approvisionnemens de tous genres. En créant une masse nouvelle de travail, elle ne rompt donc pas, comme on le suppose, l’équilibre général de l’offre et de la demande.
On ne lui fera pas ce reproche, lorsqu’elle emploiera les indigens au service direct des établissemens dont ils dépendent. Que si l’administration, au lieu d’employer les pauvres à ce genre de service, recourt à des entreprises étrangères pour approvisionner les établissemens , et fait travailler les pauvres pour le public, l’effet est le même quant à l’équilibre général. Elle demandera d’une main le travail qu’elle offrira de l’autre.
Plus il régnera de variété dans le travail des pauvres, et moins on aura à redouter les effets de la concurrence pour les autres ouvriers, parce qu’il apportera, dans chaque branche de produits, un supplément moins sensible.
Rien ne préservera mieux l’administration publique de la méprise qu’elle pourrait commettre en occupant les malheureux à des ouvrages déjà trop abondans pour les besoins de la consommation; rien ne la secondera mieux dans le désir de mettre l’emploi des indigens en rapport avec ces besoins, que de recourir au mode qui vient d’être proposé il y a quelques instans : qu’elle loue le travail des pauvres à des entrepreneurs de toutes professions et de tous métiers : alors on obtiendra une grande variété dans les produits. On peut se reposer d’ailleurs sur l’intérêt des consommateurs, pour s’attacher au genre de produits auxquels le débouché peut suffire.
[1] Un exemple rendra cette vérité plus sensible. Supposons un canton dont les habitans ont ensemble, un million de revenu à dépenser annuellement. Supposons que dans ce canton 25,000 fr. soient nécessaires pour faire subsister les indigens. Si cette dernière somme leur est distribuée en aumônes, pendant qu’ils resteront oisifs, une somme de 975,000 fr. sera disponible pouracheter les produits consommés, et pour pro-
voquer le travail qui les confectionner Mais ,que les indigens deviennent aussi travailleurs ; qu’ils produisent pour 15 mille fr. d’ouvrages; il ne restera plus que 10 mille fr. à employer eu secours pour les soutenir; 990,000 fr. resteront disponibles pour les achats de produits; la consommation locale pourra donc s’accroître précisément dans le même rapport que les productions augmentées par le travail des indigens.