TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. IV
suivit la révolution de juillet 1830 eut condamné momentanément un grand nombre de bras à l’inaction. En général, les communes qui ont des revenus sufïisans réservent, en France, sur leurs budgets annuels, une somme destinée à être éventuellement employée aux ateliers de charité, si les circonstances les rendaient nécessaires. Les départemens adoptent aussi de semblables prévisions. La totalité de ces votes annuels s’élève à environ 000,000 francs, pour la France entière.
Les ateliers de travaux publics ont eu généralement pour objet des mouvemens de terrain, des opérations de terrassement, soit pour les routes , soit pour les promenades publiques , et autres ouvrages semblables. En 1850, les talus du Champ-de-Mars, à Paris, ont été tour-à-tour d’abord aplanis, puis rétablis, par cette méthode. Souvent on a éprouvé une assez grande peine à maintenir dans ces rassemblemens, l’ordre et la discipline; quelquefois, et notamment en 1830, on s’est vu contraint à employer la force pour ramener les travailleurs à l’obéissance. On les a vus prétendre dicter des lois, au lieu d’accepter un secours.
Le système des ateliers de travaux publics est adopté en Angleterre, dans un grand nombre de paroisses, pour occuper les indigensqui tombent à leur charge. La paroisse les emploie principalement sur les chemins; ils cassent, transportent et répandent les cailloux; ils réparent, nettoient la voie publique. Mais on se plaint de voir les ouvrages mal exécutés; la réunion des indigens pour accomplir un ouvrage en commun, entraîne de graves inconvéniens ; ils s’excitent à l’inconduite et au désordre; quelquefois les surveillans sont maltraités et chassés ; les voisins se plaignent de nombreux larcins commis par ces travailleurs; les indigens courent les forêts, les champs, dérobent le bois, les betteraves, etc.; occupés temporairement, ils ne s’inquiètent nullement de plaire ou de déplaire à celui qui les emploie [i]. Ce genre d’ateliers, dans les paroisses qui les adoptent, prend souvent une marche périodique, et par là se rapproche des travaux permanens. Cependant ces inconvéniens
[î] Voyez le rapport présenté au roi d’Angleterre, par les commissaires royaux, le 20 février 1834, pages 55 à 40; on y trouve cités un grand nombre d’exemples de ces désordres.
On ne trouve, dans le nouveau bill du 14 août 1834, aucune disposition sur cette matière.
l’ont fait abandonner dans le plus grand nombre des localités; d’autres motifs aussi font adopter, en Angleterre, des systèmes différons qui profitent directement à des intérêts privés.
Mac-Farland, peu favorable , comme on sait , au système des maisons de travail, reconnaît en principe qu’il est nécessaire de fournir aux frais du public, de l’ouvrage aux pauvres, dans les circonstances où ils manquent d’occupation. Mais il pense avec raison que les circonstances qui peuvent commander un semblable remède , sont extrêmement rares et purement passagères. Alors même, il n’approuve pas que les pauvres soient occupés aux travaux publics ; il pense que les paroisses et les villes feraient mieux alors d’acheter une provision de matières premières, pour les donnera fabriquer aux ouvriers qui manquent d’occupation , en ayant soin de ne pas leur payer un salaire égal à celui qu’ils recevaient précédemment de leurs maîtres. Il recommande que ces ouvrages soient payés à la pièce. Il ne se dissimule pas que le public en éprouverait quelques pertes, serait exposé à quelques risques; mais, il estime qu’il vaut mieux subir ces inconvéniens, que de laisser mourir de faim un grand nombre de malheureux, ou de les mettre à la charge des charités publiques [2].
Mandeville , dans sa fable des Abeilles , veut qu’on ouvre des travaux utiles pour occuper les indigens; il y a, dit-il, en Angleterre, une masse de travaux de ce genre à exécuter, qui pourraient occuper plus ce cent mille individus, tels que rivières à rendre navigables, canaux à creuser, marais à dessécher, terres à défricher, etc. Le célèbre Howard a vivement recommandé l’établissement d’ateliers publics , à l’exemple de ceux qu’il avait vus en Allemagne. John Masson Good pense qu’ils sont utiles dans les grandes cités manufacturières , où les ouvriers sont exposés à souffrir quelquefois des vicissitudes de l’industrie [3]. Ils sont employés avec succès aux États-Unis, pour la confection des grandes routes.
O11 s’étonne de voir l’Espagne, vers le milieu du siècle dernier, destiner les indigens valides au service delà marine et de l’armée denier [4] ;
[2] Recherches sur les pauvres. Recherche 3, chapitre 5.
[3] Dissertation sur les moyens d employer les pauvres, Section 1.
[4] Ordonnances de 1745, 1752, 1759, 1766, 1/68, 1769, 1775, citées par don Juan Sempéré dans la bibliothèque