‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 184 sur 450 · EXEMPLES D’ATELIERS TEMPORAIRES · texte numérisé non relu

EXEMPLES D’ATELIERS TEMPORAIRES

comme si de tels élémens pouvaient constituer une bonne force militaire. On essaya de les employer aussi aux travaux publics, et l’on n’obtint guère plus de succès.

Continuation. Quelques exemples particulièrement remarquables.

Il est peu d’exemples d’ateliers de charité ouverts dans des circonstances plus opportunes que ceux qui furent créés à Rome par l’administration française , pendant l’hiver de 1810 à 1811. Il en est peu qui aient produit des effets plus bienfaisans, et des œuvres plus mémorables. Les cbangemens politiques , la guerre extérieure, le manque de récoltes , se réunissaient à-la-fois pour plonger la capitale du monde chrétien dans un abîme de misères, et pour la priver de scs ressources accoutumées. La détresse affectait spécialement cette multitude de personnes qui , dans cette illustre cité , sont occupées par les beaux-arts. L’administration conçut la pensée de ranimer la Rome moderne, en ressuscitant la Rome antique. On vit des cortèges de travailleurs se réunir au Forum, au Colisée, acteurs et témoins tout ensemble de cette restauration imposante. On vit les temples de Vesta , de la Fortune virile, de Jupiter- Stator, sortir de leurs tombeaux; la voie Sacrée reparaître au grand jour, telle que la foulèrent aux pieds les triomphateurs. 30,000 personnes trouvèrent dans ces travaux une ressource honorable, une distraction utile; quatre ou cinq millions y furent destinés ; d’une souffrance passagère naquirent des fruits durables; la cité éternelle , en consolant ses infortunes , revêtit une nouvelle gloire. Il est juste et nécessaire de dire qu’une si vaste opération, dans des temps si difficiles, s’accomplit avec l’ordre le plus parfait, au milieu de la satisfaction générale [î ] .

Léon xii a rendu une nouvelle activité a ces travaux qui étaient restés interrompus. Les indigens occupés y recevaient 20 baïoques par jour et le pain en sus; aux jours solennels, la ration était double; on y joignait du pain et de la toile. Pie viii a successivement accru la somme destinée à cet effet. Aujourd’hui le trésor pontifical y emploie 33,293 écus romains par an . On n’admet aux ateliers que les hommes pourvus d’un billet du député préfet régionnaire pour les secours publics. La direction des travaux se concerte ainsi avec celle des secours. 000 indigens sont habituellement occupés dans ces ateliers; 00 d’entre eux sont employés, par les entrepreneurs à la fabrique de fer de Tivoli; quelques autres à la reconstruction de la basilique d’Ostic, mais le plus grand nombre aux fouilles qui s’exécutent dans Rome même. Les surveillons et les employés inférieurs sont pris parmi les travailleurs eux-mêmes [2].

Plusieurs circonstances se réunissent pour donner aussi le plus haut degré d’intérêt au système d’ateliers temporaires adopté dans la ville de Lyon, à une époque récente. La population de celte ville est essentiellement composée d’ouvriers. La spécialité de son industrie, les vicissitudes auxquelles elle est sujette, la fabrique de soie a, par son organisation toute particulière et très-peu connue, par l’extrême division et par la responsabilité qui y sont introduites, le privilège de plier, sans succomber, sous les plus grands orages ; mais elle éprouve aussi l’inconvénient de voir ses ateliers soumis à des phases périodiques de gêne, qui succèdent ordinairement à quatre ou cinq années de prospérité.

Mais cette cité possède aussi une noble prérogative; il en est peu où la bienfaisance exerce un. empire aussi étendu, où elle se montre aussi active, aussi ingénieuse.

Elle s’est relevée plus florissante que jamais après les désastres qui, en 1793, l’avaient frappée d’une ruine complète. Les crises commerciales et industrielles qui, depuis le commencement

espagnole. Économies politiques, t. 1 , chap. 18 cl 19.

[t] Voyez les Etudes statistiques sur Rome, parle comte Camille de Tournon. Livre îv, chap. 10. Chaque travailleur recevait une soupe économique, un pain et 10 cent.

L’auteur du présent ouvrage qui avait conçu et commencé cette opération, secondé par le comte de Tournon, fut appelé à en rendre compte à l’empereur Napo-

léon, dans un conseil d’administration tenu à Trianon, en

181 1. Napoléon se fit mettre les plans sous les yeux, et lui demanda quelle somme il estimait que le trésor dût fournir pour les achever : 2 ou 3 millions au moins. INapoléon répondit : J'en donne cinq.

[2] Degl' Institut i di pubblica car ità in Roma, par Mgr. Morichini,3e part., chap. 2.

Cet eslimableadministrateur propose plusieurs améliorations désirables pour le régime de ces ateliers, et une utile extension pour le système des travaux.

de ce siècle, se sont plusieurs fois fait sentir en Europe, ont réagi sur elle, et ont plusieurs fois amené une suspension de travail pour une partie considérable de ses ateliers. La générosité de ses citoyens, secondant les vœux et les mesures de l’administration publique, est parvenue à calmer des maux dont la gravité était effrayante. Il suffira de rappeler brièvement ici ce qui a été opéré pendant la dernière crise, celle de 1857.

Plus de 5000 ouvriers en soie ont vu chômer leur métier par la réduction des commandes.

Une commission de prévoyance . instituée suivant l’usage s’est d’abord appliquée à connaître les besoins qu’elle était chargée de soulager; elle a ouvert un bureau permanent d’inscription, où près de 5500 hommes sont venus demander du travail.

Trois principaux ateliers ont été immédiatement ouverts : un sur la route de la vallée d’Azergue, pour les ouvriers qui pouvaient s’éloigner de la ville; le second, aux portes même de la ville, pour les pères de nombreux enfans , et les fils de veuve , soutiens de famille ; le troisième, au chemin de l’Observance, pour les hommes mariés et les ouvriers d’origine lyonnaise : 1000 terrassiers pouvaient y être occupés. Les travaux exécutés par le génie militaire, par les ponts-et-chaussées , par l’administration municipale, ont offert, dans des ateliers déjà organisés, de Remploi pour un grand nombre de bras [i]. 1500 à 1000 individus ont été journellement employés par l’ensemble de ces opérations; on a eu le bon esprit de traiter avec des entrepreneurs, moyennant une prime ou subvention calculée d’une part , d’après le plus ou moins d’aptitude des ouvriers, de l'autre, d’après les prix plus ou moins avantageux des marchés, c’est-à dire en raison de la journée du travail, ou du montant du toisé. Cette seconde base a été justement préférée partout où elle' s’est trouvée admissible, « parce qu’elle offrait les u avantages des travaux à la tâche : c'est-à-dire « l’économie, la facilité de la surveillance etdu u contrôle , l’équité d’une stipulation où le prix « se règle par un mesurage exprimant le travail u effectif. »

Les journées de vieillards, d’orphelins, ont été plus coûteuses, parce qu’ils ne pouvaient fournir qu’une faible somme de travail ; mais

[î] La commission municipale a été secondée par les ingénieurs civils et militaires avec le zèle le plus empressé.

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