‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 186 sur 450 · ATELIERS DE CHARITÉ COMME SECOURS PUBLICS · texte numérisé non relu

ATELIERS DE CHARITÉ COMME SECOURS PUBLICS

u Enfin, elle a prouvé qu’une telle operation peut s’accomplir, sans que les travaux créés pour la circonstance, portent ni préjudice, ni entrave à la marche naturelle de l’industrie et du commerce [i] .

Des ateliers de charité , dans leur rapport avec les secours publics.

Pour bien apprécier le mérite et les inconvéniens des ateliers de charité, deux choses sont à considérer : la nature des travaux et les circon-< stances dans lesquelles on y recourt.

Les travaux publics offrent, au premier coupd’œil, de nombreux avantages, pour un système de secours qui a pour but de fournir de l’occupation aux indigens. Les opérations qu’ils demandent sont très-simples, du moins pour la plus grande partie. Le bras de l’homme n’y est presque employé que comme un moteur; la pelle, le marteau, la brouette, sont les seuls instrumens qu’ils exigent; on n’a pas besoin d’apprentissage pour remuer la terre, casser les cailloux et transporter des fardeaux.

De plus, il est toujours possible d’ouvrir des ateliers de ce genre, avec une destination utile, et l’on n’a point à craindre, en les ouvrant, de créer une concurrence fâcheuse pour l’industrie existante.

Mais ces opérations demandent des bras robustes, et cette condition seule en restreint singulièrement les avantages. Les femmes, les vieillards, les infirmes, les enfans n’y sont guère propres. La plupart des indigens sont débiles; ils ne sont point accoutumés à affronter les intempéries des saisons et les grandes fatigues.

Dans les momens de détresse, les êtres faibles ont ordinairement le plus à souffrir ; les forts sont toujours les derniers à rester sans emploi.

D’un autre côté, dans ce genre d’occupation, les capacités acquises ne sont plus d’aucun usage. L’indigent qui exerçait une profession sédentaire, est obligé de laisser ses outils, d’abandonner son métier; il n’acquerra rien dans cette nouvelle carrière, il ne fera qu’y passer. Ces travaux ne peuvent être continués dans toutes

0] Voyez l’intéressant Rapport présenté le 10 mars mil huit cent trente-huit, à la commission de prévoyance et de travail, de Lyon , par M. Montmarlin,

les saisons; ils se trouvent interrompus précisément pendant la saison où les nécessités de la vie sont plus pressantes, et où les autres ouvrages perdent aussi de leur activité. On ne se livre jamais avec ardeur à des occupations qui ne sont que temporaires; la besogne est mal exécutée ; on n’y apporte aucun soin ; on en fait le moins possible. Enfin, une sorte d’humiliation s’attache à cette coopération qui signale l’indigent aux regards de la foule, qui semble presque l’assimiler au forçat, qui le met en présence des curieux et des oisifs.

A ces inconvéniens se joignent des dangers réels pour les mœurs des pauvres, lorsque travaillant en commun, ils peuvent se transmettre incessamment les mécontentemens qu’ils éprouvent, les mauvaises dispositions dont quelquesuns d’entre eux sont prévenus. Le danger s’aggrave à mesure que le rassemblement devient plus nombreux , que la surveillance devient plus difficile.

Heureusement, les circonstances dans les = quelles il peut être nécessaire de recourir à une semblable mesure , doivent être fort rares, et leur durée ne saurait se prolonger longtemps. Dans le cours ordinaire des choses, l’occasion de travail ne peut réellement manquer à l’homme valide doué de bonne volonté; il peut seulement souffrir de l’insuffisance des salaires, s’il est chargé d’une famille nombreuse. Il ne faut pas se bâter de l’enlever aux professions ordinaires, de le détourner des voies naturelles pour trouver de l’emploi.

Lorsque, par un concours de circonstances extraordinaires, la consommation vient à se réduire, la circulation à s’arrêter, les débouchés à se restreindre, lorsque l’administration publique ne peut se flatter d’obtenir, de l’industrie elle-même, un remède assez prompt à cette suspension dans les travaux, elle doit sans doute à tout prix y suppléer par ses propres efforts. Les services publics lui en offrent les moyens; car, l’état et les établissemens publics sont de grands consommateurs ; leurs consommations sont d’autant plus considérables, que la civilisation est plus avancée , et que la société est dans une situation plus prospère.

Les travaux publics s’offriront alors, au nombre des moyens qui peuvent servir à occuper

l’un de ses membres, imprimé à Lyon, en 1838. — Nous lui avons emprunté, presque textuellement, plusieurs passages.

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