‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 187 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE 1. CHAP. IV · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE 1. CHAP. IV

les bras qui restent inactifs ; mais, ils ne seront pas le seul emploi que l’état puisse et doive créer. Des approvisionnemens de tout genre peuvent être confectionnés d’avance, pour les différons services administratifs. Ils offriront l’avantage d occuper non plus seulement les gens robustes, mais aussi les ouvriers moins vigoureux. On ne sera plus réduit aux mouvemens de terre et aux transports ; on pourra offrir aux pauvres, des occupations analogues aux professions qu’ils exerçaient. Combien d’approvisionnemens divers ne peuvent pas être préparés , en effet, pour les arsenaux de terre et de mer, pour les magasins de l’état, pour l’habillement et le casernement des troupes, pour les constructions navales, pour l’ameublement, le linge des hôpitaux civils et militaires! Il ne s’agirait que d’anticiper sur l’époque à laquelle ces objets devront être consommés. Leur confeclionnement occuperait les ouvriers qui travaillent sur le bois et les métaux , des tisserands, des cordiers, etc.; les femmes et les vieillards y concourraient par la filature, la couture, le tricotage, etc. Que les travaux publics destinés aux ateliers de charité, soient eux-mêmes aussi variés, aussi disséminés qu’il se pourra : qu’on ne se borne pas à ouvrir et à réparer des routes ; qu’on opère ici des dessèchemens ; que l’on creuse là des canaux; qu’on élève des digues sur un point; qu’on établisse des plantations , des irrigations, des clôtures, sur d’autres; qu’on prépare des approvisionnemens en linge, en effets de chaussure et d’habillement pour les hôpitaux, les hospices, les maisons de secours qui, généralement, en sont beaucoup trop dépourvus.

On objectera la dépense : mais n’en coùlerait-il pas bien plus encore, quelque moyen que l’on adopte, pour assurer l’existence de ces malheureux? Dans ce système, on ne fera qu’emprunter à des années plus heureuses; ou plutôt on accélérera seulement l’époque à laquelle ces approvisionnemens auraient toujours été réalisés, et on aura l’avantage d’obtenir une économie sur la main-d’œuvre.

De l’emploi des indi gens aux travaux agricoles.

Lorsque l’on considère combien d’améliorations invoque l’industrie agricole, en quelques pays, et notamment dans notre France , on est

Irappé de la pensée qu’elles offriraient naturellement un vaste champ pour occuper les indi— gens valides. Combien de terres pourraient être assainies ; d’assolemens , introduits; d’arbres, plantés; de prairies, arrosées; de clôture établies ; de terrainsen friche, fertilisés! En même temps que de précieuses ressources seraient ainsi offertes aux indigens ! Les propriétaires, le pays entier en recueilleraient de nouvelles et abondantes richesses.

II n est pas au pouvoir de l’administration publique de créer directement et par ses propres efforts, des ateliers semblables; celte création dépend essentiellement des proprétaires ; elle suppose en eux la bonne volonté, les lumières nécessaires ; elle suppose aussi qu’ils possèdent ou puissent se procurer des capitaux suffisais. L administration peut cependant concourir d’une manière indirecte, mais efficace, en éclairant, encourageant l’industrie agricole; il lui appartient de donner de bons exemples. Pourquoi n’établirait-ellepas, surlesdifférens points, des fermes modèles , où des essais seraient exécutés, où les exploitations seraient dirigées d’après les meilleures pratiques ?

Les travaux de la campagne offrent une occasion naturelle d’occuper les indigens robustes, qui résident sur les lieux; ceux-là du moins sont connus; on sait de quoi ils sont capables et quelle conliance leur est due. Mais, quoiqu’il soit souvent désirable de soulager les villes, du poids des indigens valides qu’elles renferment, et de transporter ces hommes inactifs au sein des campagnes, il n’est pas facile d’opérer cette translation , surtout quand il ne s’agit que de leur trouver un emploi temporaire. Les uns ont une famille dont ils ne peuvent se séparer, ou qu’ils ne peuvent emmener avec eux; d’autres sont dans l’attente d’un emploi qui vienne leur rendre, dans les villes mêmes, leur activité accoutumée ; la plupart n’ont point reçu l’éducation de la chaumière, ne sont point exercés aux labeurs champêtres, accoutumés à braver l’intempérie des saisons, à supporter de grandes fatigues. Ils redoutent de changer leurs habitudes; ils sont ordinairement mal accueillis.

Parmi les indigens du village, on trouve rarement des hommes assez robustes, pour être d’une grande utilité dans les exploitations rurales. Si des sujets vigoureux restent sans emploi, c’est presque toujours parce que ce sont des ivrognes, des paresseux, des mauvais sujets. Les indigens du village appartiennent précisé-

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