‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 189 sur 450 · LIVRE I. C1IAP. iv · texte numérisé non relu

LIVRE I. C1IAP. iv

culièremcnl dans le canton de Berne, offrait aussi quelques exemples de concessions de ce genre, dont les résultats ont été favorables. Mais c’est surtout dans les États-Unis, qu’un semblable mode de secours était naturellement indiqué et pouvait facilement s’accomplir. On voit , par le rapport fait en 1851 à l’état de New- York, par les inspecteurs des indigens, que 5221 acres de terre étaient, dans cet état, affectés au travail des pauvres. On y a, par ce moyen, créé un nouveau système de dépôts de mendicité, des dépôts agricoles; on a fait ainsi disparaître, dans vingt-neuf comtés , la différence entre le pauvre de la ville et le pauvre de la campagne. On estime que ce système procure une économie de moitié au moins sur le montant des secours [i]. Dans l’état de Massachussetts, sur quarante-trois maisons de travail, il en est vingt-six dont les habitanssont presque exclusivement occupés à la culture.

La loi dulüjuin 1795, en autorisant en France le partage des biens communaux, et l’opération qui s’en est suivie presque généralement, a élevé en un seul jour au rang de propriétaires toutes les familles pauvres des campagnes ; mais elle a privé les communes des moyens de pouvoir continuer et renouveler le bienfait d’une distribution de terres, aux indigens, par de simples concessions temporaires. Il reste encore, il est vrai, à leur disposition environ 5,525,000 hectares de terres vaines et vagues, ou de pâturages communs [2] : mais les communes résistent fortement à toute mesure qui en changerait le mode de jouissance; il en est quelques-unes seulement qui concèdent, par petites portions, les terrains communaux, par un bail emphytéotique et moyennant un faible cens. Les concessions ne sont pas réservées spécialement aux indigens; mais les indigens peuvent en profiter, lorsqu’ils réunissent d’ailleurs les moyens d’exploitation [3].

[1] Voyez le compte-rendu, rapporté par M. Huerne de Pommeuse. Des colonies agricoles, 1852 , page

[2] Chaptal. De l’industrie française, 1819.

[3] Nous n’en citerons ici qu’un seul exemple; il suffira, et de tous il est certainement le plus remarquable : la commune du val d’Ajol, dans le département de la Haute-Saône , celle des communes rurales de France dont le territoire le plus étendu, possède sur un plateau des Vosges, des communaux très-vastes et les concède par petits lots , moyennant des baux emphytéotiques.

Un certain nombre de familles pauvres ont, à l’aide de ces contrats, mis en exploitation ce sol jusqu'alors inculte; elles ont construit de petites cabanes, planté de petits vergers et y nourrissent quelques troupeaux. Des secours privés, inspirés par une charité éclairée, les ont quelquefois munies des ressources qui leur manquaient pour ces constructions et pour les autres avances nécessaires à l’exploitation. Nous pourrions raconter d’intéressans détails sur quelques bienfaits semblables, si le respect dû aux secrets de l’amitié ne nous imposait le silence.

Page 1