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DE LA COLONISATION DES INDIGENS

ARTICLE PREMIER

Considérations générales . — Les indigens envisagés comme colons.

Ici se présente aux amis de l’humanité un sujet nouveau, d’un grand intérêt, et déjà fort controversé. Pour l’étudier avec fruit, il faut déterminer avant tout l’état de la question, et pour cela, il convient de la restreindre.

11 y a , en effet, deux questions qu’il importe de ne pas confondre : l’une concerne l’influence indirecte que la colonisation , prise en général , peut exercer sur la situation des classes pauvres; l’autre a pour objet de considérer la colonisation comme un moyen direct d’améliorer la condition des indigens, en les transportant sur un autre territoire.

Il est un premier ordre de réflexions préliminaires, qui s’applique à toutes ces combinaisons, qui peut toutes les éclairer. Il a pour but d’examiner jusqu’à quel point les indigens sont propres à devenir des colons , soit dans leur propre intérêt, soit dans l’intérêt de la colonie qu’ils sont appelés à former. Ce point n’a pas encore été , peut-être , assez approfondi , et il jette sur les questions relatives à la colonisation , une lumière inattendue.

On voit des écrivains philanthropes admettre en fait , que deux millions d’indigens et plus de cent mille enfans trouvés peuvent être en France, destinés à cette nouvelle existence, et asseoir leurs plans de colonisation, sur une telle base. Il manque à ce calcul une première donnée; mais avant de transplanter cette nation d’indigens, il est bon de la passer en revue.

En tête, se présentera d’abord une masse d’invalides, qui ne peuvent être déplacés : des vieillards, des infirmes, des incurables, qu’attend une fin prochaine , qui n’aspirent plus qu au repos. Est-ce avec de tels élémens, que vous fonderez une colonie ? Les sépareriez-vous de leurs

familles, de leurs amis , et leur enlcveriez-vous ainsi lesconsolations, lesappuis les plus naturels et les plus salutaires dans leur infortune? Qu’en ferez-vous dans la nouvelle patrie que vous leur réservez ? Ne lui seront-ils pas bien plus à charge encore , qu’ils ne le sont au pays que vous voulez leur faire abandonner?

A leur suite vient une armée non moinsnombreuse , de demi-invalides, privés seulement d’une partie de leurs forces ou de leurs facultés, qui ne sont capables que d’un travail très-imparfait ou incomplet. Ils ne se séparent des premiers que par des nuances. Leurs infirmités ne leur permettent guère de faire partie de votre expédition ; ils n’y apporteront que des besoins; le peu de travail dont ils sont encore capables, n’est pas du genre de celui que demande une colonie ; ils ne trouvent l’occasion de s’occuper , qu’autant qu’ils sont disséminésdans une société où ils peuvent être employés comme auxiliaires à quelques services spéciaux ; en les déplaçant , vous leur enleverez le reste des ressources qu’ils possèdent , sans trouver en eux des instrumens profitables.

Voici des indigens valides; quels sont-ils? sont-ce de vrais indigens? ils sont situés; ils ont une profession ; mais leur famille est trop nombreuse, pour que leurs salaires suffisent à l’entretien de tout le ménage. Vous n’entendez pas les séparer de leurs épouses et de leurs enfans; car alors , vous enlèveriez à ceux-ci l’appui qui leur est nécessaire. Vous transplantez donc la famille entière. Trouverez-vous, dans la colonie, pour le père et pour la mère, un état plus lucratif que celui auquel ils vont renoncer? Est-il avantageux pour eux de changer d’état et d apprendre un métier nouveau ? Les besoins de leurs enfans seront-ils moins étendus et moins pressans? Leurs enfans trouveront-ils des perspectives plus nombreuses cl plus favorables pour leur avenir, plus de moyens d’instruction pour s’en rendre capables ?

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