ORIGINE DES COLONIES AGRICOLES
des pauvres était plutôt l’accessoire et la suite, que le terme direct et principal de la création. Ces colonies, libres par leur condition fondamentale, mixtes par leurs élémens, ont souvent réussi à l’aide meme de ce mélange.
Les colonies agricoles fondées par les ordres monastiques se présentent en première ligne. Dans l’histoire de notre moderne Europe, on sait quels services ces cénobites rendirent à l’agriculture, dans les premiers siècles du christianisme; on se rappelle que le défrichement d’une partie des contrées de l’Europe fut leur ouvrage ; ils réparèreut en divers lieux les ravages causés par les invasions des barbares.
Dans des temps plus voisins de nous, quelques-uns de ces ordres, fidèles à l’esprit de leur institution primitive, ont encore dirigé vers les exploitations agricoles, le travail dont leur règle fait un devoir à ses membres. Les chartreux et les trapistes en ont surtout donné l’exemple. Contraints de quitter la France, à l’époque de la destruction de ces institutions, les trapistes transportèrent leur industrie dans les Pays-Ras, en Angleterre, en Suisse; nous les avons vus revenir en France, et y rétablir de nouveau, en 1826, dans l’ancienne abbaye de la Meilleraie, les entreprises rurales qu’ils y avaient formées dès le xiie siècle. Une congrégation venue de la Belgique, exploite depuis quelques années des fermes assez étendues, dans le département du Pas-de-Calais. On s’accorde généralement à reconnaître que ces religieux ont non-seulement mis en valeur le sol sur lequel ils se sont placés, mais offert le modèle de travaux bien conduits et bien exécutés. Ils réunissent, en effet, pour obtenir un tel succès les conditions les plus favorables : le travail est pour eux consacré par des motifs d’un ordre supérieur; ils vivent en commun, sous une discipline austère, avec une extrême sobriété, avec une rare économie; la plupart d’entre eux sont dans la force de l’âge ; rien ne vient les distraire; un ensemble parfait règne dans leurs opérations. Les résultats auxquels ils parviennent sont la conséquence de l’institution même à laquelle ils sont soumis, et ne pourraient être compromis que dans le cas où cette institution viendrait à s’altérer.
Leur exemple a contribué peut-être à faire naître les colonies agricoles et locales, qui ont été fondées sur divers points, par des dissidens de quelques sectes religieuses, et spécialement celles des frères Moraves dont nous avons eu déjà occasion de nous occuper. 11 n’a pas été sans
influence sur la création des sociétés coopératives, appliquées à l’agriculture, qui se sont formées en quelques comtés de l’Angleterre. On conçoit très-bien comment un haut degré de ferveur religieuse, peut se complaire dans la vie simple et paisible des champs, dans les travaux qui s’unissent à la contemplation de la nature; comment il prêle au cultivateur des forces toutes nouvelles; comment, ouvertes sous de tels auspices, les colonies agricoles servent de refuge aux êtres que des malheurs, quelquefois des regrets, dégoûtent du séjour des villes et de la vie du monde.
Une seconde espèce de colonies agricoles a été fondée sur un principe tout différent : ce sont les colonies militaires, et celles-ci sont de deux sortes : les unes contiennent, forment des milices disponibles pour les besoins de l’armée; les autres servent de retraites aux vétérans. Parmi les premières, on a cité les colonies militaires de la Suède, instituées par Charles xi, et qui semblent reproduire un retlet du régime des Francs, sous les deux premières races de nos rois; espèces de fiefs attribués par l’état à la condition d’un service actif sous les drapeaux, lorsque la défense du pays le requiert ; on a rappelé que ces colonies avaient fourni des soldats à Charles xii, et, dans les derniers temps, les travailleurs qui ont créé le grand canal de Gotha. On a cité les colonies de cosaques formées par la Russie, et les succès qu’elles ont obtenus; celles que l’empereur Alexandre a érigées pour la cavalerie, entre les rives du Don et du Bug, et qui, conçues dans le même esprit que celles de la Suède , ont eu , comme celle-ci, des résultats satisfaisans. On n’a pas décerné les mêmes louanges aux colonies militaires d’inlanteric , que le même empereur avait essayé de créer sur une si vaste échelle : elles ont causé à cet empire de graves périls ; mais on en a accusé l’exagération du système, le vice des bases sur lesquelles le plan reposait. Les colonies de vétérans peuvent invoquer l’autorité de Marie- Thérèse, qui les fonda en Autriche; celle de Napoléon, qui les projeta dans les départemens réunis a l’empire; elles offrent aux anciens soldats une retraite honorable, utile, sans les exposer aux inconvéniens des hôtels d’invalides.
Une troisième espèce de colonies a été conçue dans le dessein de peupler des contrées qui restaient incultes, faute d’habitans. L’une des créations les plus remarquables de ce genre est celle que conçut et qu’exécuta, en Espagne, sous le
règne et avec l’autorité (le Charles ni, l’infortuné Olavidé, et qui ne put le préserver des poursuites de l’inquisition. Les deux colonies de la Sierra Morena s’étendent sur une largeur de près de 10 lieues; elles comptent 58 villages et plusieurs métairies séparées; elles ont converti un vaste désert en plantations de vignes, mûriers, oliviers. En Prusse, Frédéric-Guillaume répara les ravages de la peste, qui avaient dévasté une province, en y établissant des colons de la Suisse, de la Souabe, des Palatinats. Frédéric-le-Grand repeupla de même les forêts de la Haute-Silésie, encouragea les seigneurs de cette province à suivre son exemple et réussit ainsi à former plus de 250 petits villages. 11 y employa, de 1782 à 1785, près de neuf millions d’écus de Prusse. En Russie, Catherine ii conçut un vaste plan de colonisation, pour peupler les nombreux déserts que renfermait son vaste empire; elle érigea un ministère spécial pour en diriger les opérations ; elle distribua d’abondans encouragemens. Ses successeurs , en étendant leurs domaines, ont continué l’exécution de ce plan. Des terrains sont cédés aux colons, des avances leur sont faites pour la construction de leurs habitations, l’achat du bétail , les instrumens et matériaux; dix ans leur sont accordés pour rembourser ces avances. On leur paie les frais de transport et de nourriture, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à leur destination. Ainsi se sont formées les colonies de Saratofif, sur les rives du Volga, celles du gouvernement de Saint-Pétersbourg, celles de la Crimée, du gouvernement de Kherson, de la Tauride, celles du voisinage du Danube. Elles se composent essentiellement d’agriculteurs ; cependant elles comptent aussi un grand nombre d’artisans de tout genre. Ces colons ont presque tous été attirés de contrées étrangères à la Russie; la presque totalité appartient à l’Allemagne, à la Suisse. Des capitaux considérables ont dû être employés par l’état, pour fonder ces établissemens. Leur succès fut généralement complet partout où l’on rencontra un sol fertile; mais on a été plus d’une fois obligé de transférer les colons sur d’autres lieux, parce que le territoire sur lequel on les avait d’abord placés, s’est trouvé ingrat; quelquefois aussi, il a fallu renoncer à la culture du sol, se borner à entretenir des pâturages.
Lorsque les Maures furent définitivement ex-
[î] Loi qui autorise l’exécution du Canal des Landes. On est satisfait de voirau nombredesadministraleurs de