COLONIES AGRICOLES DE LA SUISSE ET DE L’ALLEMAGNE
ces ouverts pour recueillir des infirmes ou des vieillards, ces colonies ne pouvaient admettre que des hommes actifs, valides, industrieux; et c’était en partie à cette condition qu’elles devaient leur succès : composées de pauvres, elles fussent bientôt dévenues leur tombeau, et les exemples n’ent ont été que trop nombreux.
Des colonies agricoles nouvellement instituées , comme établissemens de secours publics.
Colonies de la Suisse et de l’Allemagne.
L’exemple le plus remarquable peut-être de la création d’une colonie agricole, comme établissement de secours, est celui dont la vallée de la Linth, en Suisse a offert le spectacle, il y a environ 20 ans. Les inondations croissantes de la Linth menaçaient le canton de Claris, d’une dévastation totale; Escher, de Zurich, en contenant les torrens qui se précipitaient du haut des montagnes, en dirigeant les eaux sur les lacs de Wallenstadt et de Zurich, en desséchant aussi la vallée, fit cesser le péril et convertit des marécages étendus en terres fertiles. Une bienfaisance éclairée a fait servir ce grand et bel ouvrage au soulagement de cruelles infortunes. Précisément, à la même époque, le canton de Claris gémissait sous le poids d’une révolution industrielle qui, en suspendant l’activité des filatures de coton, avait exposé des milliers de familles à toutes les horreurs de la faim [i]. La société évangélique formée à l’éloquent appel des frères Kecr, conçut l’heureuse idée d’opposer à-la-fois un commun remède à un double fléau. Elle donna à Escher, pour travailleurs, les ouvriers restés sans emploi. Les opérations se divisèrent en deux branches : les travaux extérieurs occupaient les pauvres les [dus valides; ils consistaient dans les mouvemens de terre, les terrassemens, la culture; les travaux intérieurs occupaient les femmes et les enfans; ils consistaient dans les soins domestiques, la fabrication
[î] L’homme le plus robuste gagnait à peine 30 kreutzers de Suisse par semaine.
[2] Voyez Escher, Rapport sur le dessèchement de la vallée de la Linth , et l’ouvrage de M. de Fellenberg,
du linge, des vêtemens, et dans les autres ouvrages moins pénibles. On remarqua avec surprise, que des ouvriers d’un âge mûr, jusqu’alors occupés à des ouvrages sédentaires, devinrent d’assez bons travailleurs, en se livrant à des labeurs inaccoutumés. La société évangélique s’était assuré de 83 mille toises carrées de terrains, dont 27 mille étaient occupées par le lit même de la Linth, ou par des bans de sable. Dès la première année, 8 mille furent rendues propres à la culture et 3 mille déjà pleinement cultivées ; on y récolta des pommes de terre, du maïs, des légumes; 30 têtes de bétail y furent nourries. L’année suivante, 13 mille toises furent encore conquises sur le torrent dévastateur; 10 mille, défrichées; 19 mille donnèrent des produits, et la récolte des pommes de terre rapporta 12 pour o/o. En 4 années, l’œuvre fut achevée, et les familles désolées se trouvèrent en possession d’un sol fécondé et d’un sort assuré. Il fallut triompher d’obstacles innombrables ; l’activité, la persévérance et l’habileté en triomphèrent. Escher, le héros de celle belle conquête, en a été aussi le digne historien; la diète nationale lui a élevé un mausolée. La reconnaissance publique lui a décerné le litre (Y Escher de la Linth . Honneur à sa mémoire, et que son nom occupe un digne rang parmi ceux des bienfaiteurs de l’humanité [2].
M. de Fellenberg a lui-même contribué à peupler la colonie de la Linth, par des élèves sortis de son établissement. Il a défriché, à Maykirch, l’un des penchans du Jura, en y établissant une colonie de jeunes adolescens sous la conduite d’un maître d’école formé auprès de lui [3]. M. de Voght, en se reposant à Flottbek, sur les bords de l’Elbe, de ses longs et utiles travaux, y a créé une ferme-modèle destinée à mettre en pratique les méthodes agricoles les plus parfaites; 30 familles y sont entretenues; il a fait don à ses colons d’une maison, d’un jardin, d’un champ; il leur a fait un présent plus précieux encore, par les instructions, les exemples, les encouragernens dont ils lui sont redevables.
Non loin de là, à Fredericksgabe, dans le Holstein, un concours de souscripteurs et d’actionnaires fonda, en 1821, une colonie rurale pour 20 familles pauvres, leur offrit le loge-
intitulé : Beleuchtung einer iceltgerichtlichen Frage an unserer Zeit. berne, 1830.
[3] Nous avons déjà eu occasion de citer cette intéressante colonie à l’occasion des écoles rurales.