TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. C11AP. V
ment, les moyens de se nourrir, de se vêtir, de se chauffer, et y consacra un capital de 19 mille rixdalers. Le roi de Danemark, en la visitant, y vit régner l’ordre et l’activité, et voulut y contribuer lui-même. Les colons fabriquaient leurs vêtemens dans les momens qui n’étaient pas réclamés par les travaux des champs.
On a, dans le Hanovre oriental, l’usage d’établir des pauvres sur les landes appartenant à la couronne, et situées généralement sur les côtés des routes ; on leur donne à cultiver de 4 à 15 acres. Ces terres sont stériles ou épuisées, elles exigent plusieurs années de soins, pour donner un produit qui excède la consommation du cultivateur. Ce sont de véritables colonies d’indigens. On assure que , si quelques-uns d’entre eux parviennent, à force de sueurs et d’économies, à en retirer leur subsistance, d’autres ne présentent au voyageur que l’image de la nonchalance et de la misère [îj.
Colonies agricoles, en Hollande.
Les colonies agricoles de la Hollande ont, pour notre instruction, le double mérite d’avoir été instituées précisément dans la vue d’améliorer le sort des indigens, et d’offrir, pour une semblable institution, le modèle le plus parfait qui soit connu jusqu’à ce jour. Elles forment deux catégories distinctes : les unes sont libres, les autres forcées. Nées de la même pensée, ayant eu le même créateur, elles se trouvent quelquefois réunies sur les mêmes lieux; elles ressortissent de la même administration; elles se soutiennent mutuellement sous le rapport des travaux et des produits ; elles ont quelques analogies; aussi ont-elles été plus d’une fois confondues. Cependant, elles reposent sur des principes différens; elles se distinguent par leurs conditions, leurs caractères, leurs résultats. Les colonies libres ont été érigées les premières; les colonies forcées ont été établies plus tard
et spécialement dans le nord de la Hollande.
L’idée de créer des colonies agricoles intérieures, se présenta à un administrateur qui réunissait en lui et la connaissance pratique du système de la colonisation lointaine, et le goût des améliorations agronomiques. A la vue de terrains laissés incultes et susceptibles d’être mis en valeur, il se demanda si, à moins de frais, et avec moins de difficultés, on ne pouvait pas appliquer sur les lieux mêmes le principe de la colonisation, et en obtenir encore d’autres fruits. Un sentiment philanthropique vint féconder cette idée. Elle fut par son auteur communiquée au public [2], soumise au gouvernement. Elle obtint les applaudissemens de l’un, la protection de l’autre. Une association de bienfaisance se forma pour l’exécuter. Les vastes landes qui se déploient entre Maestricht et Breda, offraient un théâtre favorable pour cette opération. La disette de 1816 et 1817, la misère qui en fut la suite, et qui affligea, à cette époque, une partie de l’Europe, fit rechercher et saisir avec plus d’empressement encore les moyens de soulager l’indigence. Dans un pays où la bienfaisance est aussi active qu’éclairée, où elle est accoutumée à trouver dans l’esprit d’association, un instrument puissant et général, où elle s’unit à l’esprit de prévoyance et de calcul, le plan conçu par M. le général Van den Bosch fut bientôt adopté et mis à exécution. Une assemblée avait été convoquée à La Haye, dès 1818. Le réglement fut adopté : en peu de temps, 20 mille souscripteurs adhérèrent; 70 mille florins furent remis par eux. Dès septembre 1818, les travaux commencèrent, et le icr novembre la première colonie fut en activité.
La société, qui fondait ce nouvel ordre d’établissemens , admettait dans son sein tous les habitans des Pays-Bas [t] ; elle n’exigeait des souscripteurs qu’une modeste contribution de 2 florins 60 cent ; mais elle leur imposait l’obligation de coopérer à l’amélioration des pauvres par tous les moyens convenables et licites [4].
[î] M.Huerne de Pommeuse, Des colonies agricoles, p. 856.
[2] Voyez l’ouvrage de M. le général Van den Bosch, intitulé : Traité sur la possibilité de former de la manière la plus avantageuse un établissement pour les pauvres des Pays-Bas.
[3] Le royaume des Pays-Bas comprenait alors la Hollande et la Belgique.
[4] « Le principal but que la société se propose, di- « sent les statuts , est d’améliorer l’état des indigens, « principalement en leur procurant de l’occupation, la « nourriture et l’instruction nécessaires pour les arra- « cher à l’état de bassesse etde dépravation auquel ils se « trouvent généralement abandonnés , et propres à les « faire jouir des bienfaits de la civilisation, à les éclairer « sur leurs devoirs et à leur inspirer le goût du travail.