COLONIES AGRICOLES COMME ÉTABLISSEMENT DE BIENFAISANCE
l’exemple se recommandait appuyé sur une autorité respectable, et de l’autre le mérite du système nouveau semblait ne devoir pas être mis en doute, puisqu’il était préféré aux moyens jusqu’alors employés.
Les objections^et les critiques n’ont cependant pas manqué à ce nouveau système. On a demandé d’abord si les individus valides admis aux colonies , se trouvaient aptes à la culture de la terre, quelle qu’eût été leur vie antérieure. Les apologistes de cette institution ont répondu qu’en admettant comme arrêté le principe d’occuper les indigenset les détenus à un travail productif, la culture de la terre leur ofTrirait une occupation à tous égards plus avantageuse que toute autre, soit parce que l’apprentissage en est plus prompt et. plus facile; soit parce que les opérations de l’agriculture sont soumises à moins de chances de suspension, h moins de vicissitudes que les entreprises de fabrication ; soit parce que cet emploi des indigens ne crée pas de concurrence fâcheuse; ils ont ajouté que, d’ailleurs, le régime des colonies offre aux femmes, aux enfans, aux hommes qui ne peuvent supporter les fatigues de la culture, d'autres moyens variés de se rendre utiles.
On a exprimé des craintes sur les dangers que pouvaient faire naître de si nombreuses agglomérations de mendians, disséminés et libres dans la campagne. Les apologistes des colonies ont répondu que, par des mesures simples et sûres , on prévenait ces dangers; et ils ont invoqué le témoignage de l’expérience [1].
On a critiqué le régime des colonies libres, en rappelant qu’après en avoir tenté l’essai, il avait fallu l’assimiler à celui des colonies forcées, et en lui reprochant d’éteindre l’émulation, de détruire l’esprit de propriété, d’enlever à l’indigent le désir d’améliorer sa situation, de rendre sa condition semblable à celle du serf du moyen âge, du paysan d’Irlande [2].
Or a représenté que la répartition des petites fermes, dans les colonies libres, n’offrait aux eolons qu’une égalité trompeuse ; que, sous nnc égale superficie, le sol de ces fermes renfermait de notables différences de fertilité; que le régime établi soumet cependant chaque colon à avoir son petit champ de seigle, de pommes de terre, sa prairie artificielle , son potager, quoique
[1] Voirie rapport précité, p. 35 à 40.
[2] Voyez le Rapport de M. Ducpétiaux , Revue encyclopédique, déc. 1832, p. 585 et suiv.
ces diverses cultures ne réussissent pas au même degré; qu’ainsi la condition des familles n’est réellement pas la même ; que ce régime ne permet pas de varier, comme dans les grandes exploitations, le mode de culture, suivant les variétés du sol.
On a cru reconnaître que les travailleurs employés dans ces colonies, qui sont assez laborieux, assez robustes, assez intelligens pour y satisfaire véritablement aux conditions requises, eussent été plus facilement et plus avantageusement occupés dans leur ancien séjour, et dans une profession analogue à celle qu’ils avaient suivie qu’alors.
On a fait remarquer que les colonies renfermaient un nombre [3] considérable d’invalides qui leur coûtent et ne leur rapportent rien.
On s’est plaint de ce que les indigens, éloignés de leur domicile, se trouvent privés d’une foule de consolations et de soulagemens qui leur arrivaient naturellement par le commerce de leurs amis et de leurs proches.
Les communes, a-t-on dit, loin d’obtenir, comme on le supposait, une économie en plaçant leurs indigens dans ces établissemens, ont trouvé que la charge leur devenait beaucoup plus coûteuse, et, de jour en jour, se sont montrées moins empressées à accepter ce service.
On a assuré que les indigens, à leur sortie de la colonie, étaient fort embarrassés pour se créer une situation indépendante.
D’autres ont prédit que l'état prospère des colonies de la Hollande ne pourrait se soutenir longtemps ; que les produits des landes défrichées Récompenseraient pas, d’ici à 20 ans, les avances laites. Les apologistes de cette institution, en repoussant ces funestes présages, ont rappelé d’ailleurs que le but des sociétés créatrices n’a été entrepris dans aucune vue de spéculation lucrative [4].
Enfin, on a témoigné la crainte que le gouvernement hollandais ne se trouvât un jour exposé a faire, pour ces colonies, des sacrifices considérables, vu l’énormité de la dette quelles ont contractée sous sa garantie. « Non-seulement, dit-on, elles n’ont pas éteint la mendicité, mais il est impossible qu’elles l’éteignent, parce que les ressources manquent pour y envoyer les mendians. Il y a, ajoute-t-on, beaucoup d’im-
[3] Un sur 7 au moins, dit le même inspecteur général, ibid.
[4] Economie politique chrétienne , t. m, p. 435.