TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. V
moralité et d’indiscipline, dans quelques-uns de ces établissemens ; les subsides accordés aux indigens par les communes, les provinces et l’état, ont été généralement en augmentation [1].»
Les colonies agricoles considérées sous le rapport économique.
Pour atteindre le but moral qu’on se propose dans la création des colonies agricoles, il n’est pas nécessaire d’y trouver en même temps la matière d’une exploitation productive. Ces colonies sont essentiellement une institution de bienfaisance : elles doivent en subir les conditions, en conserver le caractère; elles ne peuvent donc prétendre à être en même temps une spéculation utile; il est même naturel qu’elles exigent quelques sacrifices. Sans doute le séjour des champs est moins coûteux ; les travaux des champs offrent une heureuse variété, un certain attrait, certains avantages de salubrité : mais ces travaux exigent un emploi considérable et continu de la force musculaire; exécutés plus librement, ils subissent, d’une manière plus sensible, les fâcheuses conséquences de la paresse, de la nonchalance; ils conviennent peu aux individus qui ont été accoutumés au séjour des villes. Demandez au fermiers s’ils iraient chercher leurs journaliers dans les dépôts de mendicité et dans les hospices !
Mais si ces établissemens ne peuvent être une source de lucre, ils ne doivent pas être ruineux, ils ne doivent pas entraîner des dépenses supérieures à celles des autres institutions qui remplissent à-peu-près le même but, supérieures aux ressources dont on dispose; ils nedoivent pas tromper les calculs qui ont présidé à leur formation, compromettre des capitaux considérables.
Il est difficile, jusqu’à ce jour du moins, de se confier à l’expérience seule , pour affirmer que les colonies agricoles d’indigens ne sont pas exposées à ce danger, ou qu’elles puissent s’y soustraire. L’essai fait en Belgique semble n’avoir donné que des résultats défavorables ; l’essai tenté en Hollande n’a donné peut-être que des résultats douteux. Les combinaisons sur les-
quelles ce dernier s’est appuyé sont tellement compliquées, que les personnes étrangères au pays éprouvent quelque embarras pour en porter un jugement certain. S’il en faut croire quelques témoignages, les emprunts se multiplient, l’amortissement se ralentit [2].
D’après le tarif des subventions, tel qu’il était réglé pour la Hollande et la Belgique, on s’explique facilement pourquoi les communes montraient peu d’empressement à envoyer leurs indigens dans les colonies agricoles; le montant de la subvention est, en effet, de beaucoup supérieur à la moyenne du montant du secours annuel donné, en général, à domicile, aux indigens, même dans les villes. La subvention exigée pour les orphelins et les enfans trouvés, excède de beaucoup le taux de la pension que l’administration paie pour eux, chez des particuliers, jusqu’à 12 ans; et au-dessus de cet âge, on les place de la même manière gratuitement.
Les administrations d’hospices pourront trouver quelque économie pour ces hospices mêmes, à se débarrasser des vieillards et incurables incapables de travail, en les plaçant dans les colonies agricoles, moyennant une subvention inférieure au prix de journée de ces établissemens; mais la dépense sera alors déplacée plutôt que réduite; elle retombera sur les colonies auxquelles ces invalides seront inutiles, et c’est, en effet, ce qui est arrivé.
Restent donc les mendians valides. Il est certain que la subvention exigée dans la colonie agricole est inférieure à ce que l’entretien de ces mendians coûte ordinairement, soit au public, s’ils errent librement; soit à l’administration, s’ils sont enfermés dans des dépôts, sous le régime connu et pratiqué jusqu’à ce jour.
Mais il faudra voir si, indépendamment de cette subvention, l’entretien des mendians, dans les colonies agricoles, ne coûte pas beaucoup plus que leur travail n’y produit, et si, dans ce déplacement de la dépense, la totalité des frais qu’ils occasionnent n’excède pas ceux auxquels ils donnaient lieu précédemment.
Cette question, comme on le voit, est subordonnée à la solution du problème suivant : Quel peut être le rapport des dépenses et des produits dans une exploitation agricole composée de mendians valides?
[1] Delà charité légal? , par M. le pasteur Naville, M.le baron de Luttwitz, sur le paupérisme. Ibid. p. 581 . t. icr, p. 507 et suiv. [2] Voyez le Rapport du 12 juin 1855, et l’écrit de
Voyez aussi les passages par lui cités, de l’écrit de M. de Lutlwitz, sur le paupérisme, ci-dessus cités.