DE L’ÉMIGRATION DANS L’INTÉRÊT DES PAUVRES
celui de quelques provinces en Allemagne. Les autres indigens adultes appartiennent à la classe des ouvriers; ils se trouvent sans emploi par la stagnation générale de l’industrie, ou par la réduction de la branche spéciale à laquelle ils appartenaient. Cependant, une partie des uns ou des autres n’est réellement réduite à cette extrémité, que pour n’avoir pas su découvrir ou embrasser une autre carrière utile, lorsque leur ouvrage habituel ne leur a plus offert assez de ressources.
L’émigration définitive, envisagée dans l’intérêt des
pauvres.
Avant de chercher dans l’émigration un remède, inquiétons-nous d’abord des malheurs qu’elle crée, de ceux qu'elle aggrave. Serait-ce la peine de déplacer les pauvres, pour les rendre encore plus misérables? Serait-il donc permis de les transplanter uniquement pour nous délivrer de leur présence, et pour nous soustraire au devoir de les assister?
L’histoire des colonies modernes envoyées par les états de l’Europe dans le nouveau monde, offre le douloureux tableau des désastres qui ont accablé leurs fondateurs. Les premiers colons ont été des victimes immolées, tantôt par l’insalubrité du climat, tantôt par divers genres de fléaux, et presque toujours par l’imprévoyance des auteurs de ces entreprises. De nos jours encore, combien de familles ont été sacrifiées soit à l’imprudence des plans conçus par ceux qui les ont appelés, soit par leurs propres erreurs [1] ! Combien ont même succombé dans la traversée, ou n’ont touché au port que pour s’y trouver sans pain et sans asile! Combien de fois la mère-patrie n’a-t-elle pas vu revenir, dans le plus déplorable dénùment, les faibles débris des émigrations qui étaient parties pour des terres lointaines, pleines de vigueur et riches d’espérances ! Le pauvre, sur la terre natale, est "entouré, du moins, de consolateurs, de protecteurs; il y rencontre des amis et avec eux le meilleur des appuis. Mais, quelle est sa destinée, grand Dieu ! lorsque, abandonné sur les plages désertes, il n’existe pour lui ni aliment, niabri, ni protecteur!
[t] Voyez, entre autres. Porter : Progrès de la Grande-Bretagne, chap.8, et la note annexée à ce cha-
Deux choses sont nécessaires pour que 1 émigration ne devienne pas, pour l’émigrant, la plus grande des infortunes : il faut d’un côté que la colonie existante ou projetée ait besoin de colons, et leur assure une destinée avantageuse; il faut ensuite que l’émigrant soit propre lui-même à la destinée qui lui est offerte. L’une et l’autre condition sont fort difficiles à remplir.
Une grave responsabilité pèse ici sur les gouvernemens. Les devoirs qu’elle leur impose ont été trop souvent méconnus ou négligés. Nonseulement ils ne doivent adopter ou favoriser que des plans de colonisation assis sur des bases sages et solides ; mais ils doivent protéger leurs sujets contre les cruelles déceptions auxquelles les exposent les projets téméraires, contre les fausses espérances que leur suggèrent les entrepreneurs de colonies, les courtiers d’émigration : que les brillans programmes mis en circulation soient donc soumis à un contrôle sévère, et que le public soit éclairé sur la confiance qui leur est due !
Supposons une colonisation établie sur les fondemens les mieux combinés. Quelles seront maintenant les infortunes auxquelles remédiera l’émigration dirigée vers de semblables colonies?
L’émigration, nous l’avons vu, ne peut admettre dans ses rangs que des individus robustes, laborieux, industrieux, l’élite même des travailleurs. Elle enlève ainsi à la patrie des émigrans, les sujets les plus utiles, ceux qui, dans leurs forces individuelles, possédaient la plus grande puissance de production. S’ils partent seuls, leur appui manquera à une famille qu’ils eussent pu protéger. Us n’emmèneront dans aucun cas les vieillards, les infirmes, les malades, les orphelins.
C’est principalement vers les États-Unis et vers les colonies anglaises de l’Amérique du Nord , que se sont dirigées jusqu’à ce jour les émigrations. Cette portion du globe offre un vaste théâtre à l’activité de ses nouveaux habitans ; il leur ouvre une faculté presque indéfinie (le devenir propriétaires. Le gouvernement des États-Unis a livré à l’émigration, dans les contrées de l’ouest, pendant 15 années seulement (de 1820 à 1835), près de 14 millions d’hectares, au prix de 220 millions de francs. Les lots sont mis en vente, aux enchères, sur le prix de 16 fr. 48 c. par hectare. En 14 ans, de 1822 à 1836,
pitre par le traducteur français, M. Chemin- Dupontes.
Je nombre des émigrans aux États-Unis a dépassé 700,000 [i'j.
Émigrations de l’empire Britannique.
On voit par les documens qu’a publiés la douane anglaise , que le nombre des émigrans de 1 empire Britannique au-delà des mers, s’est élevé pendant 15 ans au-delà de 450,000 [2].
Mais, dans ce nombre , les émigrans indigens, envoyés aux frais de leurs paroisses , à titre de secours, ne figurent que pour une faible proportion.
Ainsi, sur 50,933 émigrans qui, en 1834. avaient passé de l’empire Britannique aux États- Unis et à Québec , 29,000 avaient fait le passage à leurs frais ; les autres avaient été défrayés par leurs paroisses, en 1856, 55,088 émigrans s’étaient rendus à leurs propres frais dans les colonies anglaises du nord de l’Amérique , et 460 seulement avaient fait le trajet aux frais de leurs paroisses [3].
[il De 1822 à 1824 : 34,500
De 1825 à 1828 : 153,000 De 1829 à 1832 : 290,000 De 1833 à 1834 : 149,000 1835 : 80,000
[2] En voici le développement :
Colonies an-
Années.
glaises du •
.T , . Etats-Unis.
Nord de
Cap de Bonn e r, , Austral
hspérance.
i<‘. Totaux.
l’Amérique.
Totaux. 427,458