MIGRATION INTERIEURE DES ADULTES
courent chaque année diverses contrées de l'Europe, pour débiter les ouvrages en bois qu’ils ont exécutés dans leurs foyers ; ils portent aussi des horloges; ils vont jusqu’à Constantinople.
Dans les villes de l’Allemagne et de la Suisse, où les métiers sont distingués en deux classes, et où le monopole de la classe supérieure est réservé aux bourgeois, les métiers de la classe inférieure sont ordinairement exercés par des étrangers. Cette ressource n’est ouverte qu’à des ouvriers assez industrieux pour réussir, par leur travail, dans un pays où ils sont inconnus, assez aisés pour faire les frais de voyage et de premier établissement. Certaines contrées sont en possession de fournir les ouvriers émigrans, pour certaines branches d’insdustrie. L’Italie envoie des vitriers, des peintres; l’Allemagne, des tailleurs; ils ne fuient pas la misère, ils cherchent un gain plus abondant. Ce n’est pas un refuge dans le malheur, c’est l’exercice d’une industrie nomade. Si cependant le malheur atteint ces ouvriers sur une terre étrangère, ils éprouvent une détresse bien plus complète, n’étant pas protégés, comme les bourgeois, par les institutions locales.
Ce sont, en général, les régions abondantes en pâturages, qui fournissent le plus de sujets à l’émigration temporaire, parce que les travaux des champs y offrent moins d’emploi pour les bras. Dans tous les cas, lorsque les émigrans sont mariés, les femmes et les enfans restent au pays et soignent les troupeaux; s’ils ont des terres, les femmes surveillent la culture et la font exécuter par des domestiques à gages. L’industrie émigre ; la force mécanique reste sédentaire.
De la migration dans l’intérieur du même pays.
Migration intérieure des adultes, avec un changement définitif de séjour.
Une partie des considérations qui précèdent se reproduisent à l’égard des migrations qui ont lieu dans l’intérieur du pays ; les mêmes causes
qui portent certaines classes d’individus à chercher à l’étranger un emploi de leur industrie, les portent plus naturellement encore à le chercher sans quitter leur patrie, dans une autre province, si celle-ci leur offre un théâtre opportun.
Il y a toutefois une distinction essentielle à faire entre la migration des adultes, et celle des enfans. Cette dernière a un caractère et des effets qui lui sont propres. Occupons-nous d’abord des adultes.
La migration des adultes, dans l’intérieur du pays, est quelquefois définitive, quelquefois temporaire. Dans le premier cas, c’est une transplantation; dans l’autre, un voyage, ordinairement répété et périodique.
Ces immigrations intérieures ont pour but et pour effet d’opérer, sur la surface du territoire, une meilleure répartition de la population, de rétablir , dans les diverses régions qui le composent, l’équilibre entre la demande et l’offre du travail. Les commissaires royaux chargés, en Angleterre , de l’exécution de la loi de 1834 sur les pauvres, ont parfaitement compris l’utilité de cette opération, et l’ont dirigée avec autant d’habileté que de succès , comme on peut le voir par les rapports publiés chaque année sur l’exécution de cette loi [i]. Une instruction envoyée par eux le 23 octobre 1835, trace aux commissions locales de gardiens , les règles qu’ils doivent suivre pour diriger les familles d’une région sur une autre, et les soins qu’ils doivent prendre dans le choix des sujets [2].
Les comités industriels, dont la formation a été proposée ci-devant [3],' seraient naturellement placés pour diriger une opération aussi salutaire. Ils réuniraient les lumières qu’elle demande; ils disposeraient de moyens efficaces pour la féconder.
Les immigrations ont, en effet, besoin d’être quelquefois provoquées , encouragées , au milieu d’une population engourdie par l’effet même delà pauvreté habituelle qu’elle éprouve; toujours elles ont besoin d’être guidées avec prudence, avec sagacité , exécutées graduellement et dans une juste mesure.
Des familles assistées à raison d’un manque d ouvrage ou réel ou supposé , auxquelles on offre les ressources de la transplantation , y répugnent précisément à cause des habitudes
[i] Dans le second Annual Report, publié en 1836, on lit d’intéressans détails sur la reconnaissance que témoignent les familles qui ont recueilli le bienfait
d’une transplantation , qui leur a donné l’aisance avec le travail (n°15, p. 545).- [2] Ibid. p. 49.— [3] 2* partie, livre ni, chap. u,art. vu, p. 147 de ce volume.
d’oisiveté dans lesquelles elles ont été entretenues. Ledégoûtdu travail l’emporte, dans leur esprit , sur la perspective d’une amélioration qui serait achetée parles efforts du travail. D’un autre côté, de mauvais sujets, des personnes d’un caractère inquiet , inconstant, changent de séjour, entraînés par de vaines illusions: ils se flattent de trouver le bien-être sans fatigue ; ils sont bientôt détrompés; iis reculent devant les efforts, la constance , la régularité qu’on leur demande, et ils repartent.
On recommande donc , avec raison , de n’appliquer le système de la transplantation qu’avec une extrême prudence. Cette prudence est commandée également par la nécessité de s’assurer pléalablement des besoins qu’éprouvent les contrées industrieuses, d’un supplément de travailleurs, et de se renfermer dans les limites de ces besoins. On recommande aussi de n’exécuter cette transplantation que d’une manière successive et non par masses [ij.
II est préférable que la migration comprenne une famille entière ; transportés dans un pays nouveau où ils ne trouvent aucune relation , ses membres se prêtent un mutuel appui, et trouvent dans l’intérieur de la vie domestique, les jouissances les plus nécessaires à l’homme. Les individus qui se transplantent seuls , supportent mal cet état d’isolement. Il convient que les nouveaux venus contractent, pour une certaine période de temps, avec les individus qui consentent à les occuper ; de la sorte ils obtiennent , en commençant , un salaire plus élevé ; ils reçoivent des avances, ils s’établissent, ils débutent avec plus de confiance.
Les frais de transport sont acquittés par les paroisses à la charge desquelles se trouvaient les immigrans [2]. Cette assistance est indispensable à ceux que le manque d’ouvrage a plongé dans un dénùment absolu.
[1] Second Annual Report ,1836, p. 41, 511 , 512, 516. Voyez dans le Rapport de M. Kay l’histoire détaillée d’un certain nombre de familles d’immigrans dans le Lancashire. Paragr. 57 à 84.
[2] Ils se sont élevés à une livre sterling par tête pour 115 individus transplantés de Princes-Risborough au Lancashire. {Ibid., p.41).
[3] Second Annual Report, p. 552.
[4] Ibid., p. 551.
[5] Ibid., p. 501.
[6] Ibid., p. 550.
[7] « Les premiers , dit-on, sont plus appliqués, plus a. constans, plus soigneux, plus adroits dans l’exécution