‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 229 sur 450 · LIVRE I. Cil AP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE I. Cil AP. VI

On cite un seul bourg, celui de Hyde, dont la population totale qui n’était en 1801 que de 850 habitans, s est élevée progressivement par le seul fait de la migration, jusqu’à 7158 habitans en 1851 [3]. Le village de Satley-Brigde, à 7 milles de Manchester, a vu sa population portée de 1000 à 15,000 habitans par une immigration semblable, dans laquelle figurent 4000 Irlandais. A Ilyde, ce progrès a été de 800 à 10,000 babitans; à Newton, de 500 à 8000 [4]. On évalue à 17,000, le nombre des immigrans qui sont chaque année venus s’établir dans le Lancashire [5].

L’Irlande, sous le poids des misères qui l’accablent, a naturellement cherché dans la migration en Angleterre et en Écosse, un soulagement plus facile et plus simple que l’expatriation au Nouveau-Monde. Une foule d’Irlandais viennent chercher à Londres, dans les autres villes, et dans les contrées manufacturières un emploi qui leur manque dans leurs foyers ; accoutumés aux privations, ils offrent leurs services au prix le plus modique. Aussi les ouvriers, établis sur les lieux où affluent ces nouveaux venus , se plaignent-ils vivement d’une semblable concurrence [6]. La société statistique de Manchester évalue que l’immigration irlandaise a donné à la seule ville de Manchester, 60,000 habitans; à celle de Liverpool, 50,000 environ ; et au reste du comte de Lancashire, de 50 à 40,000. Ces immigrans arrivent généralement dans un état de détresse qui excite la commisération ; ils arrivent malheureusement aussi avec des dispositions peu favorables. D’après des témoignages authentiques, cette immigration est même considérée comme funeste aux contrées sur lesquelles elle se dirige. Les services du travailleur anglais venant des districts agricoles sont jugés fort préférables à ceux des Irlandais [7].

II est plus facile quelquefois aux ouvriers de

« des ouvrages; plus fidèles, plus exacts dans l’accom- « plissement des conventions. Les Irlandais, ajoute- « t-on , ne peuvent être occupés que dans les emplois « inférieurs ; on ne peut leur confier aucune fonction a de direction ou de surveillance ; il est même des ma- « nufacturiers qui se refusent à les recevoir pourquel- « que espèce d’ouvrage que ce soit; d’autres fabricans,

« qui avaient appelé un grand nombre d’Irlandais dans « leurs établissemens,sesontvuscontraints,àl’épreuve,

« de les remplacer ensuite par des sujets anglais. A « Londres, où un grand nombre d’Irlandais sont epi- « ployés aux constructions, on ne leur confie que le « transport des matériaux. » {Ibid., p. 505, 506.)

MIGRATIONS DTND1GENS.

changer de séjour que d’occupation, parce que le genre d’occupation se lie plus étroitement aux habitudes. Dans les districts manufacturiers de l’Angleterre, où les fabriques de coton ont pris un grand essor et ont appelé un surcroît d’ouvriers, les tisserands, établis sur les lieux, quoique manquant d’ouvrage, ont montré peu de penchant et d’aptitude à accepter ce nouvel emploi, et ont laissé la carrière libre aux immigrans venant des autres régions LG*

De ces expériences naissent, si nous ne nous trompons, les conséquences suivantes :

La migration définitive d’un lieu à un autre, dans l’intérieur du même pays , offre des ressources utiles aux adultes valides privés de travail dans leur résidence ordinaire, en les occupant sur un autre point où manquent les travailleurs. Elle sert à répartir les bras des hommes laborieux, suivant les besoins des differentes régions. En d’autres termes , elle soulage les localités où l’industrie languit, au profit de celles où l’industrie a pris son essor. Elle satisfait donc à-lafois à deux besoins : ici, elle remédie aux suites d’un état stationnaire; là, elle seconde le progrès. Elle convient surtout en tant qu’elle a pour effet de transplanter les habitans des régions purement agricoles, où la sphère du travail est plus circonscrite, dans les régions de fabrique, où le travail peut recevoir un développement indéfini; mais cette migration ne profite qu’aux sujets actifs , capables; elle leur profile d’autant plus qu’ils sont plus laborieux et plus habiles. C’est l’élite et non le rebut de la population, qui est appelée à en recueillir les avantages.

Migrations temporaires des adultes. — Migrations

d’indigens.

La France, à son tour, va nous offrir des exemples de migrations temporaires d’adultes, quelquefois répétées avec une périodicité régulière, quelquefois exécutées au hasard.

En étudiant l’origine et la marche de ces mi-

grations qui in’ont point encore été décrites, et qui ont même étéjusqu’à ce jour peu observées, on croit reconnaître qu’il en existe trois espèces fort différentes.

Il y a une migration de mendians,

Une migration de colporteurs,

Une migration d’ouvriers appartenant à certaines professions déterminées.

Certains cantons sont affligés par une mendicité errante et vagabonde, qui a pris le caractère d’une habitude générale et héréditaire. C’est une tradition , une sorte d’industrie locale. D’autres fois, et le plus souvent, cette vie errante des mendians n’est que la suite des dispositions individuelles: elle est déterminée chez eux par le désir de chercher des aumônes auprès des personnes dont ils ne sont pas connus, dans les lieux où ils espèrent en obtenir une plus grande abondance, et de récolter une meilleure moisson, en s’adressant successivement à des personnes toujours nouvelles. C’est ainsi qu’ils visitent les villes, qu’ils assiègent à la file les habitations des fermiers. Munis de passeports, de certificats, ils ont à-la-fois l’avantage d’obtenir le secours alloué par les lois au voyageur indigent, et d’être à l’abri des poursuites pour fait de vagabondage. Celle ressource semble être presque inépuisable; aussi lorsqu’un incendie, un accident quelconque a ruiné une famille, souvent c’est en voyageant avec un certificat où son malheur est exposé, qu’un de ses membres va chercher le secours et former une collecte ; quelquefois ce certificat est surpris ou accordé par complaisance; quelquefois le voyageur mendie ausSi par procuration et pour autrui; quelquefois il y a double emploi : le mendiant en titre voyage de son côté ; le procureur fondé, de I autre : il est en effet très-commode d échapper a toute surveillance, a tout contrôle. Ce n'est pas sans une douloureuse surprise qu’on découvre à quel point cette exploitation, encouragée par le succès, est étendue sur la surface de la France. On peuten juger par le nombre de passeports délivrésaux indigens,et qui s’élève annuellement à environ 10,000, terme moyen par année, non compris ceux qui sont délivrés dans la capitale, car la plupart de ces passeports ne sont

[i] Ibid., p. 308, 309. On estime que dans le comté de Lancastre, 35,000 tisserands eussentpii, en acceptantce changement d’occupation améliorer leur sort d’une ma-

nière sensible, s’ils eussent surmonté leur répugnance. Ils ont préféré voir la place occupée par des étrangers.

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