TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CIIAP
domicile s’introduisit, sous une forme collective; il naquit au sein des corporations, des institutions municipales, et fut l’exécution du pacte de l’assistance mutuelle. Du reste , aucun système général fixe, méthodique, ne présida à la quotité, à la distribution des secours qu’elles accordèrent, les unes à leurs membres, les autres aux bourgeois de leur ressort. Lorsque, pour la première fois, l’administration supérieure étendit sa sollicitude sur ce grand intérêt de la société, elle se borna, dans l’origine, à consacrer le principe qui faisait considérer l’assistance des pauv res comme une charge locale, et en laissant ainsi à chaque commune le soin de secourir ses indigens, elle lui laissa aussi un pouvoir discrétionnaire dans l’exercice de cette portion de la bienfaisance publique.
C’est donc seulement en recherchant les usages locaux, qu’on peut étudier l’histoire de cette branche de secours publics; par cela même, ses élémens se prêtent peu à l’investigation de l’historien. Le concours, toujours si considérable, de la charité privée, à ce genre d’assistance, dérobe aussi inévitablement à nos regards une grande partie des soulagemens distribués.
Il est cependant d’un haut intérêt d’obtenir quelques lumières sur la marche et les résultats de ce mode d’assistance, dans les divers pays, soit à cause de l’influence qu’il exerce sur la pauvreté elle-même, soit à cause de la manière dont il réagit sur les autres genres de secours publics. Il importe au plus haut degré d’en apprécier les avantages , d’en découvrir les abus ; moins il a obtenu de règles, plus il serait utile de pouvoir lui en tracer , autant du moins qu’il est susceptible d’en recevoir.
De l’assistance à domicile , dans la Grande-
Bretagne.
Si-
Organisation administrative.
Nulle part l’assistance à domicile n’a reçu un développement aussi remarquable qu’en Angle-
terre; nulle part dans toute l’Europe, son régime, scs résultats n ont attiré au même degré, non-seulement la sollicitude du gouvernementmais l’attention même des hommes d’état, des économistes, des amis de l’humanité.
C’est qu’en Angleterre, la bienfaisance publique a été sécularisée, à la suite de la réformation religieuse, sous Henri vin. Supprimant les monastères et une foulede fondations ecclésiastiques, qui distribuaient d’abondantes aumônes , ce princeprépara l’établissement qui bientôt fut régularisé par Élisabeth. Une administration mixte, en partie civile, en partie religieuse, celle des marguillicrs et inspecteurs de paroisse, fut chargée de la distribution des secours publics; les juges de paix en devinrent les arbitres suprêmes.
L’administration des secours à domicile est confiée, en Angleterre, aux inspecteurs et gardiens de paroisses, sous l’autorité du juge de paix.
Le bill de 1834 autorise la création d’mspecieurs assistons , avec appointemens. Le consistoire les établit, lorsqu’il le juge à propos, les nomme, fixe leurs honoraires. Aucune règle légale ne détermine leurs fonctions ; mais ils sont chargés en fait du service actif et de la comptabilité [i].
Avant le nouveau bill, les fonctions de marguilliers et d’inspecteurs, pour la répartition des secours, étaient imposées par autorité, aux personnes désignées à cet effet. Mais on devait s’attendre que des inspecteurs requis et contraints pour un service pénible , y apporteraient peu de zèle et peu de diligence; que, dans une mission rapide de quelques mois, ils n’acquerraient pas l’expérience nécessaire. La réquisition, tombant au hasard, appelait souvent des sujets incapables : on en voyait qui ne savaient ni lire, ni écrire; le loisir, l’instruction, les motifs leur manquaient pour bien faire, ifs ne mettaient nulle suite dans leurs opérations. Disposant de fonds considérables, toutes les séductions venaient les assaillir. Ils cédaient tantôt aux menaces, tantôt aux sollicitations; ils craignaient de se faire des ennemis ; le désir de la popularité les entraînait; ils cédaient à la partialité en faveur de leurs relations personnelles; souvent ils profilaient indirectement de l’assistance par eux accordée; ils étaient dans tous les cas récompensés de leurs prodigalités, punis de leur économie .
[1] En 183-1, ces inspecteurs assistans avaient déjà été établis dans 3219 paroisses.
Leur création a été autorisée par le 59e statut de George m; chap. 12 {Ibid., p. 105).