TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CIIAP. I
en est une qui demande à être particulièrement signalée : c’est celle qui avait pris naissance en 1799 à Clapham [ i] . Deux circonstances entre autres la rendent particulièrement digne d’attention : le soin qu’elle donne à l’amélioration des mœurs des indigens , comme moyen d’accroître aussi leur bien-être, et le concert qu’elle établit entre ses opérations et celles des officiers de paroisses.
Depuis quelques années, un grand nombre de sociétés de visiteurs des pauvres ont été instituées dans le même but : procurer l’amélioration morale des indigens, en soulageant leur infortune; obtenir ce résultat par un patronage bienveillant, actif, éclairé. Celle noble entreprise obtient tous les succès dont elle est digne.
Un grand nombre de souscriptions ont été ouvertes à Londres et dans les divers comtés de l’Angleterre, pour établir des boutiques de soupes et d’autres alimens en faveur des indigens, et pour offrir ainsi à la classe malaisée une nourriture saine au prix le plus modique. On peut citer en exemple celle qui distribue des soupes à plus de 2 mille individus par jour, dans l’un des quartiers de Spitalfields [2]. Ici, des dîners sont servis pour les enfans pauvres qui fréquentent les écoles; là des boutiques ouvertes aux indigens sont approvisionnées d’étoffes et autres objets de consommation en quantités appropriés à leur usage, et à des prix très-économiques.
Régime de l’assistance à domicile, en Écosse et en
Irlande.
Le célèbre statut d’Elisabeth et les lois qui l’ont modifié ne concernant que l’Angleterre et le pays de Galles, n’a point encore reçu d’application en l’Irlande. Mais l’application du régime établi par ces lois y est invoquée avec instance ; elle est proposée corn me l’un des remèdes les plus efficaces aux maux qui affligent ce pays. L’Irlande qui renferme tant de pauvres, où la misère est portée à une si extrême détresse , n’a
aucune loi, aucun réglement général sur l’assistance des indigens.
Les associations charitables ont eu jusqu’à ce jour le mérite et l’honneur de se charger en Irlande de ce service qui est négligé par l’administration publique, ou du moins abandonné par elle à la bienfaisance privée; elles y ont travaillé avec une émulation et un zèle dignes des plus grands éloges. En 179G, il s’est formé à Dublin une société pour procurer de l’aisance aux indigens, sur le modèle de la société anglaise établie à Londres. Elle a admis en principe que, les meilleurs soulagemens que puissent recevoir les pauvres dérivent des pauvres euxmêmes ; que la méthode la plus sûre d’améliorer leur condition est d’encourager l’industrie, l’esprit de prévoyance et la propreté [3]. Trois ans après, une réunion eut lieu à Cork, et les travaux pour améliorer la condition des indigens ont obtenu de justes éloges. La société s’appliqua essentiellement à éveiller et à encourager l’esprit de prévoyance dans la classe laborieuse. On vit avec satisfaction l’évêque anglican et l’évêque catholique s’unir et se concerter pour concourir à cette bonne œuvre, et répandre dans leurs troupeaux respectifs, avec des secours bien entendus, de salutaires influences de religion et de morale [4].
Le régime des secours à domicile repose, en Écosse, sur des principes analogues à ceux qui ont dicté le célèbre statut d’Elisabeth en Angleterre. II y est resté fidèle dans la pratique, ou pour mieux dire, on s’est attaché, dans l’application qu’on en a fait en Écosse, à prévenir les abus dont ils pouvaient devenir l’occasion. On a établi généralement comme une maxime fondamentale que <c tout individu est obligé de « pourvoir à sa subsistance par son propre trait vail , aussi longtemps qu’il est en état de le <t faire; que la paroisse est tenue seulement de tt lui fournir la portion des objets de première n nécessité, qu’il ne peut obtenir ou gagner par <( des moyens légitimes. » Les parens et les voisins du pauvre mettent une juste dignité à pourvoir en tout ou en partie à ses besoins. Les collectes hebdomadaires faites dans les églises suffisent le plus souvent pour fournir les fonds
[1] Voyez l’appendice au 8e rapport de ta Société éta- des indigens, n° 39. — Ibid., t. xii, 1er cahier, p. 85.
blieà Londres pour améliorer le sort des pauvres, n"68. [5] Voyez le 8e Rapport de la Société anglaise pour
— Dans le recueil de François de Neufchâteau, t. xiv, améliorer le sort des indigens, no 72. — Ibid., t. xiv, cahier 1er, p. 157. 1er cahier, p. 39.
[2] 5e Rapport fait à la Société pour l’amélioration [4] Voyez le 7e Rapport, n° 54. — Ibid., t. xiu, p. L5.