‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 254 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAP · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAP

ou l’hospitalité. Seulement, on imposait au pauvre certaines conditions : il lui était interdit de fréquenter les cabarets et les auberges; il ne pouvait se marier; il devait assister exactement aux offices divins, il était obligé de balayer les rues, de garder des malades ; les enfans devaient fréquenter l’école ; une marque distinctive autorisait l’indigent à mendier. Du reste, en suivant ainsi quelques règles communes, données par les traditions, on se gouvernait dans chaque lieu d’une manière isolée, suivant les circonstances et les usages, trop souvent d’après la routine. Trop souvent les secours étaient éparpillés sans fruit ou distribués à l’aveugle.

En 1817, sous l’inspiration d’un sentiment généreux et universel, on s’éleva à de plus hautes et de plus justes conceptions. Elles embrassèrent, non plus quelques spécialités, quelques localités exclusives, mais l’ensemble; non plus seulement les besoins urgens du moment, mais les intérêts de l’avenir; non plus seulement le soulagement actuel de la misère, mais la diminution de la pauvreté elle-même. Elles se dirigèrent, non d’après quelques vues partielles, mais d’après des principes généraux. Le gouvernement comprit qu’une bonne administration des secours publics est au rang des premiers intérêts politiques de l’état; mais il comprit aussi que cette grande œuvre ne pourrait être accomplie, qu’autant que la bienfaisance publique s’appuierait sur la charité individuelle comme sur son auxiliaire naturel. De là naquit la société générale de bienfaisance, sous les auspices de cette reine Catherine, qui était si digne de la présider.

On institua donc, pour tout le royaume, une caisse centrale formée tant des revenus de certaines fondations anciennes, réunies depuis au domaine de l’état, que de divers fonds de rétributions ou de retenues, ayant un caractère de généralité ; on fit un appel aux dons privés ; on invoqua des souscriptions individuelles ; on établit certains prélèvemens, certaines remises obligées, sur divers actes de la vie civile ; on soumit à quelques tributs le luxe et le plaisir ; sans porter atteinte à l’indépendance des caisses locales, sans confondre leurs ressources, on leur traça, pour l’emploi, des règles uniformes et

constantes, afin que partout, tendant au même but, la bienfaisance agit dans le même esprit.

On posa en principe, qu’il faut d’abord, et avant tout, appeler l’indigent à user de toutes ses ressources personnelles; qu’il faut l’aider ensuite à combler le déficit qu’elles lui laissent, quel qu’il soit, pour subvenir à ses impérieuses nécessités ; mais qu’il ne faut l’assister que dans l’exacte mesure de celte insuffisance , jamais audelà. Il fallait donc éliminer aussi des secours ceux dont l’indigence n’était point réelle.

On assigna comme causes de l’indigence : la rigueur de la saison, les circonstances qui suspendent les travaux et les salaires, le renchérissement extraordinaire des denrées, les fléaux qui désolent les campagnes, les incendies, la chute des édifices, les vols éprouvés. On rangea au nombre des indigens : les veuves , les orphelins, les enfans des vagabonds, des malfaiteurs; les enfans abandonnés de leurs parens , les vieillards, les malades, les infirmes, les membres des familles chargées d’enfans en bas âge. On recommanda surtout les pauvres honteux; on désigna, on classa ceux auxquels cette dénomination doit être appliquée.

On donna une préférence marquée à l’assistance indirecte sur le secours direct. On recommanda donc de ne point attendre que le malheureux fût tombé dans l’abîme de la misère, mais de remédier à la pauvreté dès sa naissance, de s’attacher surtout à la prévenir chez les enfans, soit en les mettant en état d’obtenir une existence indépendante, soit en les préservant de la contagion des exemples de leurs parens. Dans la même intention, on recommanda aussi de faciliter au pauvre l’acquisition de métiers, de bateaux, d’ustensiles, de bestiaux, de semences ; de provoquer et seconder les épargnes, de répandre l’instruction, d’encourager le travail. On recommanda même de favoriser, en certains cas, le mariage.

Ce plan, réalisé avec zèle, avec intelligence, a déjà produit ses fruits, et l’expérience de près de vingt ans en a prouvé l’efficacité [1]. La pauvreté a été sensiblement diminuée, la mendicité a disparu. Il reste sans doute encore des résultats à obtenir; la carrière des améliorations est indéfinie.

[1] Voyez l’intéressante esquisse publiée à Stultgard, Umriss des Tf'urtembergischen Armen-wesens , etc. en octobre 1850, par M. Schmidlin , secrétaire de la So- Voyez aussi les comptes annuels publiés parla Société ciété de bienfaisance, sous le titre de : Allgemeiner royale de bienfaisance de Wurtemberg.

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