TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAI-, I
population de 91 mille âmes, y reçoivent des secours à domicile. Le revenu des fondations affectées à cette bonne œuvre s’élève à 2 ou 3 mille francs; auquel vient se joindre une subvention municipale pour une somme double.
Marseille eut en 1813, le bonheur d’être visité par un philanthrope qui n’a passé nulle part sans laisser les semences d’une bienfaisance éclairée [î] par ses exemples et ses conseils. L’administration des secours publics eut le bon esprit de s’aider de ses lumières, et le régime des secours à domicile y fut organisé sur d’excellentes bases.
Dans les villes du Midi, le régime des secours à domicile est généralement encore aujourd’hui lié aux institutions religieuses. Les bureaux de bienfaisance exercent une autorité et un contrôle; mais les opérations sont en réalité confiées à des congrégations charitables. A Toulouse, six maisons de secours dotées sur les fonds de l’administration des hospices, sont confiées à des sœurs de charité qui visitent les pauvres et leur délivrent le bouillon, les médicamens et les autres objets de première nécessité. A Montpellier, cette distribution est dirigée par une réunion dite de la miséricorde , à laquelle le maire préside, qui est essentiellement composée de dames, et dont les sœurs sont les ministres. A Avignon, cinq dames religieuses de Saint-Charles, sous la direction du bureau de bienfaisance, pourvoient aux besoins des pauvres.
Les moyens de prévenir ou de secourir l’indigence sont très-multipliés dans la ville de Rennes. On y avait même senti les inconvéniens qui peuvent résulter de la multiplicité des associations, lorsque, agissant isolément, chacune à son gré, elles négligent de se concerter, et se contrarient ainsi sans le vouloir. Ce fut en vain que l’un des derniers évêques de Rennes [2] tenta d’établir ce concert ; on rencontra des résistances; on dut les respecter pour ne pas refroidir le zèle. L’administration civile des secours à domicile, dans cette ancienne capitale de la Rretagne, appartient au bureau de bienfaisance; seize sœurs de charité sont employées aux distributions; on assure que plus de 31 mille indigens y participent , ce qui semble incroyable [3]. Une faible somme de 58 mille francs leur suffit pour calmer tant de besoins. Mais, chaque paroisse a aussi son bureau de
charité qui reçoit une subvention de la caisse municipale et les aumônes des particuliers, qui prête aussi divers genres d’assistance à un grand nombre de malheureux; un seul de ces bureaux fournit pendant l’hiver des alimens à 2 ou 5 mille indigens. Chacun d’eux a ses règles, ses procédés à part, sans être soumis à aucun contrôle, sans publier le résultat de ses travaux.
A l’est de la France, Strasbourg, par un concert remarquable, offre un admirable exemple de l’alliance qui peut s’établir entre tous ceux qui donnent , de 1 harmonie qui peut régner entre les diverses branches d’assistances, et des heureux fruits qui résultent d’un si louable concert. 1 ou tes les institutions de secours publics , à Strasbourg, sont en effet unies, mais d’un lien volontaire; elles tendent en commun au même but, et les simples particuliers viennent aussi librement s’y rattacher, coopérer avec elle. Une fondation qui date de 1559, sous le nom d’aumônerie de Saint-Marc, a été comme le pivot de cette alliance. Une même société formée en 1830, sous les auspices et par les soins de l’administration municipale, embrasse à-la-fois les moyens de prévenir et de réprimer la mendicité, une maison de refuge, des écoles de divers degrés et de diverses sortes, des salles d’asile, la confection des soupes économiques et le service des secours à domicile. Pour ce dernier service, le seul que nous ayons à considérer en ce moment, elle emploie, comme instrurnens, 120 visiteurs qui se partagent les 40 quartiers de la ville , et un certain nombre des dames patronesses ou inspectrices. Cette société s’attache surtout à améliorer les dispositions morales de la classe indigente; cependant elle distribue aussi des dons matériels, avec une libéralité bien entendue. Les dames patronesses s’attachent particulièrement à découvrir et à assister les pauvres honteux. On a vu , dans une année, de 2300 à 4G00 ménages pauvres recevoir des secours en nature, à l’aide des ressources combinées que fournissent la fondation Saint-Marc, les subventions de la caisse municipale et les souscriptions individuelles; celles-ci se sont élevées jusqu’à 40 mille francs dans une seule année. 250 mille kilog. de pain, 220 mille litres de soupe, 4 mille portions de bois environ , sont distribués chaque année. Toutes les différences de situations, de professions, de cultes, d’opinions politiques sont
[1] M. le baron de Voghl. — [2] M. de Mannox. charitables, 1. 1, p. 117. La population de la ville entière
[3] Voyez le Bulletin de la société des établisscmens 11e s'élève [tas à 60,000 habitans.