SECOURS A DOMICILE DANS LES DÉPARTEMENS
oubliées dans cette belle aggrégation ; l’amour du bien seul s’y fait sentir [îj.
Le département du Bas-Rhin a été doté, en 1811, par M. de Lezay Marnesia, d’une belle institution que nous avons déjà rencontrée dans les états romains ; c’est celle des médecins cantonaux. Ils sont chargés de visiter les malades pauvres, et remplissent encore diverses autres fonctions d’utilité publique.
Les indigens de Besançon sont assistés à domicile, d’une part par le bureau de bienfaisance, de l’autre, par une association de dames de charité. Le premier leur distribue les secours publics , et y applique une somme d’environ 28,000 fr. par an ; comme le nombre des indigens est évalué au i/e de la population, ce serait environ 5 francs 60 centimes par individu. La seconde répartit entre eux le produit de quêtes faites dans les églises et dans les maisons, et le montant des aumônes confiées aux curés par la charité privée. A Toul, petite ville de 7500 personnes, 45 habitans seulement sont assistés par le bureau de bienfaisance, qui leur répartit un revenu annuel d’environ 4200 francs: nouvel exemple de l’extrême différence qui existe dans la distribution de ce genre de secours, suivant les localités.
Les départemens du nord de la France qui, dotés à-la-fois d’un sol fertile, d’une active industrie, comptent cependant une partie considérable de leur population sur le rôle des indigens, contribuent, par d’abondantes aumônes, à soulager et peut-être à multiplier ceux qui se présentent pour les recevoir. Le service des secours à domicile est organisé dans presque toutes les communes ; mais les distributions en nature y sont à peine connues dansla plupart des petites communes, et même, suivant ce que nous atteste un administrateur également distingué par ses lumières et son zèle pour les intérêts de l’humanité [2], “ les membres des bureaux de bien- « faisanee, trouvent plus commode dedétermi- « lier une allocation en argent et quelquefois en «i pain, à des époques fixes, par mois ou par « semaine. » Le service de santé des indigens y est aussi généralement établi; à chaque bureau de bienfaisance sont attachés un médecin, un
[î] Voyez les comptes-rendus que publie annuellement la Société de Strasbourg pour l’extinction de la mendicité.
La population de Stasbourg est d’environ 50,000 habitans ou 12,000 familles.
chirurgien et une accoucheuse, qui doivent, moyennant de faibles honoraires, soigner gratuitement tous les indigens. On se plaint de l’ignorance de plusieurs des officiers de santé et des sages-femmes auxquels ce service est confié dans les campagnes. On évalue, dans le département du Nord, le montant annuel des secours donnés à domicile, par l’administration publique, à environ un million, dont les trois quarts sont fournis par les ressources propres des bureaux de bienfaisance , et l’autre quart parles subventions municipales. Le nombre des individus inscrits au rôle des indigens étant de plus de 165,000, c’est seulement 5 francs 42 centimes par tête et par année. Ce secours serait assurément presque illusoire, si les individus qui le reçoivent étaient réellement dans la misère. La charité privée comble, pour ceux qui sont véritablement dans cette situation, le vide considérable que doit laisser une telle assistance.
Dans quelques parties de ces departemens, les vieillards et les orphelins sont placés en pension chez des particuliers pour un prix modique; l’usage général était, comme dans quelques cantons helvétiques, de faire ces placemens par adjudications au rabais. L’administrateur éclairé dont nous venons de citer le témoignage, a sagement substitué à cette forme vicieuse, des traités de gré à gré. 11 avait fait mieux encore, en cherchant à retenir ces infortunés au sein de leurs familles, en aidant celles-ci, lorsqu’il était nécessaire, à en supporter la charge [3].
Dans le département du Nord, l’assistance à domicile est ordinairement dirigée par despr/wvrisseurs qui suivent d’anciennes traditions et souvent de vieilles pratiques. Dans le département du Pas-de-Calais, comme à Douai, ces fonctions sont confiées en quelques lieux à des Pères des pauvres, assistés par des dames de charité. A Douai, le recensement des pauvres a lieu chaque année, le mobilier et les effets d’habillement ne sont fournis aux indigens qu’à litre de prêt. Les médecins sont tenus de visiter chaque jour les malades [4].
Dans un grand nombre de petites villes de France, la charité privée distribue une espèce d’aumônes, sous forme de petites rentes hebdoma-
[2] M. le vicomte Alban de Villeneuve - Bargemont, ancien préfet du Nord. Voyez son ouvrage intitulé :
Economie politique chrétienne, t. 11, p. 59.
[0] Ibid., ibid., p.58. — [4] Bulletin de la Société des établi ssemens charitables, t. 11, p.338.