‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 269 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CIIAP. I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CIIAP. I

daires ou mensuelles. Les pauvres vont au jour marqué en recette, vêtus de leurs plus mauvais haillons. Le lundi ou le samedi sont ordinairement les jours où les indigens font leur tournée ; chacun d’eux croit percevoir une rente ou un tribut; chaque particulier croitaccorder un bienfait,et dit : J’ai mes pauvres. De la sorte, il s’excuse ou se dispense de coucourir à une assistance entendue.

En comparant entre eux ces exemples pris au hasard sur divers points de la France, on voit qu’ils ne présentent ni l’application d’un même principe, ni une marche uniforme ; souvent même on y retrouve plutôt les résultats d’habitudes locales et d’usages établis, que des mesures réfléchies. C’est là ce qu’il était utile de constater; c’est là aussi ce qui met obstacle à ce que ce régime puisse être résumé sous des formes abrégées et précises. On ne peut classer qu’à l’aide de l’analogie.

ARTICLE VIII

Secours à domicile , dans les États-Unis.

En continuant à appliquer au soulagement des pauvres nés et domiciliés sur leur territoire, le régime de secours à domicile qu’ils tenaient des traditions anglaises, les États-Unis ont dû pourvoir aux nécessités d’une foule d’indigens que leur apportent annuellement les émigrations de l’Europe ; les mouvemens intérieurs de la population amènent dans chaque état de l’Union, un grand nombre de pauvres appartenant aux autres états. Il a fallu créer des ressources spéciales pour les besoins nés de cet ordre de choses. De là cette classe de secours qui, dans chaque état, est considérée comme une charge du trésor public; elle varie naturellement en raison du temps et des circonstances locales. Elle pèse plus particulièrement sur les contrées maritimes. C’est en partie un fardeau que la vieille Europe impose au Nouveau-Monde, en compensation de tant de bras vigoureux et actifs que celle-là cède chaque jour à celui-ci.

On voit par le rapport fait par les commissaires de l’état de Massachussets, en 1833, pour la nouvelle loi des pauvres, que les indigens de

[1] Report o fthe commissionner s, etc. 1833. Boston, p. 17 et 18.

passage sont le principal fardeau qui pèse sur cet état, relativement aux secours publics. « II n’y a pas, disent-ils, dans nos contrées, de classe plus abjecte que celle de ces pauvres voyageurs ou plutôt errans. On en voit jusqu’à cent, deux cents, qui se succèdent, réclamant comme un droit Vallowance que l’état leur accorde; on s’empresse de la leur délivrer parce qu’on y voit le mode le plus facile de se débarrasser d’eux; on appelle ce secours leurs rations. L’hiver, ils cherchent les villes où ils espèrent être le mieux traités. Ils se considèrent eux-mêmes comme le rebut de la société; ne possédant que les haillons dont ils sont revêtus, vivant de la mendicité, en faisant leur industrie; sans lien, sans attachement, sans amitié; étrangers à toutes sympathies, comment s’étonner de les trouver avilis, tour-à-tour insolens et serviles, importuns dans leurs demandes, incapables de rien faire d’utile et de gagner leur existence? Les fonds que l’état fait pour les assister, excitent en eux un attrait naturel et puissant pour se faire nourrir aux frais du public [i]. »

Le secours alloué aux pauvres de l’état , sur les fonds du trésor public (Vallowance), avait été fixé, en 1821, dans l’état de Massachussets, à 90 centimes par semaine, pour les adultes, et à 30 pour les enfans; il fut réduit plus tard à 70 pour les premiers. Ils ne sont accordés , hors le cas de maladie, aux adultes, qu’après 60 ans; aux enfans que jusqu’à 21 . Les indigens qui ne sont pas recueillis dans les maisons de pauvres sont souvent adjugés à des particuliers qui se chargent de pourvoir individuellement à leur subsistance; des contrats s’établissent à la suite d’enchères au rabais.

Les maisons de travail sont considérées, aux Etats-Unis, comme le seul moyen de remédier à la mendicité, en contraignant au travail les indigens fainéans et dissolus; en les soumettant à une sévère discipline. Le régime des maisons ( alm-houses ) est même considéré comme préférable en général à celui des secours à domicile, pour le soulagement des indigens. Non-seulement on y trouve l’avantage de démasquer et de repousser la fausse indigence; mais on remarque que le séjour de ces maisons est très-favorable à la santé des pauvres; qu’il leur fait contracter des habitudes de propreté, d’ordre, de vigilance, qui leur étaient jusqu’alors incon-

On voit que ce fléau n’est pas exclusivement propre à l’Furope.

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