TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAP. II
justice, à la cruauté; ils trouveront (les partisans. L’Angleterre en offre un exemple frappant, depuis le bill de 1834. Une grande fermeté jointe a une sage prudence, seront nécessaires pour exécuter une telle réforme. Elle deviendra plus facile, si le sort des indigens réels s’en trouve amélioré, et la réforme elle-même en offrira les moyens. Elle sera plus facile aussi à l’égard des admissions nouvelles, que relativement à celles qui existaient antérieurement. Enfin, il est certaines époques où le bas prix des subsistances, l’élévation des salaires, le règne d’une bonne police, diminuent les difficultés. L’administration publique a tenté cette grande opération en 1817, dans la capitale de la France ; elle y a réussi, et le nombre des admissions a été réduit de près de moitié [i],
La bienfaisance publique et la charité privée n’ont pas ici précisément la même mission. Celle-ci peut s’accorder plus de latitude; procédant par opérations individuelles, elle peut consulter ses affections, céder à ses sympathies, adoucir des maux qui n’ont rien d’extrême, accueillir des demandes qui s’adressent plus encore à la bienveillance qu’à la pitié. La bienfaisance publique doit être plus sévère; elle ne peut procéder que par des règles générales ; elle ne peut faire acception des personnes; en admettant aux secours celui auquel cette assistance n’est pas indispensable, elle deviendrait injuste envers d’autres.
Tous les indigens au reste ne sauraient être admis au même titre. « C’est en les classant avec « une entière connaissance de cause, en adop- « tant, pour chaque classe, l’espèce de secours « qui lui convient, qu’on obtient l’avantage de « réunir l’uniformité et la simplicité des règles <c générales, à l’équité envers les individus. C’est « à cette classification seule qu’on doit la dimi- « nution subite des indigens recevant l’aumône,
« qui s’est montrée partout où elle a été adoptée « avec intelligence et persévérance [2] ».
Plus le nombre de personnes à secourir est considérable, et plus il renferme de conditions différentes, sous le rapport de l’âge, de la santé, du développement intellectuel, de la capacité pour le travail, des mœurs, des habitudes. Ces différences sont plus multipliées aussi dans les lieux où l’industrie, le luxe, ont pris un plus grand essor.
Les admissions au tableau des indigens sont
v ivement sollicitées; mais les radiations doivent être 1 œuvre spontanée de l’administration des secours ; I indigent inscrit 11e se croit pas tenu d’avertir du changement survenu dans sa position et qui fait cesser ses titres à l’assistance.
La radiation peut avoir lieu pour diverses causes . par 1 elfel du décès, du changement de domicile ; par la cessation des circonstances qui rendaient le secours nécessaire; quelquefois même à cause de l’inconduite de l’indigent.
On voit des administrateurs exagérer l’évaluation de la population indigente, par le désir d’obtenir pour elle des soulagemens plus abondans; ils se flattent par là d’éveiller plus vivement la compassion du public pour les malheurs qu’ils lui révèlent, d’exciter avec plus de succès la sollicitude de l’autorité administrative. Dans les villes où un fonds commun pourvoit aux secours distribués dans tous les quartiers, et où la répartition de ce fonds s’opère en raison de la population indigente, les administrateurs de chaque quartier se trouvent facilement entraînés à laisser subsister sur leurs registres, des inscriptions purement nominales; ils sont peu empressés de voir réduire le nombre de leurs indigens inscrits, certains qu’ils sont de voir réduire dans la même proportion , la quotité de la part qui leur sera assignée dans les ressources. Une sorte d’émulation s’établit ainsi presque inévitablement, pour enfler les proportions, ou pour les maintenir par des exagérations semblables.
Le changement dans les circonstances qui avaient fait admettre aux secours une famille ou un individu, ne s’opère pas seulement par la réduction des charges qui pèsent sur eux , mais quelquefois aussi par l’augmentation de leurs ressources. Ainsi, une veuve se remarie; un indigent recueille un héritage, il obtient une occupation dont le produit suffit à ses besoins, il est recueilli par un parent, par un ami; on découvre une personne que les liens du sang obligent à l’entretenir; il recouvre la santé et les forces; un chef de famille absent ou détenu est rendu à sa femme et à ses enfans.
Lorsque l’indigent ou celui qui est réputé tel, au lieu de profiter de l’assistance qu’il reçoit, en abuse; lorsque, après des avertissemens réitérés, on 11e peut l’amener à en faire un meilleur emploi, il est nécessaire et juste de rayer son nom du contrôle. Car, alors, les secours qui
fi] De 101,805 à 54,571. —[2] Extrait d’une lettre du baron de Voght à railleur, eu date du 13 juin 1837.