‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 276 sur 450 · E LA VISITE DES INDIGENS · texte numérisé non relu

E LA VISITE DES INDIGENS

lui seraient délivrés ne serviraient qu’à l’encourager dans ses vices, et par conséquent qu’à donner plus d’action à la cause de sa misère; l’emploi qu’il en fait montre d’ailleurs suffisamment qu’il n’éprouve pas des besoins véritables. Si, cependant, il a une famille qui dépend de lui et qui est victime de ses désordres, la famille devra être maintenue au contrôle, en prenant les précautions nécessaires pour que les soulagemens qui lui sont destinés ne soient pas détournés en route par son indigne chef. C’est ici malheureusement l’un des cas qui se présentent le plus fréquemment.

Souvent au lieu d’une radiation définitive, il s’agit seulement d’opérer une suspension momentanée. C’est ce qui arrive lorsqu’un indigent entre à l’hôpital, ou lorsqu’il s’absente, jusqu’à son rétablissement et à son retour ; la suspension peut être essayée avec fruit , comme un moyen de ramener à une meilleure conduite l’indigent qui abuse des secours.

Quelquefois enfin, en maintenant un indigent sur le rôle, il devient nécessaire de le ranger dans une classe différente, à raison des changemens survenus dans sa situation ou dans celle de sa famille [i].

De la visite des india eus.

Comment obtenir ces informations positives, détaillées, sur lesquelles seules doit reposer l’admission des indigens aux secours publics, leur classification , la continuation ou la modification de l’assistance? Comment procéder à des investigations aussi délicates, pénétrer dans les secrets d’une situation que les uns cachent par une sorte de pudeur respectable, que d’autres présentent sous des apparences trompeuses? Comment explorer la conduite, le caractère du malheureux ou de celui qui prétend l’ètre?

Eh quoi! dira-t-on peut-être, vous soumettez l’infortuné à une inquisition plus pénible encore que la misère dont il soutire! N’est-ce donc pas assez de sa misère, et faut-il encore l’accabler de vos soupçons? Ne pouvez-vous le soulager sans l’humilier? La réponse sera dans l’institution du patronage.

[1] Nous nous référons, soit relativement aux conditions de la vraie indigence, soit pour la classilica-

Voici le pivot sur lequel roule tout le système des secours à domicile. Le patronage est la source de la lumière , en même temps que le vrai moyen de protection. La bienveillance, qui est son principe, constitue son titre et son pouvoir. Les portes s’ouvrentau messager de paix et de charité ; l’infortune innocente ne fuit point ses regards; sa présence rassure; il peut interroger; ses paroles, loin d’humilier l’infortune , la relèvent, l’encouragent. Que vous demande-t-il? les moyens de vous aider. Mais le faux pauvre le redoute! il faut s’en applaudir; c’est un service de plus rendu à l’humanité. Le faux pauvre est jugé par son appréhension elle-même.

Une semblable investigation ne s'exerce d’ailleurs que sur ceux qui y consentent. Demander des secours, n’est-ce pas s’engager à justifier de scs besoins? Le malade est-il offensé de ce que le médecin prend connaissance de sa maladie, pour lui appliquer les remèdes?

L’investigation s’opère par des visites assidues, intelligentes; elle se confond avec la surveillance. Elle n’a point le caractère d’une inspection de police; elle est un témoignage d’intérêt. Mais elle ne néglige aucun moyen de s’éclairer; elle remonte aux précédens; elle s’enquiert auprès delà famille, des relations, auprès de tous ceux qui sonlà portéede l’instruire; l’investigation s’opère principalement dans la demeure même du pauvre. Le jour et l’heure de la visite restent imprévus. Un coup-d’œil exercé découvre facilement les habitudes dominantes.

Le patron du pauvre doit réunir les conditions nécessaires pour obtenir sa confiance, et pour exercer sur lui une autorité morale.

Le patronage ne doit s’étendre que sur un nombre de familles et d’individus, assez borné pour qu’il puisse s’exercer facilement et dans toute sa plénitude.

Le patronage a besoin de continuation et de suite. 11 n’obtient que des résultats imparfaits , incertains, lorqu’il ne s’exerce qu’en passant, et d’une manière temporaire. Les (aux pauvres le savent bien; ils changent souvent de quartiers pour échapper à des regards persévérons, qui découvriraient leurs mensonges.

La noble mission du patronage ne se contente pas d’étudier les besoins tle l’indigent, de lui apporter les secours matériels; elle a surtout, pour but, de consoler l’infortune, la souffrance;

tion des indigens, au livre 1 de la lre partie de cet ouvrage.

(Thonorcr la vertu luttant contre le malheur; d’améliorer le pauvre, de l’éclairer , de lui enseigner à tirer parti de toutes ses ressources. C’est par une action éminemment morale, qu’elle le prépare à faire un bon emploi des secours, quelquefois même à s’en passer.

Il faut que le visiteur du pauvre se rende compte souvent à soi-même, du résultat de sa surveillance ; il faut même qu’il en rende compte à une administration supérieure et compétente ; il faut que les visiteurs du pauvre, en se partageant celle belle œuvre sur plusieurs points, suivent les mêmes directions, opèrent d’après le même plan.

Les personnes qui acceptent le patronage des indigens ont besoin d’un zèle, d’un courage singulier; elles ont besoin d’être protégées contre leur propre faiblesse, leur précipitation, leur négligence. Un contrôle doit donc être établi; des vérifications, opérées avec soin ; un recensement, accompli de temps en temps.

De V appropriation des secours.

Faire à tous les pauvres la même part, est une chose d’une exécution simple ; l’uniformité facilite les distribuions : les pauvres, eux-mêmes, la réclament souvent comme une justice. Cependant cette manière d’agir n’est autre que celle d’un médecin qui appliquerait le même remède et la même dose à tous ses malades.

Tout le mérite du secours est dans sa convenance, dans son rapport exact avec les besoins.

L’appropriation comprend trois conditions principales : la spécialité du secours, sa mesure, son opportunité. La première détermine le choix et l’espèce de la chose; la seconde, la quantité; la troisième, le temps et la durée.

La spécialité du secours doit répondre au sexe, à l’âge, à l’état de santé, à la profession, au caractère même de la personne assistée ; comme les vètemens doivent s’adapter à la taille. Un outil est quelquefois plus utile qu’un pain; le chauffage est plus nécessaire au vieillard et à l’infirme; il est superflu de donner du bois ou des fagots à qui n’a pas de cheminée; il vaut mieux vêtir les enfans en bas âge, et les envoyer à la salle d’asile ou à l’école, que de faire un don à leurs parens. A l’un, il faut surtout du linge, à l’autre, du bouillon; en procurant un

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