‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 277 sur 450 · LIVRE II. CHAP. IL · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAP. IL

emploi à tel autre, vous le servez mieux qu’en lui donnant un pot-au-feu.

Donner trop, est presque aussi fâcheux que de ne pas donner assez. En donnant trop à l’un, on se condamne à ne pas donner assez à l’autre. On aura donc égard au nombre des membres de la famille, mais surtout à l’étendue de la détresse. En Allemagne, on distingue les secours entiers, les 1/4, 1/2, 3/4 de secours; et cette division même ne répond pas entièrement à la diversité des besoins.

Le secours qui arrive trop tard est perdu , mais celui qui arrive trop tôt est souvent perdu aussi. N’oublions jamais que le trait dominant du caractère de l’indigent est l’imprévoyance, et son imprévoyance se montre surtout à l’égard des choses qu’il reçoit gratuitement. Moins il possède, et moins il sait ménager. Par le même motif, il ne faut pas donner tout à-la-fois et d’avance ce qui ne doit être consommé que successivement. Réservons-lui ce qu’il ne saurait pas conserver lui-même.

Les secours doivent se modifier, comme les besoins auxquels ils répondent, suivant les diverses saisons de l’année; ils doivent se modifier suivant la rigueur ou la douceur de la température. C’est moins dans l’almanach, que dans le baromètre, qu’on en prendra la règle et la mesure. L’assistance ne peut être continuée audelà du temps pour lequel elle est nécessaire, sans faire contracter des habitudes qui donnent naissance à de nouveaux besoins, ou qui retentissent l’activité et l’énergie de ceux qui la reçoivent.

La distinction des secours temporaires et des secours permanens est très-claire en théorie ; elle n’est pas moins fort importante dans la pratique; mais elle rencontre beaucoup de difficultés dans l’exécution. Tout secours temporaire tend naturellement à devenir permanent; l’indigent ne consent pas volontiers à abdiquer ses prétentions ; on n’a pas toujours le courage de lui retirer ce qu’il est accoutumé à obtenir. Qu’il survienne une année désastreuse où les épidémies, où la cherté des subsistances, où un fléau quelconque viennent affliger les habitans d’un pays, le rôle des indigens recevra, dans de telles circonstances, un accroissement considérable, et rien n’est plus juste. Mais le fléau cesse; l’abondance revient, l’aisance avec elle ; le rôle des indigens va-t-il se restreindre dans une proportion correspondante à l’heureux changement qui s’est opéré? Il 11’en est rien. L'inscription sur

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