DES DISTRIBUTIONS A PRIX RÉDUIT
le rôle des indigens est une prise de possession, un titre acquis. Elle finit par se transmettre comme un héritage.
De la forme des secours.
Des secours en nature et en argent.
C’est un principe généralement reconnu en théorie , quoique trop souvent oublié dans la pratique, que les secours à domicile doivent être donnés non en argent, mais en nature. Les distributions en nature otïrcnt des avantages aussi nombreux qu’incontestables. Us vont directement au but; ils satisfont à la réalité des besoins; ils se plient à leur spécialité; ils se proportionnent à leur étendue ; ils favorisent moins les tentations dangereuses, se prêtent moins aux abus; leur emploi, leur conservation sont plus facilement surveillés ; ils suppléent , en certains cas , au discernement du pauvre et à sa prévoyance, dans le choix des objets qu’il consomme ; lui en fournissent en qualités meilleures , à des prix modérés ; des achats faits en grand , dans les lieux , aux époques convenables, sont toujours plus avantageux. Enfin , ce genre de secours exprime de la part de ceux qui les distribuent, une bienveillance plus active , une sollicitude plus éclairée.
Le secours en argent est souvent plus funeste qu’utile aux indigens qui manquent d’ordre, qui ne savent pas se conduire, à ceux qui sont atteints d’une sorte de débilité intellectuelle, d’infirmité morale; alors , il est facilement dissipé en pure perte, et au lieu de soulager, il peut corrompre. On a constaté en fait, que lorsque des distributions de secours en argent ont lieu, une portion notable de la somme distribuée est versée, le moment d’après, chez le débitant de boissons spiritucuses le plus voisin.
L’indigent sollicite un secours pécuniaire pour acquitter une dette, pour payer son loyer, pour retirer ses effets mis en gage , pour acquit-
ter des mois de nourrice; mais, il n’est pas nécessaire que la somme soit remise dans ses mains, et qu’il reste chargé de l’emploi. Le service qu’il demande lui sera rendu d’une manière plus positive et plus certaine , en appliquant directement la somme accordée, à l’obligation qu’il s’agit d’éteindre.
Cette règle, toutefois, comme toutes les règles, souffre des exceptions ; elle se modifie à l’égard des pauvres estimables , sensés, et dont l’honnêteté est bien reconnue : les secours en argent sont alors un juste témoignage de confiance ; il relèvent le pauvre à ses propres yeux et aux yeux d’autrui ; ils lui fournissent les moyens de se procurer quelques objets de détail , d’une manière conforme à ses convenances particulières.
Des distributions à prix réduit, et des prêts d’objets
mobiliers.
C’est une erreur de la bonté, que de considérer le don gratuit comme le plus vrai service qu’elle puisse rendre. Le don purement gratuit est une chose simple, et semble aller droit au but. Cependant il y a quelque chose de plus essentiel encore pour l’indigent, que de recevoir l’assistance d’autrui : c’est de se donner à luimême celle dont il est capable.
L'indigent qui s’accoutume à recevoir gratis un objet quelconque, se persuade bientôt qu’il doit obtenir tout le reste de la même manière, et qu’il n’a plus à s’inquiéter de rien.
Si, au contraire, vous procurez cà l’indigent les moyens d’acheter à un prix réduit ce dont il a besoin, le bienfait, pour être déguisé, n’en aura qu’un prix plus réel. Par cette générosité ingénieuse et délicate, la dignité du pauvre sera mieux conservée. Il contractera une sorte de société avec son bienfaiteur; il entrera pour sa part dans l’acquisition de ce qu’il consomme ; il s’excitera à contribuer pour fournir son contingent; il comprendra mieux la propriété, sentant mieux la valeur de ce qu’il a ainsi payé en partie de ses deniers; il en soignera mieux la conservation; il en fera un meilleur emploi f î] .
[1] Jadis, dans les paroisses de Paris , on n’accordait en plus du travail, en mangeant un pain qu’ils n’ont point de pain gratis aux indigens; l’expérience avait pas gagné. On avait doncadopté pour règle de le leur liprouvé, disait-on, que les pauvresse dégoûtent déplus vrer à moitié prix.